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NOTRE-DAME DE BONNE-NOUVELLE DE RENNES

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NOTRE-DAME DE BONNE-NOUVELLE DE RENNES.

Cette église, qui ait pour patron un de nos vieux saints de Bretagne (Saint-Aubin), est devenue le refuge du sanctuaire traditionnel, national, on peut le dire, de la piété rennaise envers la Très Sainte Vierge ; sanctuaire renfermé jadis dans le couvent des Dominicains dont les ruines touchent Saint-Aubin, mais qui ayant été chassé de là par les destructions révolutionnaires, n'a jusqu'ici trouvé d'asile que dans cette église.

Ce sanctuaire, c'est, celui que nos pères ont vénéré et que nous vénérons encore sous le nom de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle. Depuis plus de cinq siècles, c’est la grande dévotion populaire, urbaine, municipale de la ville de Rennes, le grand pèlerinage de tout le diocèse à la gloire de la Sainte Vierge.

Rennes : Tableau miraculeux du sanctuaire de Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle (Bretagne).

Vient du tableau miraculeux de la Vierge autrefois vénéré dans l'ancien couvent des Dominicains (Frères Prêcheurs) de Rennes. Après la Révolution, le tableau miraculeux de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle a été transféré dans l'église Saint-Aubin.

 

INTRODUCTION.

Parmi les nombreuses églises ou chapelles qui depuis cinq siècles ont été érigées soit à Rennes, soit dans les paroisses voisines de cette ville, aucune n'a eu autant de célébrité que le sanctuaire de Bonne-Nouvelle.

Pas une des églises de Rennes, le chapitre de Saint-Pierre excepté, n'a reçu autant d'offrandes, autant de donations.

Aucun lieu de pèlerinage à Rennes n'a été aussi fréquenté que l'oratoire de Bonne-Nouvelle.

La dévotion à ce sanctuaire n'a pas dû son origine ou son développement à un miracle historiquement contestable ; elle doit, son commencement aux indulgences que les Papes et leurs légats de France lui ont successivement accordées ; elle a dû son extension aux nombreux miracles obtenus, grâce à l'intervention de Marie, par les prière adressées à Dieu dans ce lieu privilégié.

Nous citerons plus loin la pieuse et naïve oraison que l’on avait coutume de réciter devant l'image de la Sainte-Vierge dans l'oratoire de Bonne-Nouvelle.

Dès le XVème siècle (1470), Mgr Etienne Nardino, archevêque de Milan et légat du Saint-Siège en France, écrivait ceci : « Il y dans le cloistre des Frères prescheurs de Rennes une image peinte de la Sainte Vierge que l’on appelle Notre-Dame des bonnes nouvelles, et que les peuples entourent d'une extrême vénération, comme nous l'avons vu de nos yeux ». Cette citation prouve que dès le XVème siècle, l'oratoire des Dominicains était connu bien au-delà de Rennes, même de notre province bretonne, et qu'il était visité par de nombreux pèlerins. Elle prouve aussi, malgré une assertion contraire, que le tableau vénéré à Bonne-Nouvelle n'est point un don d'Anne de Bretagne puisque la libéralité faite par la bonne duchesse à notre église date seulement de 1510.

Le vénérabable Yves Mayeuc , évêque de Rennes parlant de ce sanctuaire en 1524, s'exprime ainsi : « La Bienheureuse-Vierge, Mère de Dieu, est en grande vénération dans l'église des Dominicains ; on vient sans cesse l'invoquer, elle y opère chaque jour les miracles les plus étonnants ».

Les rois de France eux-mêmes montraient une grande vénération pour notre sanctuaire de Bonne-Nouvelle et, depuis l'union de la Bretagne à la France, prenaient dans leurs actes publics le titre de fondateurs du couvent dominicain de Rennes.

Les rois de France Henri II, Henri III, Henri IV, Louis XIII, firent des libéralités à cette église.

En 1666, au nom d'Anne d'Autriche, une fondation de messes à dire pour le salut de l’âme de cette reine fut faite à Bonne-Nouvelle, et le couvent des Dominicains de Rennes reçut à ce titre trois cent soixante livres, somme prélevée sur celle de trente mille livres portée au royal testament pour être consacrée à payer des prières dans les principales églises du royaume.

