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RENNES : RECONSTRUCTION DU SANCTUAIRE DE BONNE-NOUVELLE EN 1884-1905. |
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Reconstruction du Sanctuaire de Bonne-Nouvelle.

La promesse faite par Mgr Saint-Marc, en 1871, continue d'être tenue par ses successeurs à notre siège métropolitain, et chaque année un nouveau cierge est solennellement apporté, puis déposé à Bonne-Nouvelle, en commémoration du grand acte de piété de 1871.
Tous les faits qui viennent d'être successivement rappelés ne prouvent-ils pas surabondamment l'importance du sanctuaire de Bonne-Nouvelle, sanctuaire vénéré, fertile en miracles et plus anciennement fréquenté par nos aïeux que celui de Sainte-Anne.
Mais depuis trop longtemps déjà l'église de Saint-Aubin, dans laquelle le Vœu renouvelé et l'antique tableau miraculeux se trouvent déposés, menace ruine. Il était urgent, non seulement de la reconstruire, mais de donner à Marie un sanctuaire plus digne de son culte, plus digne du passé et des pèlerinages de nos souverains à Bonne-Nouvelle, plus digne enfin de notre région et de notre ville de Rennes, où les beaux édifices religieux font réellement trop défaut.
Voilà l’origine et la cause de l'œuvre actuelle, qui a motivé la présente étude.
Il était urgent de rappeler son intérêt général et son importance. Depuis longtemps déjà le travail matériel est commencé, mais les difficultés pécuniaires surgissent et viennent l’entraver. Le mal d’argent a toujours été un gros mal, non seulement pour les souverains de toutes les époques, mais encore pour toutes les familles et pour la plupart des entreprises qui nécessitent un concours sérieux et généralisé.
C’est en 1884 que la première pierre du nouvel édifice a été posée.
Le Courrier de Rennes, d'abord le 3 mai, indique l'ordre de la cérémonie ; puis, le 10 du même mois, dans un article fort bien rédigé, quoique dépourvu de signature, il donne d'intéressants détails sur les solennités religieuses qui eurent lieu à cette occasion. Nous les lui empruntons d'autant plus volontiers qu'elles forment une partie nécessaire et toute actuelle de la présente notice historique :
La fête du 6 mai 1884, dit l'auteur de l'article, sera une journée mémorable dans l'histoire religieuse de la ville de Rennes. Le même jour a vu consacrer la Métropole, dont la brillante restauration est achevée, et poser la première pierre de la magnifique église de Bonne-Nouvelle qui renfermera le Vœu de la ville et l'image vénérée de la Très Sainte Vierge. Le même jour aussi a été inauguré le monument de l'éminent cardinal Saint-Marc premier archevêque de Rennes. Mgr Place a voulu que la mémoire de son vénéré prédécesseur fût honorée le jour même où la grande œuvre qu'il avait entreprise était achevée et consacrée.
C'est de ces trois fêtes réunies en une seule que nous allons entretenir nos lecteurs.
Mardi matin, à sept heures et demie, le vénérable Chapitre s'est rendu processionnellement à l'église Saint-Sauveur. A huit heures, NN. SS. les Archevêques et Evêques sont arrivés à la même église, où ils ont revêtu leurs ornements pontificaux. Puis le cortège s'est remis en marche pour rentrer à la Métropole.
Devant la grande porte de la cathédrale, des fauteuils et des prie-Dieu avaient été préparés pour Leurs Grandeurs. Mgr di Rende occupait celui du milieu, ayant à sa droite NN. SS. Place, Foulon, d'Outremont, Lecoq, Belouino et Trégaro ; à sa gauche, NN. SS. Langénieux, Bécel, Nouvel, Cateau et Bouché.
Son Excellence le Nonce a récité les prières prescrites par le Rituel, puis NN. SS. Trégaro et Bouché ont fait les aspersions extérieures. Les portes de la Métropole se sont ouvertes, et le clergé seul a pénétré à l’intérieur.
