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RENNES : DE LA RENDITION DU VOEU. |
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De la rendition du Voeu.
Nous venons de citer quelques mots du Dominicain Albert, du couvent, de Morlaix, auteur de la Vie des Saints de la Bretagne-Armorique. Cet écrivain, fidèle à la tradition dominicaine, soutient que le couvent de Bonne-Nouvelle a été fondé par le duc Jean IV, en commémoration de sa victoire d’Auray.
Il raconte que le 2 février 1368, le duc posa la première pierre de l'édifice en présence de Raoul de Tréval évêque de Rennes, Frère Simon de Langres, évêque de Nantes, Guillaume Poulart, évêque de Saint-Malo, Geffroy, évêque de Vannes, Jean du Juch, évêque de Léon, Geffroy de Kermoysan, évêque de Cornouailles, Frère Even Begaignon, évêque de Tréguer, Jean Lebarz, abbé de Saint-Melaine, les abbés de Prières et de Rhedon, Jean de Rohan, Olivier de Clisson, Jean de Beaumanoir, Bertrand Goyon de Matignon, Jean de Rieux, les seigneurs de Malestroit, Coëtmen, Blossac, Bonabes de Kerlac, Jean de Saint-Gilles, chevaliers bretons, Guillaume de Latomer, Robert de Neufville, Jean Basset et autres, chevaliers anglais, et une innombrable multitude de peuple (p. 467).
Le duc prit un riche devanteau de fourrure d'hermine et en une main un petit marteau d'argent doré, en l'autre une truelle de même métal, et se déclarant premier et principal fondateur de ce monastère, y mit et assit la première pierre, à l'honneur de Dieu et de sa Sainte Mère, sous l'invocation de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle.
Puis donna au seigneur de Matignon cent florins d'or pour mettre au plat de l'offrande, et tous les autres seigneurs, à son exemple, se montrèrent libéraux à contribuer à ce nouvel édifice (p. 468).
Le duc avait une affection très spéciale à ce lieu... Lorsqu'il était à Rennes, il allait d'ordinaire entendre la messe à Bonne-Nouvelle, et aussitôt qu'il eut pris port à Solidor, l’an 1379, à son retour d'Angleterre, où il s'était réfugié pendant une révolte générale de son pays, il en vint rendre grâce à Dieu et à Notre-Dame de Bonne-Nouvelle et y donna mille florins d'or...
A sa mort, au château de Nantes, il recommanda au prince Jean son fils, à la duchesse Jeanne de Navarre sa femme, et aux tuteurs de ses enfants de parachever l'édifice de Bonne-Nouvelle, où il eût été enseveli s'il fût mort à Rennes, comme étant le lieu qu'il chérissait le plus en ce monde (p. 468).
Le duc Jean V, mémoratif des paroles de son père..., s'en vint à Bonne-Nouvelle, ratifia la donation faite par son père..., et l'an 1410, donna audit monastère dix mille escus d'or, et ordonna être pris sur les receptes de l'évêché de Rennes la somme de quatre mille livres par chaque quartier de l'année, pour être employée au paiement des massons qui travaillaient à l'édifice dudit couvent.
Le fils de Jean V, François Ier du nom, avant d'aller en Normandie contre les Anglais en 1449, se vint recommander à Notre-Dame en sa chappelle de Bonne-Nouvelle.
Le duc Pierre II et la Bienheureuse Françoise d'Amboise, sa femme, étaient si affectionnés à ce saint lieu qu'ils n'en bougeaient tous les jours pendant que leur cour était à Rennes, et y donnèrent plusieurs riches ornements.
C'était en ce lieu qu'ordinairement, le vaillant prince Artur, comte de Richemont, connestable de France, venait rendre grâce de ses victoires et offrir à la Sainte Vierge les armes et trophées de ses ennemis... Quand son chef, déjà grison, fut orné de la couronne ducale, en novembre 1457, il en fut rendre actions de grâces à Notre-Dame en sadite chappelle (p. 469).
La duchesse Anne surpassa encore les autres souverains de Bretagne par son affection envers le sanctuaire de Bonne-Nouvelle.
Elle y donna sa couronne ducale, trois chappelles entières de drap d'or, chappes, chasubles et tuniques, la première desquelles est faite de sa robe de noces et de son grand manteau royal à queue..., et y donna de beaux privilèges et exemptions, par lettres datées de Blois, en mai 1510.