En 1626, Mgr Pierre Cornulier, évêque de Rennes, s'exprime en ces termes : « Il y a dans l'intérieur du couvent réformé des Frères prescheurs de Rennes un oratoire dédié à la Sainte Vierge, sous le vocable de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle. Il a été illustré depuis un grand nombre d'années par les miracles les plus éclatants, et jouit d'une grande renommée, tant chez nous qu'à l'étranger, comme en font foi les actes publics, les donations et les autres monuments de la puissance de Dieu et de la piété des hommes ».

Comme l'indique Mgr Cornulier, ce n'était pas primitivement dans l'église, mais dans un simple oratoire, situé au côté oriental du cloître des Dominicains, que se trouvait le tableau vénéré des fidèles. Il était en peinture sur bois et représentait la Vierge Mère tenant amoureusement le petit Jésus entre ses bras. Ce tableau était enrichi d'arabesques élégantes, selon la mode du XVème siècle, et des inscriptions latines étaient inscrites sur tout le contour. On y lit encore : Mater Dei, Refugium peccatorum, Ave Maria. (Dom Plaine, édition de 1872, p. 106).

A cette époque, l'oratoire seul était appelé Notre-Dame de Bonne-Nouvelle. Cette dénomination ne fut étendue au couvent et à l'église qu'à partir du XVIIème siècle.

Nous donnerons un relevé des principales fondations faites dans ce sanctuaire. Plusieurs d'entre elles remontent au XVème siècle. Les expressions employées par les fondateurs montrent chez eux une énergie de foi et une naïveté de sentiments que nous ne connaissons plus. Est-ce un progrès ?

Voici comment est rédigée en ses premières lignes, la fondation faite en 1492 par Jean Chesnel, seigneur de Maillechat (en Guipel) :

« Je Jehan Chesnel, escuier, sieur de Maillechat sain en pensée et entendement, combien que mon corps soit en faiblesse et détenu de maladie, réduisant, à mémoire qu'il n'est chose plus certaine que la mort, ne plus incertaine que l’heure d'icelle, voulant pourvoir au salut de mon âme, fait et ordonne mon testament et derraine volonté, de la forme et manière que en suit : Et premier, je donne mon âme à Dieu, mon père créateur, et la recommande à la glorieuse benoiste Vierge Marie sa mère, à M. saint Michel archange, à Messieurs saint Pierre et saint Paul, et à toute la glorieuse benoiste Compagnie de paradis et ordonne au par sur après la séparation de mes corps et âme faite, mondit corps être ensépulturé en terre benoiste, scavoir est à Rennes en l'église de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, devant l'image d’icelle ». Un autre fondateur, Jean Martin, s’exprime ainsi en 1602 : « Au nom de Dieu tout-puissant, il est tout certain que par le péché et offense de nos premiers parents, tout homme, quel qu'il soit, est sujet en ce monde à une infinité de travaux, peines et ennuis, et oultre et le plus souvent inopinément pâtit et endure l'extrême rigueur de la mort, laquelle toutefois n'est qu'une dissolution du corps de l'âme et eschelle par laquelle, moyennant le précieux sang de Jésus-Christ, nous montons en la céleste Hiérujalem, changeant cette mondaine et fâcheuse vie avecques une aultre plus heureuse et éternelle. — C'est pourquoi, moi Jean Martin, l'une des moindres créatures de mon Dieu et la plus pécheresse, étant détenu de griefve maladye, j'ai voulu prévenir et donner ordre à ma conscience, par les articles qui ensuivent ..... ».

Rennes : ancien couvent des Dominicains et la chapelle (Bretagne).

A la suite d'une épidémie de peste, la ville fit, en 1632, le vœu d'un sanctuaire dédié à Notre-Dame de Bonne-Nouvelle.

Voir  Ville de Rennes (Bretagne) "Rennes : Fondation du couvent de Bonne-Nouvelle."

Voir  Ville de Rennes (Bretagne) "Rennes : la peste de Rennes (1624-1632) et la promesse d'un Voeu."