L'église était magnifiquement décorée. De nombreux écussons aux armes des divers diocèses étaient placés sur les colonnes, surmontés d'étendards aux couleurs du Sacré-Cœur et du Saint-Père.
Seuls, les autels étaient complètement dépouillés et la grande nef entièrement vide de chaises. Sur les dalles du saint temple on remarquait deux grandes lignes de cendre formant un X et prenant fin à chaque extrémité de la nef.
L'office de la consécration s'est continué suivant le cérémonial. Nos Seigneurs ont fait le tour de la Métropole par groupes différents et entourés de leurs assistants. Puis deux des prélats ont, avec le pied de leurs crosses, tracé sur l'une des lignes de cendre l'alphabet latin, et sur la seconde l'alphabet grec.
Après la consécration, la procession s'est rendue à l'église Saint-Sauveur pour y prendre les Saintes Reliques, où elles avaient été déposées la veille, et les rapporter à la Métropole.
Alors a commencé la solennité publique. Aussitôt après l'entrée du clergé, plusieurs milliers de fidèles qui attendaient sur la place de la Cathédrale se sont précipités vers les issue. En quelques secondes la vaste nef a été complètement envahie.
Après les dernières prières de la consécration, Son Excellence le Nonce a célébré la Sainte Messe. Mgr di Rende occupait le siège de Mgr Place, du côté de l'évangile ; notre vénéré Archevêque était assis sur un autre trône élevé vis-à-vis, du côté de l'épître. NN. SS. les Archevêques et Evêques occupaient des fauteuils de chaque côté du chœur.
Le Saint-Sacrifice terminé, Son Excellence le Nonce a donné la bénédiction apostolique, à laquelle, on le sait, est attachée une indulgence plénière.
LA PROCESSION.
Aux premières heures de l'après-midi, le temps paraissant devoir être favorable, nos concitoyens se sont mis en devoir de pavoiser les rues sur le parcours du cortège.
Dès trois heures la vaste place Notre-Dame était envahie par une foule immense attendant la sortie de la procession. A quatre heures moins un quart, elle se met en marche dans l'ordre indiqué au programme.
Les élèves de Saint-Vincent et la musique de l'Institution, les Communautés religieuses, le Grand-Séminaire, et un grand nombre de prêtres venus de tous les points du diocèse, la musique instrumentale de la Société des Anciens Elèves des Frères, MM. les doyens, le chanoine grand-chantre et ses assesseurs, le Chapitre, M. l'abbé Vico, l’un des secrétaires du Nonce.
Puis s’avancent, au milieu d’une foule religieusement inclinée, NN. SS. Bouché, évêque de Saint-Brieuc et Tréguier ; Trégaro, évêque de Séez ; Belouino, évêque d'Héliopolis ; Cateau, évêque de Luçon ; Lecoq, évêque de Nantes ; Nouvel, évêque de Quimper et Léon ; d’Outremont, évêque du Mans ; Foulon, archevêque de Besançon ; Langénieux, archevêque de Reims ; Place, archevêque de Rennes, puis le Nonce apostolique, Mgr di Rende.
Mgr Bécel s‘était rendu directement à la Métropole et n'a repris sa place qu'au retour du cortège.
BÉNÉDICTION ET POSE DE LA PREMIÈRE PIERRE DE L'ÉGLISE DE NOTRE-DAME DE BONNE-NOUVELLE.
Une heureuse coïncidence que la Très Sainte Vierge, avec les délicates attentions d'une Mère, avait su ménager en faveur de sa paroisse privilégiée, a permis de donner un éclat extraordinaire à cette cérémonie.
S. Exc. Mgr di Rende, nonce apostolique à Paris, et les nombreux prélats qui le matin avaient assisté à la consécration de la Métropole, formaient une brillante couronne autour de cette pierre bénite, sur laquelle reposera notre magnifique sanctuaire.
A trois heures, le clergé paroissial sortait de sa vieille église, précédé des bannières de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle et du Saint-Rosaire. Deux clercs en dalmatique, enfants de Saint-Aubin, portaient tour à tour le cierge votif que, chaque année, en la fête du 8 septembre, le premier Pasteur du diocèse vient solennellement bénir et déposer aux pieds de la Vierge de Bonne-Nouvelle.