Ces détails nous font savoir combien était grande la vénération des fidèles pour le sanctuaire de Bonne-Nouvelle, et suffisent à expliquer pourquoi le Vœu de 1632 fut déposé dans l'église des Dominicains de Rennes.
Voici le récit d'un témoin oculaire de cette cérémonie, le P. Pinsard :
Le Vœu étant apporté de Paris, Mgr de Rennes destina que la solennité de la rendition serait célébrée le 8 septembre, jour de la Nativité de Notre-Dame, et les jours suivants.
MM. de la Communauté firent poser sous l'arcade gauche, entre l’autel de Notre-Dame et celui de Saint-Joseph, une table en corniche de marbre noir, portée par deux colonnes, avec cette inscription : « Sacrum deo Virginique matri ob civitatem Rhedonensem a peste liberatam, anno 1632… », et au-dessous sont les armoiries de la Ville : ampalé de six pièces d'argent et de sable ; au-dessus un chef de Bretagne.
Pendant que se faisaient les préparatifs de la fête, MM. les Religieux de Bonne-Nouvelle étudiant en philosophie et leurs régents ouvrirent des disputes publiques.... ; quelquefois la querelle s'échauffait jusqu'à la sueur, jamais elle n'en vint jusques au sang.
Chacun s'employait à faire nettoyer les rues..., d'autres aux préparatifs nécessaires à la réception du peuple qui arrivait du Maine, de Normandie et de toutes les villes de la province. (Il est à remarquer que le pain a manqué ce jour-là dans la ville, à cause du peuple qui y abondait de trente et de quarante lieues).
A la page 490, tome II, de son Dictionnaire de Bretagne, Ogée écrit à l'occasion de la cérémonie du Vœu de Bonne-Nouvelle : « On assure qu'il y avait à Rennes plus de deux cent cinquante mille personnes, y compris les habitants ».
La douceur de la nuit fut favorable à plusieurs mille pèlerins qui ne purent trouver logis où se reposer des peines du chemin du jour précédent que sur le pavé... Le temps resta couvert, mais sans pluie.
On avait ordonné que les rues par où passerait le Vœu seraient tapissées. Les habitants de ces rues, obéissant très volontiers à l’ordonnance, employèrent la matinée à tendre leurs maisons, et les femmes, d'ailleurs très curieuses de la conservation de leurs meubles, tirèrent à cette occasion les plus rares pièces de leurs cabinets, de façon que les murailles du haut en bas, les fenêtres, les portes et le reste des maisons riaient sous la soie, les tavayolles et sous la tapisserie.
En la Maison de Ville, MM. de la Ville s'y étant assemblés entre les 7 et 8 heures du matin, avertis par noble homme J. Olivier, sieur de la Rouaudière, maître des cérémonies, que MM. du Parlement et Siège Présidial étaient arrivés à l'église cathédrale, partirent en corps pour y porter le Vœu et le présenter à Mgr l'Evêque, en la forme qui suit :
Premièrement marchaient en tête les officiers et hallebardiers de la Ville, vestus de casaques de velours blanc parsemé d'ermines de velours noir profilées de fil d'argent, suivis d'une école de violons, et après eux marchaient cent enfants vêtus lestement, conduits par douze guidons. Ici paraissent des musettes de Poitou et de là une grande enseigne portée par écuyer Jean de Quellenec, sieur de la Brosse, gentilhomme habitant de la ville, et après suivait le Vœu, porté par huit échevins, élus à la pluralité des voix.
Le Vœu était élevé sur un brancart couvert d'une housse de satin blanc parsemé d'ermines et environné de vingt-quatre beaux enfants revêtus en anges, et portaient chacun un miracle fait par les prières de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle ; les hautbois étaient au derrière du Vœu, le Corps de la Ville le suivait, et en dernier lieu marchait une compagnie de morte-paies et de hallebardiers habillés comme ceux de devant.
Ainsi marche le Vœu au son des violons, des musettes, des hautbois et des troupettes et parmi un grand nombre de canonnades, depuis la Maison de Ville jusques à l'entrée de l'église cathédrale dédiée à saint Pierre.
