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RENNES : LE VOEU DE BONNE-NOUVELLE DE 1634 A 1794.

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Le Vœu de Bonne-Nouvelle depuis 1634 jusqu'à sa destruction en 1794.

Note : Les renseignements contenus dans ce chapitre sont principalement extraits du livre très documenté de dom Plaine sur l'Histoire du culte de la Sainte Vierge à Rennes.

Après le dépôt du Vœu dans la chapelle de leur couvent, les Dominicains de Bonne-Nouvelle s'engagèrent « formellement, pour eux et leurs successeurs, à ne jamais le transporter ailleurs, en tout ou en partie, nonobstant laps de temps ordonnance de leurs supérieurs, encore famine ou autre nécesité, et quelque prétexte que ce soit ».

Mais cette grande solennité de 1634, cette miraculeuse intervention de Marie allait-elle tomber dans l'oubli qui attend parmi nous toutes les choses dont on ne réveille pas incessamment le souvenir ?

Dès le 4 septembre, le procureur syndic, dans une réunion de la Communauté de Rennes, remontra d'après de compétents avis « qu'il serait à propos de renouveler chaque année le vœu offert à la Vierge..., et proposa de faire une fondation à l'effet d'assurer l'accomplissement de ce vœu ».

Cette proposition fut bien accueillie et la Communauté de Rennes s'engagea à célébrer solennellement chaque année la fête du 8 septembre.

Le renouvellement annuel de la procession votive du 8 septembre 1634 fut assuré par la fondation de Mgr Pierre Cornulier.

Voici un extrait de l'acte proposé par l'évêque de Rennes en septembre 1635 :

« Comme il n'y a point d'expédient ni moyen plus certain pour tenir la santé (dont on jouit maintenant par un miracle évident de la Sainte Vierge) ferme et stable en cette ville, avecques toutes sortes de bénédictions, que de renouveler tous les ans, au nom de tous les ordres de la ville, les soubmissions et reconnaissances dues à Notre-Seigneur et à la Sainte Vierge, à l'imitation de l'Eglise, qui renouvelle tous les ans ses fêtes..., ledit seigneur Evêque propose à ce dessein une fondation annuelle et perpétuelle, qu'il fera lui-même à ses frais, si M. du Chapitre et MM. de la Ville veulent bien l'avoir pour agréable.

La fête du 8 septembre devra se célébrer à l'église cathédrale avec la même solennité que les plus grandes fêtes de l'année.... MM. de la Communauté de la Ville assisteront en corps à la grand‘messe, qui sera célébrée par le sieur Evêque, si faire se peut.... A l'issue de la messe, procession solennelle de la cathédrale à l'oratoire de Notre-Dame du Vœu. Enfin, à six heures du soir, salut solennel avec prières particulières tant pour la santé et prospérité des habitants de Rennes, que pour le repos éternel de ceux qui par le passé sont morts victimes de la peste ».

Pour cette fondation, l'évêque offrait une rente annuelle de 40 livres. La première moitié de cette somme était pour le haut chœur, la deuxième pour le chœur inférieur. L'office du jour, messe et vespres, coûtait 30 livres et le salut 10 livres seulement.

Comme seconde fondation, Mgr Pierre Cornulier proposa « d'employer les deniers qui restaient de la collecte générale (faite pour payer les frais du Vœu d'argent) à construire une chapelle ou autel du Vœu dans son église cathédrale ».

Le Chapitre et la Ville devant concourir à cette construction, il fut réglé qu'on placerait, dans cette chapelle les armes du roi en alliance de Bretagne, ainsi que celles de l'Evêque, du Chapitre et de la Ville.

Pierre Cornulier, à son décès, arrivé en 1639, fut inhumé dans cette chapelle avec cette simple épitaphe : « Petrus peccator Episcopus hic resurrectionem expectat ». Cette chapelle a été démolie avec l'ancienne cathédrale, en 1755.

De son côté, la Communauté de Rennes fit passer, le 27 novembre 1635, l'acte suivant : « Les Pères Dominicains... pour contribuer à la mémoire de la solennité du 8 septembre et rendre, mémorable le miracle de la délivrance de la contagion, qui arriva sitôt incontinent que le dessein du Vœu eût été formé..., se sont volontairement obligés envers MM. de Rennes à célébrer chacun an à jamais, à perpétuité, au 8 septembre, à huit heures du matin, une messe solennelle à haute voix..., et le lendemain, à neuf heures, une messe de Requiem..., pour le repos des âmes de tous les habitants trépassés... Et pour les y obliger, MM. de Rennes se sont départis des procès et prétentions qu'ils avaient d'astreindre lesdits religieux au paiement des devoirs et écluses ».

Cette procession du 8 septembre eut lieu annuellement jusqu'à la Révolution, et même en 1789-90-91-92 le maire et le Conseil Municipal y assistèrent.