Seize jeunes gens de la paroisse, la plupart catéchistes volontaires ou membres de la Conférence Saint-Vincent-de-Paul, avec des brassards bleus frangés d'argent, avaient l'honneur de soutenir sur leurs épaules le grand Vœu d'argent.
Depuis le 8 septembre 1861, où cet ex-voto si populaire et si aimé avait été renouvelé avec tant de pompe et de magnificence, ce monument de la piété rennaise n'avait pas quitté notre sanctuaire, et en le revoyant traverser les rues sur son élégant brancard, les fidèles manifestaient tout haut leur contentement et leur admiration.
C'est la ville en argent, disait-on sur son passage. Et l'on se montrait les tours, les murailles et les portes, les principaux édifices et les clochers qui brillaient au soleil et entouraient de leurs reflets la colonne surmontée de la statue de Notre-Dame, tenant entre ses bras l'Enfant Jésus, qui bénit la ville à ses pieds.
Et en entendant les exclamations de la foule ; nous nous rappelions le vieux chroniqueur qui, racontant la grande cérémonie du 8 septembre 1634, où le premier Vœu fut processionnellement porté à Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, disait en son naïf langage : « Ce divin objet de dévotion et de saincte curiosité, capable par sa monstre et par sa seule veüe de rendre contents les desseins de tous ceux qui étaient accourus à cette pompe, eût arrêté par les yeux l’âme de toute cette compagnie toute la journée... ».
Chargé de ses précieux trésors, le clergé de Saint-Aubin se rendait ainsi au-devant de S. Exc. Mgr le Nonce apostolique et de NN. SS. les Evêques qui tout, à l'heure, par leur présence et leurs bénédictions allaient accorder à sa future église un incomparable honneur.
A trois heures trois quarts, la grande procession partait du palais archiépiscopal pour se rendre à Saint-Aubin et à la Métropole. S. G. Mgr l’Archevêque, avec une délicatesse d'à-propos que tous ont remarquée, avait voulu que la bannière de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle fût portée en tête des congrégations religieuses, du clergé diocésain et des paroisses de la ville, pour ouvrir cette marche triomphale à travers les rues richement pavoisées.
Sur la place Sainte-Anne, à l'entrée du territoire de la paroisse Saint-Aubin, un arc-de-triomphe avait été dressé et une allée de sapins conduisait aux chantiers de la nouvelle église.
Qui avait pu voir huit jours auparavant ces tranchées de quinze à dix-huit pieds de profondeur et les bouleversements de terrain qui couvraient ce large périmètre, ne pouvait comprendre cette transformation subite en une place dressée et aplanie.
Le portail du chantier était décoré de deux écussons aux armes de la cité, et au milieu flottait une bannière blanche et bleue avec cette inscription en lettres d'or : « La ville de Rennes, reconnaissante envers la Mère de Dieu, se voue tout entière à elle et implore sa protection ».
Des mâts vénitiens, ornés de banderolles aux couleurs de la Vierge et du Pape, dessinaient tous les contours du monument avec sa grande nef, ses bas-côtés, le transept, la chapelle absidale, les sacristies, et en faisaient apparaître les vastes proportions.
Au chevet de l'église, une estrade avait été élevée pour NN. SS. les prélats et décorée des armes de Léon XIII, de S. Exc. le Nonce, de S. G. l'Archevêque de Rennes et de tous les évêques présents.
Des guirlandes légères reliaient les mâts et formaient comme des chapelets de roses au-dessus de ce lieu où plus tard le saint Rosaire sera si souvent déroulé.
En face de l'estrade d'honneur était la premire pierre : deux croix y avaient été taillées dans le granit, et au milieu un écusson portait la date ineffaçable du 6 mai 1884.