Comme MM. de la Ville arrivèrent en cette église où tout éclatait de richesses, ils trouvèrent dans le parquet les Corps de la cathédrale et des Religieux de Saint-Melaine et MM. du Siège Présidial rangés sur des bancs du côté de l'Evangile, et MM. de la Cour de Parlement en corps et en robe rouge, assistés de leurs officiers, du côté de l'Epitre ; ils prirent place sur des sièges dressés pour eux au bas du parquet et proche du Vœu, où ils furent placés par le maître des cérémonies, comme il avait fait MM. du Parlement et Présidial.
Le Vœu est un chef-d’œuvre en argent, du poids de 119 marcs. Il représente la ville de Rennes, ses murailles, ses portes, ses vingt-quatre tours et toutes ses églises, ses bâtiments et faubourgs principaux. Le visage de Notre-Dame, tenant entre ses bras son petit Enfant Jésus et dominant le Vœu, semblait si attentif et si enclin à contempler la ville étendue au-dessous de ses pieds qu'elle en devenait toute rayonnante.
Mgr de Rennes monta en chaire et traita de la nature et des conditions du Vœu, des mérites et de la puissance de la Vierge, sous faveur de laquelle on allait présenter celui-ci, de la piété et de la recommandation de la Maison de Bonne-Nouvelle en laquelle on l’allait rendre.
Ce grand prélat, descendant de la chaire, se revêtit de ses habits pontificaux, riches jusqu'au point de l'admiration, pour célébrer la Sainte Messe à un autel qu'on avait dressé expressément au haut de la nef, au-dessous du Crucifix.
Après la messe eut lieu la bénédiction du Vœu.
On présente à l'évêque une chaire richement ornée dans laquelle il s'assied sur le marchepied de l'autel, la mitre sur la tête, la face tournée vers le peuple. Le Vœu fut apporté par les huit bourgeois qui en avaient la charge. Devant eux marchèrent noble homme Jean-Olivier Leduc, sieur de la Boucquinais, avocat et procureur syndic, précédé par écuyer Pierre de Caradeuc, sieur de la Chalotais, écuyer Pierre Glet, sieur de la Hurlaye, connestables, lesquels arrivés assez proche de mondit seigneur évêque, après qu'ils lui eurent fait une très profonde révérence, ledit sieur syndic, par une très éloquente action, les genoux en terre, lui fit entendre de la part de toute la ville le sujet de l'assemblée et du Vœu qu'ils venaient présenter, afin qu'il l'acceptât au nom de Dieu et en reconnaissance publique de la santé recouverte par les prières de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, à laquelle ils le suppliaient d'offrir le même Vœu.
Ensuite Mgr l'Evêque se leva, assisté de MM. les archidiacres et de ses aumôniers, fit la bénédiction suivant la forme portée dans le pontifical... puis les sergents de la ville et autres fendent la presse du peuple et ouvrent chemin à la pointe de la procession, laquelle fut tenue par les confréries des métiers comme il suit :
Les tessiers allaient à la tête et étaient suivis des mareschaux fourbisseurs, teinturiers, tailleurs, menuisiers, coutelliers, selliers, blanconniers, cordonniers, chapeliers, drapiers, drapans, couvreux, bouchers, pâtissiers et boulangers.
Après les confréries des métiers, celles des dévotions : Saint-Sébastien en Toussaints, Saint-Sébastien et Saint-Laurent en Saint-Germain, les Cinq Plaies et les Apôtre en Toussaints, de Saint-Etienne en Saint-Etienne, de Saint-Fiacre en Saint-François, de Saint-Roch et Saint-Eutrope en Saint-Anne, de Saint-Nicolas en Toussaints, Saint-Roch et Saint-Sébastien en Saint-Georges, du Saint-Sacrement en Toussaints et Saint-Germain.
A la tête de chaque confrérie marchaient douze belles torches armoyées des armes de la confrérie ; chaque confrère portait un cierge blanc allumé à la main ; ils avaient après eux des hallebardiers. Et puis on voyait marcher les croix et les bannières des paroisses, et une école de dix violons, vêtus de robes de coton blanc froncées sur les épaules, lesquels jouant de fort beaux airs marchaient, au front de la compagnie des cent enfants conduits sous douze guidons, desquels le grand était porté par le fils de M. le président de Chalain.
Cette gentille compagnie était suivie de quatre hautbois vêtus de robes de futaine blanche barrée de rouge, les têtes couronnées de guirlandes de fleurs, jouant l'hymne Ave Maris Stella.