En 1668, le bruit s'étant répandu que la peste sévissait en Normandie, la procession du 8 septembre se fit avec une solennité particulière. Le Vœu monumental fut retiré de son sanctuaire et porté triomphalement, comme en 1634, sur les épaules des échevins, à travers les rues magnifiquement tendues. L'évêque de Thore (Tarbes) présida la cérémonie, en l'absence de Mgr de la Vieuville, évêque de Rennes.

Ce ne fut pas en 1734, mais bien en 1740, que célébra le centenaire du triomphe du Vœu déposé à Bonne-Nouvelle. A l'occasion de celle fête religieuse, le narrateur de l'époque s'exprime ainsi : « Depuis plus d'un siècle, nous sommes aussi édifiés que le public de la pieuse exactitude avec laquelle vous venez tous les ans renouveler ce même vœu au pied de nos autels ».

Le 7 septembre, toutes les cloches sonnèrent à toute volée durant une heure. Le 8, dès sept heures du matin, le Corps de Ville alla entendre une première messe chantée en musique à Bonne-Nouvelle, puis une autre messe à la cathédrale.

Huit échevins transportèrent le Vœu à la cathédrale, où la Communauté de Ville, le Parlement et le Présidial se rendirent, vers deux heures et demie, pour assister aux vêpres, puis à la procession. Les rues étaient ornées et tendues comme pour la Fête-Dieu. Cette procession fut la reproduction de celle de 1634.

La foule était si compacte en l'église de Bonne-Nouvelle qu'on ne put pas la traverser pour remettre le Vœu à sa place accoutumée ; il resta au milieu du chœur jusqu'au 11 Septembre, dernier jour des Quarante-Heures, et le Corps Municipal revint assister au replacement du Vœu.

Ces solennités si édifiantes amenèrent un renouvellement très marqué de la piété des habitants de Rennes et des villes voisines.

En 1768 eut encore lieu une procession très solennelle pour conjurer la famine, les récoltes se trouvant compromises par des pluies et des orages continuels.

Au moment de la Révolution française, tant que les Girondins restèrent au pouvoir, le gouvernement ne refusa pas de donner à l'occasion des marques de respect pour les choses saintes, ni même de prendre part officiellement aux cérémonies du culte.

Au mois de juillet 1790, le Vœu de Bonne-Nouvelle fut exposé publiquement, par ordre de l'autorité municipale, afin de satisfaire à la piété du peuple qui craignait pour les moissons, menacées par une longue sécheresse.

En 1791, le maire, M. de Talhouët, assista à la procession du 8 septembre, avec les membres du Conseil Municipal.

La procession Vœu eut également lieu en 1792.

Enfin, même en 1793, le 13 août, l'évêque constitutionnel Le Coz écrivit au Conseil Municipal de Rennes une lettre contenant ces mots : « Les citoyens évêque et ses vicaires ont l'honneur, citoyens, de vous inviter à assister, suivant l'usage non interrompu, à la procession générale qui aura lieu le 15 de ce mois. Elle sortira à quatre heures de l'après-midi de l'église des Cordeliers et se rendra à celle de Saint-Pierre (Saint-Sauveur) ». Cette lettre, il est vrai, resta sans réponse. Un arrêté ferma au public l'oratoire de Bonne-Nouvelle.

Carrier vint à Rennes en septembre 1793 ouvrir l'ère de la Terreur, qui subsista jusqu'au 9 thermidor an II (1794, juillet). Les sanctuaire de Notre-Dame de la Cité et de Bonne-Nouvelle furent profanés et souillés ; le Vœu de 1634 fut vendu à l'encan et détruit. La statue miraculeuse de Saint-Sauveur fut brisée. Le tableau vénéré de la Vierge de Bonne-Nouvelle échappa seul au désastre. Un pieux jardinier, nommé Garel, demeurant rue Basse, enleva nuitamment ce tableau et le cacha pendant la Révolution. Ce fait eut lieu entre le 13 février et le 20 avril 1793.

Le 15 floréal an II (4 mai 1794), le Conseil Général de la commune de Rennes, sous la présidence de Leperdit, maire de la ville, après avoir entendu l'agent national (Hervé), considérant l’inutilité de conserver un objet qui ne sert qu'à laisser une trace du fanatisme et qu'il est intéressant de l’anéantir pour le bonheur et la tranquillité publique, arrête : que la vente du Vœu d'argent de 1634 sera faite pour la valeur en être versée dans la caisse du receveur de la commune (le citoyen Louis), et charge le citoyen Bouguet de voir les orpheuvres et de le livrer à ceux qui en donneront le plus.

L'essai de vente dura deux mois ; personne ne voulait se rendre acquéreur du Vœu. Il fut enfin adjugé, le 30 juin 1794, au nommé Autman, juif allemand, qui le paya moins de 6,000 fr. et le brisa avant de le fondre. Ce fait a été confirmé à M. le curé de Saint-Aubin par la fille Autman, morte à l'hôpital Saint-Melaine, où elle a dit « qu'elle se souvenait d'avoir joué dans son enfance avec les morceaux du Vœu ».

(Paul Philouze).

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