Lorsque les évêques eurent pris place sur l'estrade, Mgr l'Archevêque de Rennes, dans un langage chaleureux et vibrant que nous n'aurons pas la témérité d'essayer de reproduire, s'adressant au Nonce, lui rappela qu'en 1466 Etienne Nardino, archevêque de Milan et légat du Pape Paul II auprès du duc Bretagne, avait le premier, au nom du Souverain-Pontife, enrichi d'indulgences le sanctuaire de Notre-Dame des Bonnes-Nouvelles, Beatæ Mariæ Virginis, de bonis novellis, et qu'il se félicitait de voir, à quatre siècles de distance, le représentant de Sa Sainteté Léon XIII bénir et poser la première pierre d'une basilique où doit se perpétuer une dévotion dont Etienne Nardino avait été le témoin et qui depuis ne s'est jamais démentie.
Il remercia les évêques qui avaient daigné s'associer à cette grande cérémonie, en ajoutant, que les paroissiens de Saint-Aubin et la ville de Rennes tout entière étaient bien dignes de cet, honneur..... ; la construction d'une église, de nos jours surtout, est déjà un grand acte de foi, à plus forte raison quand il s'agit d'un édifice comme celui dont les décorations présentes retraçaient les lignes principales et faisaient entrevoir le vaste vaisseau : œuvre gigantesque que M. le curé de Saint-Aubin n'a pas craint d'accepter de son vénérable prédécesseur et qu'il mènera certainement à bonne fin avec le concours généreux et dévoué de ses pieux paroissiens et de tous les fidèles rennais.
Après avoir payé un juste tribut d'hommages à M. Martenot, l'habile architecte du monument qui sera sa gloire et illustrera son nom, à MM. Poivrel frères, dont l'activité et l'intelligence pratique exécutent si heureusement les conceptions de l'artiste distingué, et loué les ouvriers qui, la semaine dernière surtout, s'étaient livrés à un travail surhumain pour achever les fondations, véritables abîmes, et préparer cette belle cérémoie, Sa Grandeur a recommandé à la Très Sainte Vierge ces modestes travailleurs pour qu'elle les préserve de tout péril et de tout accident, tout le temps que durera cette immense construction.
Monseigneur a terminé son éloquente allocution en invitant Son Excellence à bénir la première pierre de ce sanctuaire, qui bientôt élèvera ses hautes murailles et sera sans doute la plus belle église paroissiale du diocèse.
Mgr di Rende procède aussitôt à la cérémonie, et la place présentait vraiment alors un magnifique spectacle.
Les gros nuages chargés de pluie qui depuis deux jours assombrissaient le ciel et qui, jusqu'à deux heures encore, semblaient vouloir contrarier la joyeuse expansion de notre foi, s'étaient dissipés sur un signe de Celle qui était la cause de notre joie, et que chaque soir, au chapelet, nous avions mise en demeure de favoriser notre manifestaition filiale. Le soleil dardait ses rayons sur toutes ces oriflammes, sur les chapes, les mitres et les crosses d'or ; les couleurs de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle flottaient à la croix de notre vieux clocher ; une foule immense couvrait la place, se massait aux fenêtres et jusque sur les toits ; trois cents prêtres au moins se pressaient autour des Princes de l'Eglise.
Les souvenirs du passé se croisaient dans notre esprit avec les impressions de l’heure présente et les espérances de l'avenir ; et en promenant nos regards sur tout ce quartier de la cité, miraculeusement protégé contre l'incendie de 1720 par la Vierge de Bonne-Nouvelle, sur l'ancien cloître des Jacobins qui, pendant près de cinq siècles, avait, abrité la saincte image, sur notre pauvre église qui l'abrite aujourd'hui, nous voyions déjà les piliers et les arceaux sortir de terre, cette voûte de 87 pieds d'élévation, ces trois nefs de 25 mètres de largeur, les deux tours dresant leurs flèches de granit, et portante bien haut avec le signe de la croix l'hommage de nos généreux sacrifices....
Aussi quand Mgr le Nonce entonna le Veni Creator pour faire descendre dans le cœur de tous les fidèles l'esprit de charité et d'amour, suppliions-nous avec instance ce divin Esprit d'activer en toutes les âmes les feux brûlants du zèle que rien ne déconcerte, qui ne se lasse jamais et sait réaliser des merveilles.