Dè là commençaient à prendre rang les compagnies des religieux... Les Pères Minimes allaient à la tête, les Pères Capucins les suivaient au nombre de quarante, les Pères Cordeliers soixante-dix, les Pères Carmes soixante-quatre, et les Pères de Bonne-Nouvelle quatre-vingt-dix-sept ; chaque maison marchait sous sa croix et chaque religieux portait un cierge blanc à la main.
Les religieux passés, venaient les prêtres et les recteurs des neuf paroisses de la ville, qui sont : Saint-Etienne, Toussaints, Saint-Germain, Saint-Aubin, Saint-Sauveur, Saint-Georges, Saint-Jean, Saint-Martin et Saint-Hélier..., et marchaient deux à deux, chacun ayant un cierge à la main et le bonnet en tête.
Après le corps des paroisses venaient MM. les religieux de Saint-Melaine, vestus d'aubes et de chapes, et après eux quatre hautbois de Poitou, vêtus de casaques de futaine blanche barrée de soie bleue et incarnadine, et flottantes battant sur les talons. Ils avaient les têtes ceintes de couronnes et jouaient O gloriosa Domina.
Immédiatement après paraissait l'enseigne de la cérémonie, contenant dix pieds en carré de taffetas blanc, sur laquelle était dépeint d'un côté, tout au haut, un Maria, et au-dessous la Vierge Mère tenant son petit Jésus, et à ses pied la ville de Rennes. De l'autre côté, un nom de Jésus, et au-dessous les bienheureux serviteurs de Dieu saint Sébastien et saint Roch, implorés durant la calamité de la peste. Le bas de l'enseigne avait les armes du roi et celles de la ville, dedans le vide elle était toute semée de lys et d'ermines. Elle était portée par le sieur Delabrosse-Quenelec, suivi d'un jeune enfant lestement habillé qui retroussait le bas de l'enseigne.
Sous cette belle enseigne marchait, devant et proche du Vœu, une troupe composée de vingt-quatre beaux enfants vestus en forme d'anges. Leurs visages brillants parmi l'or et la crespure de leurs chevelures blondes, et sous des couronnes faites comme des soleils, leurs corps couverts de brocatelles d'or et d'argent, leurs épaules empennées de petits ailerons, les eussent fait prendre pour autant de ces esprits bienheureux qui servent la Reine des anges. D'une main ils portaient des cierges allumés, et de l'autre côté ils soutenaient sur leurs bras chacun sa rondache ceinte de laurier verdoyant. Sur ces rondaches ou boucliers l'on voyait des tableaux de vingt-quatre beaux miracles faits par son intercession...
Lorsque le Vœu sortit de l'église Saint-Pierre, les canons de la Maison de Ville commencèrent à tirer, les trompelles et les tambours à sonner, le gros horloge à ban ; le peuple qui était au-devant de l'église de la Maison de Ville et des fenestres, jetait des voix d'allégresse, les musiciens chantaient ; l'orgue, les cornets à boucquins, les harpes, les violles, les hautbois et autres instruments jouaient...
Après le Vœu marchait la musique et MM. de Saint-Pierre parés de leurs plus riches ornements, et ensuite Mgr de Rennes portant sa mitre en tête et une chappe d'une riche étoffe d'argent, suivi de ses aumôniers, gentilshommes et autres officiers.
Après ce spectacle de piété s'offrait celui de la justice : à scavoir MM. du Parlement, en tête marchaient les huissiers, la chancellerie, les notaires deux à deux, les greffiers criminel et civil, l'un après l'autre, et après eux suivaient les corps du Présidial et de la Ville, soutenus par une compagnie de hallebardiers qui repoussaient la foule, qui faisait plus de cinquante mille personnes suivantes.
Il ne se peut rien voir de plus auguste que ces corps, et, surtout celui du Parlement, dont la pourpre relevait le lustre de la pompe du Vœu, et l'exemple échauffait la dévotion des assistants.
En cet ordre sortit la procession de Saint-Pierre, et passant par la Cordonnerie, au grand bout de Cohue, de la Mittrie, de la Pompe, des Baudrairies, de la Ciguë, de la Charbonnerie, alla sortir de la ville par la porte aux Foulons.
