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RENNES : RETABLISSEMENT DU VŒU. |
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Rétablissement du Vœu.
Nous avons vu précédemment que le Vœu déposé à Bonne-Nouvelle, le 8 septembre 1634 avait été vendu par la Municipalitié de Rennes, le 30 juin 1794, à un juif allemand, nommé Autman. La période la plus violente de la Révolution ne dura guère que deux ans à Rennes, et dès le 22 juin 1795 deux églises y furent rouvertes. Mais le tableau vénéré à Bonne-Nouvelle et sauvé par le jardinier Garel fut rapporté un 1803 seulement à M. l’abbé Vano (Vanneau), alors curé de Saint-Aubin. Aucune solennité n'eut lieu à cette occasion.

En 1801, Mgr Enoch rétablit la confrérie du Rosaire (très florissante à Rennes avant 1789) dans son ancien centre, c'est-à-dire à Saint-Aubin en Notre-Dame de Bonne-Nouvelle.
La procession qui eut lieu en 1834, pour demander à Dieu la cessation du choléra, fit station devant le tableau vénéré de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle.
Dans son ouvrage sur l’Histoire du culte de Vierge à Rennes, dom Plaine fait remarquer que la restauration du culte public de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle à Aubin est due principalement au zèle envers Marie de son vénérable curé Jehannin, ordonné prêtre en 1819, décédé en 1871, dans la paroisse où il avait constamment vécu. Souvent il répéta ces paroles : « Notre-Dame de Bonne-Nouvelle est mon espérance et mon soutien : c'est elle qui m'obtiendra miséricorde devant le Souverain Juge ».
En 1854, Mlle Jouaust, très dévote envers Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, eut l’idée de faire rétablir le monument du Vœu érigé en 1634. Elle affirma même à son amie, Mme Leray-Udelez, que le 26 juillet 1854, jour de Sainte-Anne, elle avait entendu une voix du ciel qui lui disait de bannir toute crainte et de se mettre à l'œuvre sans plus tarder.
Mgr de Rennes autorisa la formation d'un comité destiné à recueillir des souscriptions pour le rétablissement du Vœu de Bonne-Nouvelle, et comprenant : Mlles Carron, Cren, Denot, Gotrot Jouaust, de Kermarec, de Longuinière, Nugues et Taillandier.
On était alors au mois de décembre 1854.
Mlle Jouaust mourut le 2 février 1855 ; mais ce qui retarda l'achèvement de l'œuvre, ce ne fut pas seulement cette circonstance et le chiffre de la dépense, dépassant 16,000 fr. ; il fallait encore s'entendre au sujet du plan du monument.
Enfin, en 1859, M. Jehannin alla trouver Mgr l'évêque de Rennes qui, sur sa demande, institua une Commission, composée du curé et des fabriciens de Saint-Aubin, pour dresser le plan du monument et en assurer l'exécution.
Un artiste de Paris, M. Trioullier, vint à Rennes et adopta pour la forme du Vœu d'argent, au lieu du parallélogramme de 1634, un octogone légèrement allongé. Les principaux monuments de Rennes ancien et de Rennes actuel devaient être reproduits en relief.
Le travail d'orfèvrerie fut terminé à Paris et envoyé à Rennes le 2 septembre 1861 et l'inauguration du Vœu nouveau fut fixée au 8 du même mois.
La ville entière se couvrit d'arcs-de-triomphe, d'immenses guirlandes de fleurs et de feuillage, de festons variés disposés en tapisserie. Le nombre des habitants se trouva doublé par suite de l'affluence des étrangers.
Le Vœu, déposé d'abord à l'Hôtel-de-Ville, puis porté solennellement à la Cathédrale, fut béni par Mgr Saint-Marc.
Lorsque la procession du Vœu quitta la Cathédrale pour se rendre à Saint-Aubin, on apercevait en tête la bannière du Vœu, chef-d'œuvre de broderie exécuté par la maison Rouxel-Ledain. On y lisait cette inscription : La Ville de Rennes, reconnaissante envers la Mère de Dieu, se voue tout entière à elle et implore de nouveau sa protection.
Cet étendard avait pour escorte cent enfants élégamment vêtus, couronnés de fleurs et tenant à la main des oriflammes au monogramme de Marie. Ensuite venait un chœur de quatre cents jeunes filles, parées des couleurs de la Vierge, puis un autre chœur de deux cents religieuses, ensuite les Frères de la Doctrine chrétienne et ceux de La Mennais. Enfin le clergé des huit paroisses, avec bannières et croix et un corps de musique.
Autour du monument du Vœu se tenaient huit délégués choisis parmi les fabriciens des églises de Rennes, MM. Le Beschu de Champsavin, de Farcy, Gauthier, Guyard, Hüe, Joüon, de Trédern, Vert, portant des torches ardentes ornées de dessins d'argent. Auprès d’eux marchait un groupe de seize jeunes chrétiens, MM. Adam, Aussant, Bruté, Caillel du Tertre, Ceillier, Denis, des Granges, Guillemot, Guyot, du Halgouët, des Nétumières, de Palys, Petit (Loïc), Petit, (Raymond), Robiou et de la Villebrune. Ces jeunes gens remplaçaient les anciens échevins et portaient tour à tour le Vœu d'argent.