Après les prières, les bénédictions et les aspersions prescrites par la sainte liturgie, il fut déposé, dans une excavation pratiquée dans la pierre, un coffret de plomb renfermant, avec une plaque de cuivre commémorative, le procès-verbal de la cérémonie écrit sur parchemin.
Voici le texte exact de ces pièces authentiques, qui désormais appartiennent à l’histoire.
Le procès-verbal est ainsi conçu :
Anno domini M D CCC L XXXIV - die VI mensis maï, - Leone P. P. XIII feliciter regnante - D. D. Carolo Philippo Place, archiepiscopo - Redonensi, - Ego Camillus Siciliano di Rende, - archiepiscopus - Beneventanus et in gallia nuntius apostolicus - Benedixi et imposui primarium hinc lapidem - Ecclesiæ - In honorem Sancti Albini, Episcopi - et Confessoris, - Et B. M. V. de bono nuntio ædificandæ.
TRADUCTION
:
L'an du Seigneur 1884, le sixième jour du mois de
mai, le Pape Léon XIII heureusement régnant, Mgr Charles-Philippe Place,
archevêque de Rennes,
Moi, Camille-Siciliano di Rende, archevêque de Bénévent et Nonce apostolique en France,
J'ai béni et posé la première pierre de l'église qui doit être élevée en l'honneur de saint Aubin, évêque et confesseur, et de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle.
La plaque de cuivre jointe au parchemin porte en gravure le texte déjà parvenu à la connaissance du public et que nous reproduisons :
Le 6 mai 1884,
LÉON XIII, PAPE
Mgr PLACE, archevêque de Rennes ;
M. LE BASTABD, maire ;
M. DURANT, curé de Saint-Aubin en Notre-Dame de Bonne-Nouvelle ; MM. DE LA VILLEAUCOMTE, BARBIER, PLÉNEL et DAVOINE, vicaires ;
MM. PHILOUZE, BRIAND, VILLALARD, DENIS, DE LESQUEN, FOLIE, GUÉPIN, PETIT, fabriciens ;
S. Exc. Mgr DI RENDE, archevêque de Bénévent, nonce à Paris, a béni et posé la première pierre de cette église en présence de NN. SS. les archevêques de Reims et de Besançon, les évêques de Vannes, Quimper, Saint-Brieuc, Nantes, Le Mans, Luçon, Laval, Séez, Hiéropolis et Rœfanée ;
M. MARTENOT, architecte ;
MM. POIVREL frères, entrepreneurs.
Chabbert-Pujol, graveur.
Selon l'usage, des pièces françaises ont été déposées dans la boîte de plomb avec quelques monnaies frappées à l’effigie de Pie IX, le grand Pape de l'Immaculée-Conception, qui a daigné accorder à Notre-Dame de Bonne-Nouvelle les honneurs du couronnement par un bref en date du 21 avril 1874. On ne pouvait oublier les médailles de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, de sainte Anne, l’illustre patronne de la Bretagne, dont l'antique et sainte confrérie a dans notre paroisse et pour toute la ville de Rennes son siège unique et vénéré, en l’honneur de laquelle une messe est dite le mardi de chaque semaine, et qui donne son nom à la place même sur laquelle s'élève la nouvelle église, et, enfin des médailles de saint Benoît, précieux talisman dont la vertu est si connue contre toutes les embûches de l'esprit malin.
Puis Son Exc. le Nonce apostolique et Mgr l’Archevêque de Rennes ont pris la truelle d'argent et enduit de ciment la pierre bénite. Les ouvriers l’ont recouverte d’une autre pierre, et Mgr di Rende, NN. SS. les archevêques de Rennes et de Reims, les évêques du Mans, de Quimper, de Luçon, d'Hiéropolis, de Séez et de Saint-Brieuc, M. le curé de Saint-Aubin, le clergé et les fabriciens de la paroisse sont venus tour à tour frapper sur cette pierre, qui doit sceller le gage de nos plus chères espérances.