Le pont aux Foulons était orné d'arcades de lauriers. Comme le Vœu y entrait, les fanfares des trompettes et le bruit des canonnades se mêlaient parmi la musique qui accompagnait le Vœu. A l'entrée du cimetière Sainte-Anne, vers le bout du pont, on voyait au coin dudit cimetière un portail élevé de 24 pieds, orné de riches tableaux ; celui du milieu portait l'image du patriarche saint Dominique à genoux, lequel recevait le Rosaire des mains de la Sainte Vierge, qui était sous une arcade en laquelle étaient peints les quinze mystères du saint Rosaire. Ce grand tableau était accompagné de six autres représentant saint Antonin, le bienheureux Albert Legrand, saint Ambroise de Sienne, saint Jacques de Venise, saint Jacques Lalleman et saint Vincent Ferrier, tous de l'ordre des Frères prescheurs. Au côté de ce portail il y avait un théâtre d'où sortait une musique si charmante que les musiciens qui accompagnaient le Vœu s'imposèrent silence et que ceux qui le portaient s'arrêtèrent plus d'un quart-d’heure pour l'écouter.
Après que l’on était sorti de dessous ce portail, on découvrait la façade de celui de la porte du cimetière de Bonne-Nouvelle, laquelle était ornée de plusieurs armoiries. Au plus haut étaient celles du Pape entre deux trophées, au-dessous étaient celles du roi entre celles de Bretagne et de Mgr l'Eminentissime cardinal duc de Richelieu ; l’on voyait aussi celles de Mgr de Rennes et de la Ville, de l'ordre et du général des Frères prescheurs.
S'avançant dans le cimetière, l’on entrait en l'église par un portail de trois autres pyramides entre lesquelles se voyaient deux anges, beaux comme des soleils et revêtus de satin blanc à broderie d'or, qui donnaient de l'encens d'une main et de l'autre présentaient des fleurs.
Au même temps qu'on entrait dans cette église on y trouvait tant d'objets élaborés pour les plaisirs des sens que l’on ne savait auquel s'arrêter ; si l'œil était ravi par les plus rares traits de la peinture ou par les plus riches nuances de la tapisserie qui couvrait les murailles depuis le haut, jusqu'au bas, ou par les richesses qui brillaient en ce temple, l'oreille demeurait enchantée par les plus doux et les plus inouïs accords de la musique et de la ravissante harmonie des orgues et des voix.
Le Vœu fut premièrement porté devant le grand autel dans le chœur, où la musique et les instruments firent de nouveaux efforts chantant un motet, après lequel Monseigneur dit des oraisons ; de là le Vœu fut porté devant l'autel de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, en la même forme qu'il il avait été apporté depuis Saint-Pierre.
MM. de la Cathédrale, du Parlement, du Siège et de la Ville entrèrent quasi-seuls en ladite chapelle, où ils se jetèrent tous en terre, la plupart d'eux fondant en larmes de dévotion et provoquant tous ceux qui les contemplaient à pleurer…
Ceux qui portaient le Vœu, conduits par le maître des cérémonies, les sieurs connestable et syndic, et l'enseigne portée par écuyer Jean de Quellenec, sieur de la Brosse, s'avançant jusqu'aux balustres, proche l'autel de la Vierge, mondit seigneur l'évêque sortit des balustres, alla au lieu bâti pour recevoir le Vœu, et y montant par des gradins dressés expressément, les huit bourgeois et autres le lui apportèrent et lui présentèrent : il le reçut de ses propres mains et aidé par ses officiers il le mit et posa sur la table de marbre noir, portée sur les deux colonnes de marbre jaspé, comme nous avons dit.
Après cela, il exposa le Saint-Sacrement sur l'autel pour commencer les Quarante-Heures, en présence des RR. PP. Joubert, docteur de Paris, vicaire général de la Congrégation gallicane des Frères prescheurs, et Joüauld, aussi docteur de Paris et prieur du couvent de Bonne-Nouvelle, et autres religieux.
Durant que Mgr l'Evêque posait et affermissait le Vœu sur ces colonnes, tous les assistants pleuraient de joie, fondaient en larmes et menaient un agréable murmure de sanglots et de jubilations qui se mêlaient et perdaient doucement parmi les voix des musiciens et des instruments.
Il était environ trois heures après midi, lorsque la procession reprit ses rangs pour s'en retourner à Saint-Pierre, et quoique la plupart fussent à jeûn, même Mgr l'Evêque, ils ne se purent empêcher d'arrêter dans le cimetière de Bonne-Nouvelle pour entendre une excellente musique...