Voir  Ville de Rennes (Bretagne) "Rennes : de la rendition du Voeu."

Rennes : l'église paroissiale de Saint-Aubin (Bretagne).

Voir  Ville de Rennes (Bretagne) "Rennes : le Vœu de Bonne-Nouvelle depuis 1634 jusqu'à sa destruction en 1794."

Voir  Ville de Rennes (Bretagne) "Rennes : Miracles, Indulgences, Prières au sanctuaire de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle."

Voir  Ville de Rennes (Bretagne) "Rennes : principales fondations faites au sanctuaire de Bonne-Nouvelle avant 1789."

Voir  Ville de Rennes (Bretagne) "Rennes : le rétablissement du Vœu en 1861."

Voir  Ville de Rennes (Bretagne) "Rennes : reconstruction du sanctuaire de Bonne-Nouvelle en 1884-1905."

Plan initial (1884) de la reconstruction de l'église Notre-Dame de Bonne-Nouvelle à Rennes.

Plan initial (1884) de la nouvelle église Notre-Dame de Bonne-Nouvelle
(architecte, Mr. Martinot ; entrepreneurs, Poivrel frères).

Eglise Saint-Aubin à Rennes (Bretagne).

L'église actuelle est construite dans un style néogothique sur la place Sainte-Anne entre 1884 et 1905 (sur des plans de Jean-Baptiste Martenot puis Arthur Le Ray). Elle est restée en partie inachevée après la loi de 1905 sur la séparation des Eglises et de l'Etat. C’est un monument inachevé dont la construction s’est étalée sur près de 20 ans et le coût du projet initial avait été largement sous-estimé. Elle est consacrée comme basilique en 1916.

 

CONCLUSION.

Comment donner une conclusion au présent travail sans s'exposer à des redites ?

Nous avons signalé l'importance exceptionnelle du sanctuaire de Bonne-Nouvelle pendant la longue période qui s’écoule entre le XIVème et le XIXème siècle.

Nous n'avons pas la prétention d'énumérer toutes les faveurs obtenues de Dieu par l'intercession de Marie dans ce lieu béni. Il faudrait, pour atteindre plus complètement à un tel résultat, connaître les détails impénétrables du passé et prolonger outre mesure des recherches déjà longues.

M. de la Borderie, dans sa conférence de Bonne-Nouvelle, cite deux faits qui s'ajoutent à ceux que nous avons rapportés.

Le 28 juillet 1488, l'armée bretonne ayant été battue à Saint-Aubin du Cormier par les Français que commandait La Trémoille, ce célèbre guerrier voului profiter de la panique causée à Rennes par cette défaite et somma la ville de se rendre. Quelques Rennais eurent l’idée d'aller prier au sanctuaire de Bonne-Nouvelle. En quittant l'église de Marie, ils se sentirent pleins de force et inspirèrent aux autres habitants le courage qui les animait ; alors on donna aux envoyés de La Trémoille cette fière réponse :

« Seigneurs hérauts, nous vous faisons savoir que dans cette bonne ville de Rennes il y a quarante mille habitants, dont vingt mille sont de telle résistance que si votre maître et son armée nous viennent assiéger (moyennant la grâce de Dieu en qui gît toute notre confiance), autant gagneront-ils comme ils ont gagné à Nantes ; nous ne craignons le roi ni toute son armée ! Et maintenant, allez porter au seigneur de la Trémoille cette joyeuse réponse, car de nous n'aurez autre chose pour le présent ».

La Trémoille se le tint pour dit et s'en alla sans oser venir assiéger Rennes.

Le second fait se rapporte à notre bonne duchesse.

Anne ne voulait pas entendre parler d'épouser Charles VIII, roi de France, et bien qu'elle n’eût que quatorze ans, elle était d'un caractère fort décidé.

Charles VIII étant venu vers Rennes, fit un pèlerinage à Bonne-Nouvelle ; admis ensuite auprès de la duchesse, il trouva son âme changée et se vit bientôt accepté comme époux.

On peut donc, dit notre historien breton, attribuer à la Vierge de Bonne-Nouvelle cet évènement si grand, si considérable, l'union de la France et de la Bretagne, union si glorieuse et si profitable pour les deux pays.