Un autre groupe, formé de vingt-quatre adolescents, portant le costume des jeunes seigneurs français du temps de Louis XIII, suivait à quelque distance.
Le Vœu reposait sur un trône et un brancard élégamment récouvert d’une housse semée d'hermines, frangée argent et or, et accosté de quatre bannières blanches bordées de bleu, portant les dates des principales interventions de la Sainte Vierge en faveur des Rennais : 1357, siège de Rennes par les Anglais ; — 1624-1632, peste qui fut l'occasion du vœu ; — 1720, incendie ; — 1834, choléra.
Puis venaient environ deux cents prêtres et le Chapitre métropolitain, enfin Mgr de la Hailandière et Mgr Saint Marc avec son cortège habituel.
Derrière les évêques s’avançaient les Conseils de Fabrique et les congrégations ou associations pieuses, enfin suivait une grande affluence de peuple.
La procession parcourut les grandes rues, descendit au delà des quais : puis remonta vers la place du Palais pour se rendre de là à Saint-Aubin.
Il était six heures et demie du soir quand elle arriva sur la place Saint-Anne, où l’orateur de la journée, le P. Lavigne, jésuite, jeta pour la quatrième fois au peuple immense rassemblé autour de lui les accents de sa parole ardente et émue. Il évoqua le souvenir de saint Vincent Ferrier, qui avait prêché en ce même endroit ; il termina en appelant sur Rennes et la Bretagne, sur la France et l'Eglise, les bénédictions de Marie et les grâces du Rédempteur.
La procession entra à Saint-Aubin au chant du Magnificat, répété par la foule. L'église était resplendissante de lumières et de fleurs ; on ne voyait partout que festons, guirlandes et décorations de tout genre.
Les fidèles étaient assez nombreux pour remplir dix fois le sanctuaire, où le Vœu fut fixé sur une table de marbre ornée du chiffre de la Mère de Dieu et des armes de Rennes.
Mgr Saint-Marc prit alors la parole et fit une de ces allocutions chaleureuses et émues dont il avait le secret. Ensuite des chants solennels précédèrent la bénédiction du Saint-Sacrement, et une brillante illumination clôtura la soirée ; tous les édifices publics furent également illuminés.
Depuis cette époque le pèlerinage de Bonne-Nouvelle, si célèbre autrefois, a commencé à reprendre de l'importance ; à toute heure du jour, l'autel miraculeux est fréquenté par de pieuses personnes, venues souvent de fort loin. On y obtient de Marie les faveurs les plus signalées et de nombreux ex-voto en font foi. Depuis cette même année de 1861, à Saint-Aubin, le nombre des communions quotidiennes a augmenté de plus d'un tiers : cela résulte du témoignage du regretté M. le curé Jehannin.
Une médaille commémorative du Vœu fut frappée, des gravures et des photographies furent répandues en mémoire de cet évènement.
Vers la fin de la terrible guerre commencée en 1870, et à la date du 27 janvier 1871, Mgr l'Archevêque de Rennes, cédant aux demandes réitérées qui lui étaient adressées de tous côtés par des notables, ecclésiastiques ou laïques, prit la résolution de mettre de nouveau Rennes et le diocèse sous la protection de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle.
La cérémonie, fixée au dimanche 5 février 1871, jour de la Purification, eut réellement lieu à cette date, avant l'office des vêpres.
La procession, ordonnée comme les précédentes, sortit de Saint-Pierre vers deux heures de l’après-midi. Au centre se trouvait un cierge votif, que l'Archevêque devait offrir à la Vierge comme gage et symbole d'amour et de reconnaissance du pasteur et des fidèles.
Ce cierge était porté par un diacre en dalmatique, escorté d'un groupe de jeunes enfants en aubes avec ceintures bleues ; il était semé d'hermines et orné des armes de la Ville et de celles de l'Archevêque.
Mgr Saint-Marc, prosterné devant l'image miraculeuse et le cierge votif à la main, prononca une formule de consécration renfermant les expressions qui suivent :
« Héritiers de la foi comme du sang de ces anciens Rennais si dévots à votre culte, nous venons aussi nous, Ô Divine Reine de Bonne-Nouvelle, invoquer par un vœu votre puissance et votre bonté. Le fléau que nous avons à craindre est celui de l'invasion des ennemis auxquels Dieu a permis dans sa justice que fût livrée notre chère, et infortunée patrie... Si vous daignez, Ô Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, préserver notre diocèse et cette ville de Rennes du fléau de l'invasion prussienne, nous faisons vœu de venir chaque année à perpétuité, le jour où se fête votre glorieuse Nativité, vous offrir, dans une procession solennelle, un cierge du poids de dix kilogrammes, semé d'hermines et portant les armoiries de la Ville et celles de l'Archevêque du temps, lequel cierge devra brûler devant votre image comme l'authentique gage de notre reconnaissance et de notre amour ».
Tous les assistants répondirent : Amen ! et l'on entonna l'antienne : Sub tuum præsidium.
Nous savons tous que les Prussiens s'arrêtèrent à Laval : la Bretagne fut donc épargnée. Il reste constant que Notre-Dame de Bonne-Nouvelle a couvert de sa protection nos régions, et Rennes en particulier, en nous préservant du fléau de cette invasion étrangère, qui entraîne tant de maux à sa suite.
(Paul Philouze).
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