Enfin entrés par la porte Morlaise, ils retournèrent à Saint-Pierre, où se fit le débris de la procession, environ les quatre heures de l'après-midi.
Sur les Lices, trois flambeaux allumés furent départis à MM. les connestables et au syndic de la Ville, lesquels, par chacun son endroit, allumèrent un feu de joie et de là s'en retournèrent dans la Maison de Ville.
Pendant et à l'issue du feu de joie, le peuple retourna à Bonne-Nouvelle pour voir le Voeu et entendre les vespres ; le R. P. Joubert monta en chaire..., et après on célébra le Salut de la Vierge et celui du Saint-Sacrement, à cause des Quarante-Heures.
Le lendemain de la fête, neuvième du même mois, fut chômé très exactement par l’ordonnance de Mgr de Rennes et par la diligence de la police, auxquels s'accordèrent l’inclination des artisans....
Environ les huit heures du matin, les Religieux, les paroisses et MM. du Parlement vêtus de robes noires, et MM. du Siège et de la Ville se rangèrent à Saint-Pierre, d'où la procession partit au même ordre qu’elle avait gardé la veille, et passant par les rues de la Mitrerie, de la Pompe, se rendit par les ponts neufs à la porte de Toussaints, par laquelle elle sortit et s'alla rendre à la maison de Santé...
On voyait à la porte de la chapelle bâtie dans le cimetière un autel richement tendu de noir et armoyé des armes de Mgr l'Evêque, qui porte d'azur à une rencontre de cerf d'or et entre les branches une hermine d'argent.
On avait dressé des tentes de blanc dans le cimetière et assez proche de l'autel, sous lesquelles il y avait des sièges pour le Clergé, le Parlement et la Ville, lesquels s'y placèrent en fort bel ordre ; de là mondit seigneur commença pontificalement le Sacrifice de la Messe pour la propitiation et la délivrance des âmes de ceux qui étaient trépassés durant la calamité de la peste. Cette messe dite et la recommandation pour les défunts ayant été faite, la procession s'en retourna à Saint-Pierre.
L'après-dînée du même jour furent continuées les disputes de théologie en l'école de Bonne-Nouvelle, sous les auspices de Notre-Dame à laquelle les thèses furent dédiées.
Le P. Antonin Moreau, prieur du couvent de Vitré, fit la prédication, à l'issue de laquelle la musique chanta les Vespres et le Salud de Notre-Dame et du Saint-Sacrement, de sorte que la nuit surprit les religieux et le peuple dans ces actions de dévotion.
Le dimanche 10 septembre (1634) fut célébré dans la continuation du triomphe... ; la Compagnie des cent enfants de la ville et celle des vingt-quatre anges qui portaient les boucliers et accompagnaient le Vœu s’étant ralliées dans le collège des Jésuites, en partirent pour aller rendre leurs vœux à Notre-Dame ; elles étaient devancées par une bande de hallebardiers de la ville et par les hautbois du Poitou, habillés comme le jour du Vœu. Six Pères Jésuites donnaient ordre à la conduite de ces deux belles Compagnies. Celle des anges marchait la première, celle des enfants divisée en douze décuries, chacune desquelles suivant sous son enseigne...
Entrant dans la chapelle de Notre-Dame, les vingt-quatre anges allèrent mettre les vingt-quatre boucliers, qui représentaient autant de miracles, sur les marchepieds de l'autel.
Le P. Grand-Amy, recteur du collège, célébra la messe, pendant que la musique chantait comme on voit en la chapelle du roi. A la fin de la messe ils firent tous communion en l'ordre qu'ils avaient tenu, puis s'étant retirés dans le chapitre pour faire leurs actions de grâces, ils reprirent leurs files et leurs ordres pour s'en retourner par-devant l'autel de Notre-Dame.
Les Pères de Bonne-Nouvelle avaient préparé des crochets dans les jambages de vitres de la chapelle pour y attacher ces guidons comme trophées de la dévotion de tout le collège de Rennes, représenté en ces deux belles Compagnies ; ils s'y voyaient avec leurs devises ....
Sur le premier guidon, porté par Christophe Fouquet, fils de M. le Président de Chalain, on avait dépeint Notre-Dame tenant son enfant en ses bras et foulant à ses pieds une lune, image d'inconstance, et pour devise : A la Mère de Dieu chasse-mal.