Tous ces faits démontrent surabondamment, la grande renommée qui appartint dans les siècles passés à notre sanctuaire de Bonne-Nouvelle.

Mais les œuvres importantes demandent plus d'un jour et veulent, pour être menées à bien, le concours de toutes les bonnes volontés.

Nous avons vu qu'en l'année 1632, lorsqu'il s'agit d'établir le Vœu d'argent, le pauvre comme le riche voulut participer à cette œuvre de salut général. Chacun apporta son offrande, et malgré l’appauvrissement de la ville, décimée par la maladie, la somme offerte dépassa de beaucoup le chiffre nécessaire.

De même en 1896, tous les catholiques sont invités à s’unir pour assurer l'achèvement du nouvel édifice élevé à la gloire de Marie.

Les uns se porteront garants et souscriront, pour mille francs et même davantage ; les autres, moins fortunés, voudront cependant donner un gage de leur foi et s'imposer quelques sacrifices. C'est pour ceux-ci que se trouve établie l'œuvre du sou de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle.

Cinq centimes par semaine, beaucoup peuvent faire cette aumône.

Un chef de centaine est chargé de trouver dix chefs de dizaine, qui à leur tour recherchent dix souscripteurs.

Cinq centimes par semaine, cela paraît bien peu de chose ; cependant, si des milliers de chrétiens s'imposent avec persistance ce léger sacrifice, leur union deviendra d'une grande force.

Le manque de ressources a déjà causé une interruption regrettable, non seulement parce qu'elle retarde l'achèvement de cette belle église, mais parce qu'elle occasionne des frais inutiles et peut en se prolongeant, préjudicier à la bonne exécution des plans du monument.

Actuellement on entend de nouveau retentir sur le chantier de Bonne-Nouvelle le marteau des tailleurs de pierres. Quelques travaux viennent d'être exécutés en 1895 et 1896 ; M. Poivrel nous en donne l'indication :

Pose des triforiums sous les grandes rosaces et taille .......... 1.200 f.
Construction et mise en place des deux grandes rosaces du transept en tercé jaune, à 7,500 fr. l'une, soit .......... 15.000 f.
Voûtes et maçonnerie au-dessus des grandes rosaces, jusque sous la corniche ........ 10.200 f.
Ciment, pour ces travaux ...... 600 f.
Sculpture ...... 640 f.
Réfection d'échafaudages ......... 2.555 f. 79
Total : 30.195 f. 79.

Il importe maintenant d'assurer la permanence des souscriptions pour que les travaux puissent être continués désormais sans nouvel arrêt, au moins jusqu'à l'achèvement de la première partie, qui pourra être livrée au culte.

Je sais que les splendides cathédrales élevées au moyen-âge, et qui font notre admiration, ont été l'œuvre de plusieurs générations ; mais si nous ne pouvons pas tout achever présentement, efforçons-nous du moins de terminer la partie commencée. N'oublions pas qu'il s'agit ici, non seulement de donner à l'une des plus anciennes paroisses de notre ville l'église dont elle a un besoin urgent, mais encore de rétablir un sanctuaire national qui a été pendant cinq siècles l'objet de la vénération des fidèles de toute notre région.

N'oublions pas qu'il s'agit d'élever à la Mère du Dieu rédempteur un temple digne de sa gloire.

Nous savons que l’un de nos anciens rois a solennellement placé sous la protection de Marie tout le royaume de France.

Nous savons que notre premier cardinal, en 1871, a mis de nouveau Rennes et tout son diocèse sous la protection de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle.

A l'œuvre donc, riches et pauvres, courage et persévérance, et nous verrons bientôt rétablir la dévote et miraculeuse maison où la Mère de Dieu était réclamée de toute la Bretagne ; où notre dernière souveraine, la bonne duchesse, venait prier si pieusement.

Marie nous saura gré de nos efforts, elle tiendra compte de nos sacrifices ; nos demandes par elle seront exaucées, notre part aux faveurs divines deviendra plus large, et vous savez tous que Dieu rend au centuple ce qui lui est généreusement donné.

(Paul Philouze, 1896).

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