Cependant l’Institution Saint-Martin, qui avait si gracieusement offert son concours à cette fête paroissiale, faisait retentir la vaste place de l’Hymne au Pape, de Gounod comme pour remercier son auguste représentant. Plus de cent trente exécutants, sous l’habile direction de M. Imbert, le savant maître de chapelle, enlevaient avec une admirable précision cette magnifique cantate qui a produit un très brillant effet.
LA CÉRÉMONIE DU SOIR — INAUGURATION DU MONUMENT DU CARDINAL.
La cérémonie de la pose de la première pierre étant terminée, le cortège s'est remis en marche et est arrivé devant la cathédrale vers cinq heures.
Les élèves de Saint-Vincent se sont massés dans la chapelle de droite, où se trouvaient déjà les membres de la Société des Anciens élèves. Dans celle de gauche prenaient place les Ordres religieux. Le clergé des paroisses, les prêtres du diocèse, les abbés du Séminaire restent groupés dans le haut de la nef.
Immédiatement la couronne d'or et d'argent qui avait été offerte par les Anciens élèves de Saint-Vincent lors des funérailles du Cardinal est portée par huit élèves auprès du monument ; les évêques se rangent en cercle tout autour ; aussitôt le voile est enlevé et la statue du vénéré Cardinal apparaît aux regards.
Le Cardinal est représenté à genoux, les mains jointes. Les traits fins, la figure expressive du vénéré prélat sont parfaiternent rendus par le marbre, qui ressort vivement sur le fonds mat de la muraille. La cappa magna est jetée sur les épaules du Cardinal et retombe derrière lui en longues draperies ; la pose est heureuse et l'ensemble de la statue fait honneur au ciseau de notre compatriote, M. Valentin.
La statue repose sur un piédestal en pierre blanche, peut-être un peu trop massif, qui est porté lui-même sur un soubassement de granit. Sur une plaque de marbre noir est gravée l’inscription suivante :
Memoriæ
E.
E. in X° Patris d. d. Godefridi Brossay - Saint-Marc, - S. R. E. Presbyteri
cardinalis tituli - ex Mariæ et Victoria. - Primi Redonum archiepiscopi
- hoc monumentum Clerus populusque - mærentes - et grati posuere.
On chante alors les psaumes des vêpres de la Dédicace, l'antienne Sacerdos et Pontifex ; les évêques s‘agenouillent quelques minutes devant le monument.
Puis Mgr Bécel, évêque de Vannes, monte en chaire. Il lit le panégyrique du cardinal Saint-Marc. Nous regrettons vivement que le défaut de place ne nous permette pas de reproduire ce beau discours.
L'orateur suit pas à pas la vie de Mgr Saint-Marc ; il en retrace un récit fidèle, plein d'appréciations justes, d'heureuses pensées, écrit dans un grand style, où il sait entremêler habilement les anecdotes heureuses et les graves enseignements. La voix sonore et forte se fait aisément entendre et domine le bruit inévitable produit par la foule immense qui était entrée dans l'église à la suite de la procession.
Le discours dure environ une heure vingt minutes. A la fin, les neuf évêques rangés le long de la balustrade du chœur donnent ensemble la bénédiction à l'assistance. Cette imposante cérémonie produit une grande impression.
Aussitôt après, la maîtrise de la Métropole entonne les chants du salut avec une précision et une maestria qui frappent tous les connaisseurs. Ces chants s'élèvent vers le ciel. On remarque beaucoup l’O Salutaris, de Thoinot-d'Arbeau, l'Ave Maria de Boissière, le Tantum Ergo, de Lenoir, et le Laudate, de Gounod.
Mgr le Nonce apostolique donne lui-même le salut. A la bénédiction, l'immense foule s'incline respectueusement.
Le spectacle, à ce moment, était vraiment grandiose. Les derniers rayons du soleil couchant, venaient frapper les dorures du chœur et en faisaient ressortir l'éclat. La richesse de cette restauration, aujourd'hui complètement terminée, apparaissait dans toute sa splendeur et frappait tous les yeux.