Au deuxième, un candélabre d'or à sept branches, chandelier d'or.
Au troisième, une couronne d'or avec cette devise : La Couronne de tous les saints.
Au quatrième, un jardin fermé avec cette devise : Au Jardin clos.
Au cinquième, un miroir avec cette devise : Miroir de justice.
Le sixième avait une étoile rayonnante avec cette devise : L'Etoile du matin.
Au septième, l'astre du jour avec cette devise : Elue comme le soleil.
Dans le huitième, on voit la face argentée de la lune avec ces mots : Belle comme la lune.
Au neuvième, une fontaine close avec cette inscription : La Fontaine cachetée.
Le dixième montre une forteresse avec cette devise : La Tour de David.
Le onzième représente une porte avec cette devise : La Porte du Ciel.
Le dernier fait voir une belle rose avec ces paroles : La Rose mystique.
La fin de cette cérémonie fut le commencement de la grande messe, dite en musique. A deux heures de relevée, on chanta vespres, puis la prédication fut faite par Missire Pinsard, qui nous dit dans sa brochure : « Je finis par des souhaits à ce que la ville de Rennes, représentée en argent, fût comme un talisman dressé sous les influences de Notre-Dame, astre toujours favorable qui lui rendit et lui conciliât les bonnes impressions des éléments, les regards favorables des corps célestes, et les faveurs des hommes, des anges et de Dieu ».
Le reste de la journée, jusque dans la nuit, fut occupé par la solennité du salut de Notre-Dame et par celui du Saint-Sacrement, durant lesquels notre musique se montra autant ingénieuse à trouver des ragoust d'oreilles par des accords rares et inouïs, qu’infatigable à fournir au travail.
La fête continua encore le lundi, et après le salut de Notre-Dame on fit la clôture de toute la cérémonie et des Qurante-Heures par une superbe procession, en laquelle fut solennellement porté le Saint-Sacrement autour des cloîtres, qui étaient, si richement tapissés qu'ils pouvaient être mis en parangon avec le chœur.
Ainsi fut close cette pompe de triomphe du Vœu, la plus magnifique nous avons vue en ce royaume, ni lue dans les histoires, accompagnée des miracles visibles du ciel, en ce que parmi un si grand peuple on ne vit pas un seul tumulte, et quoique le pain lui manqua dès le vendredi, il ne fit aucun désordre, tant la dévotion l'emportait sur la nécessité ; les querelles, les ivrogneries et les débauches, qui profanent les plus saintes de nos solennités, furent si entièrement bannies de celle-ci que l'on peut le rapporter comme à un miracle obtenu de Dieu par les prières de Notre-Dame.
Les jours suivants, le sieur de Montival, lequel a, durant les quatre ou cinq premières années de la contagion, gouverné la Santé de Rennes, vint dévotement à l'autel de Bonne-Nouvelle, et après y avoir entendu le Sacrifice Divin, y appendit la clé de la Maison de Santé avec une prodigieuse et longue filée de clés des cadenas qui ont servi durant la peste pour fermer les maisons suspectes et infectées....
FRUITS A TIRER DE CETTE HISTOIRE.
Premier fruit. — C'est de considérer que la bonté divine est si abondante qu'elle convertit les maux des hommes en matière de sa gloire et de leur utilité.
Deuxième fruit. — Vous contemplerez comme le Vœu est agréable à Dieu, puisque à peine était-il conçu dans l’âme de MM. De Rennes qu'ils expérimentèrent son secours.
Troisième fruit. — Vous considérerez combien est puissante l'intervention de Notre-Dame, en quelque lieu de la terre qu'elle ait des autels, puisque Dieu, après avoir guéri le monde par son entremise, a en quelque sorte voulu, comme un autre Salomon, partager son empire avec elle.
En la seule contemplation du Vœu nous pouvons apprendre que Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, fondée par la dévotion d'un prince et d'une princesse, honorée autrefois par Anne de Bretagne, recommandée par le bienheureux évêque Yves Mahyeuc, implorée ces années passées pour la santé de notre invincible et religieux monarque par sa chaste épouse..., nous invite à rechercher et à recevoir ses faveurs..., elle nous montre tous ces vœux appendus à son autel, pour monument des grâces qu'elle a faites et pour celles qu'elle nous veut faire.
(Paul Philouze).
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