LE RETOUR DE LA PROCESSION.
A sept heures un quart, la procession est sortie de nouveau de la Métropole pour se rendre à l'Archevêché. Les rues de la Monnaie, Toulouse, Lafayette, Nationale, place du Palais, rue Louis-Philippe, contour de la Motte et rue de Fougères, étaient remplies par une foule énorme. Mais l'affluence était encore plus considérable sur la place Notre-Dame. Lorsque le cortège est arrivé sur ce dernier point, les dix prélats ont pris place au haut du perron, et tous ensemble ont donné leur bénédiction aux vingt mille fidèles agenouillés à leurs pieds.
Ce spectacle, à la fois grandiose et imposant, a dignement terminé cette belle journée. Il était à ce moment huit heures. La foule s'est retirée dans l'ordre le plus parfait.
Pendant l'après-midi, la musique de Saint-Vincent et la musique de la Société des Anciens élèves des Frères se sont fait entendre sur le parcours de la procession. Nous avons pu apprécier les progrès toujours croissants de ces deux Sociétés, si habilement dirigées par M. Guimbard, et nous adressons nos félicitations aux jeunes exécutants ainsi qu'à leur digne chef.
LES ILLUMINATIONS.
Le soir de cette fête mémorable réclamait son prolongement traditionnel. Successivement les maisons s'illuminaient, et un beau ciel étoilé semblait prendre part à nos filiales et chrétiennes réjouissances.
Le chantier resplendissait de mille feux ; des cordons de lumière couraient de mâts en mâts en dessinant de nouveau les grandes lignes du sanctuaire, et la croix plantée sur l'emplacement de l’autel principal était brillante et radieuse.
La foule circulait avec le calme le plus parfait, accueillant avec générosité nos jeunes quêteurs, qui passaient de rangs en rangs, à l'exemple des charitables dames de la paroisse qui, toute la journée, sur le chantier et dans l'église, n'avaient cessé de tendre la main pour la construction nouvelle. Que les prêtres dévoués qui, sur la place et dans les rues voisines, ont bien voulu, durant la station de la procession, remplir aussi ce laborieux office, nous permettent de leur adresser, au nom de la Très Sainte Vierge, du clergé et des paroissiens de Saint-Aubin, les plus sincères remerciements.
La musique de Saint-Martin avait eu l'excellente idée de revenir faire entendre ses plus beaux morceaux, et des applaudissements répétés lui témoignaient assez haut le plaisir qu'elle procurait à tous en venant si généreusement rehausser l'éclat de cette splendide soirée.
Chacun se sentait vraiment là en famille et communiquait ses impressions avec cet accent que les fêtes religieuses seules savent mettre sur les lèvres. Tous étaient heureux et fiers ; tous appelaient de leurs vœux le jour béni où ils pourraient entrer dans cette majestueuse basilique pour y prier la Vierge de Bonne-Nouvelle.
Pieux paroissiens de Saint-Aubin, catholiques et fidèles enfants de notre chère cité, ce jour viendra, et il viendra bientôt ! Le passé nous l'avait toujours fait espérer, la grande fête du 6 mai 1884 nous en donne de plus en plus la ferme et invincible confiance. Oui ! grâce votre admirable charité, aux riches largesses des favorisés de la fortune comme à la modeste obole des pauvres, Notre-Dame de Bonne-Nouvelle verra du haut des cieux son temple rapidement grandir. Hâtez-vous, donnez, donnez encore, et les fêtes de la consécration viendront bientôt récompenser vos généreux efforts...
Aussi bien, n'est-ce pas répondre à la parole de notre vénérable Archevêque qui publiquement, mardi, nous a laissé pressentir que S. Exc. le Nonce apostolique ne se contenterait pas d'avoir posé les fondements de notre future basilique, mais serait heureux aussi de revenir au milieu de nous pour en célébrer la solennelle dédicace.
Il ne dépend que de vous et de votre inaltérable dévouement à Marie de voir dans quelques années ce vœu réalisé.
(Paul Philouze).
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