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ABBAYE SAINT-MAGLOIRE DE LEHON

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Abbaye de Léhon - lithographie de 1860

Le monastère primitif de Léhon semble daté du IXème siècle. Il est édifié avec l'appui de Nominoé, roi d'Armorique, et dédié à saint Magloire (ancien évêque de Dol et successeur de saint Samson) dont les reliques sont amenées de l'île de Sercq (au sud de Jersey). L'abbaye de Léhon subit le pillage des Normands vers 920. L'abbaye de Léhon prend par la suite le nom de prieuré de Saint-Magloire de Léhon (XIIème siècle) avec son église qui date de 1170-1187. 

En 1181, le prieuré sert de monnaie d'échange entre l'évêque d'Aleth (Saint-Malo) et l'ordre bénédictin. Le prieuré de Léhon est alors rattaché à l'abbaye de Marmoutiers. En 1604, des moines de Marmoutiers, conduits par dom Noël Mars, s'installent dans l'Abbaye de Léhon. 

En 1766, il reste 6 moines. En 1767, les derniers moines quittent l'abbaye de Léhon. Cette abbaye est restaurée au XIXème siècle. Les stalles datent du XVIIème et XIXème siècles. Le réfectoire date du XIVème siècle et le cloître date du XVIIème siècle. La chapelle des Beaumanoir, située dans l'église du XIIème siècle, date du XIVème siècle. Elle contient les tombes de plusieurs membres de la famille de Beaumanoir : Jehan III (mort en 1366) qui a participé au Combat des Trentes, Jean V (assassiné en 1385) et Robert IV Beaumanoir.

Abbaye Saint-Magloire de LEHON - Léhon

 

Epoque de la rédaction de la Vie de saint Magloire :

Le premier chapitre des Miracles de saint Magloire nous fait connaître l'existence, dans la seconde moitié du VIème siècle, d'un monastère fondé au bord de la Rance par saint Sulin, Sulian ou Suliau, que nous nommons aujourd'hui saint Suliac, et qui était, comme saint Magloire, disciple de saint Samson, évêque de Dol. Sulian possédait une terre, un domaine (quandam villam) dans l'île de Serk (voisine de Guernesey), où saint Magloire avait établi un grand monastère, et Magloire de son côté avait un autre domaine (aliam villam) sur le continent, dans le voisinage du monastère de Sulian.

Ce même chapitre nous apprend que, sur une ouverture faite par Sulian, les deux saints firent un échange : le domaine de Sulian dans l'île de Serk devint la propriété du couvent de saint Magloire ; celui de saint Magloire sur le continent passa en la possession du monastère de Sulian. Mais Magloire mit à cet échange une condition : c'est que si après sa mort son corps était transféré de l'île sur le continent, alors chacun reprendrait son bien, et le domaine des bords de la Rance, cédé par lui à Sulian, retournerait à ses premiers possesseurs, c'est-à-dire aux moines de la communauté fondée par saint Magloire [Note : « Sed talis commutatio modum habeat (dit S. Magloire), ut, si mea ossa quandoque hinc (i. e. ex insula Sargia) fuerint transportata, mea possessio iterum sine obstaculo ad servitium meorum fratrum revertatur »].

Au temps où écrivait le biographe, cet échange, nous dit-il, subsistait encore, inviolable, dans sa forme primitive [Note : « Quae commutatio, ut a S. Maglorio pactum est, inter utriusque successores adhuc inviolabilis permansit » (Ibid.)] ; ce qui implique forcément que les reliques de saint Magloire n'étaient pas encore sorties de l'île de Serk. Or, dans le chapitre VII des Miracles de saint Magloire édités par nous, nous voyons qu'elles furent enlevées de cette île et portées au monastère de Léhon sous le règne de Nominoë, roi de Bretagne, mort en 851. Donc la Vie de saint Magloire, ou du moins toute la partie de cette Vie antérieure au récit de cette translation des reliques, soit les dix-huit premiers chapitres du ms. latin 15436 fut écrite avant cet événement, c'est-à-dire avant 851.

Toutefois, pas beaucoup avant : car il y est question de l'archevêché de Dol, et Magloire y est qualifié d'archevêque [Note : « Archipraesulatus, archiepiscopium, archipraesul, » Vit. S. Maglorii, n. 3, 7, 11, dans Mabillon, A. SS. O. S. B. Saec. I, p. 223, 224, 228] ; or, Dol ne fut érigé en archevêché qu'en 818, par le roi breton Nominoë. On pourrait dire, il est vrai, que ces expressions, qui reviennent deux ou trois fois seulement dans toute la Vie, ont pu y être introduites subrepticement par les scribes qui la copièrent après 848. Mais il y est aussi question d'une descente des Normands dans l'île de Serk, postérieurement à la mort de saint Magloire (Voir Miracles de S. Magloire, chap. V), et nous ne voyons nulle part les Normands se montrer sur les côtes de Bretagne avant 835 ou 836 (Voir les Histoires de Bretagne de Le Baud, p. 98 ; de D. Lobineau I, p. 35 ; de D. Morice I, p. 31).

Dans leur rédaction actuelle, les dix-huit premiers chapitres de la vie de saint Magloire sont donc du milieu du IXème siècle, de 840 à 850 environ. Quant à l'histoire de la translation des reliques de saint Magloire et aux chapitres qui la suivent, ils doivent être postérieurs de peu aux événements qu'ils relatent ; on y trouve beaucoup de marques d'un récit quasi-contemporain ; nous montrerons plus loin qu'ils ne peuvent être plus récents que 920 ou 930 tout au plus.

 

Epoque de saint Magloire :

L'époque de saint Magloire est donnée par celle de saint Samson, dont il fut le cousin, le disciple, avec qui il passa de la Grande-Bretagne en Armorique, et à qui il succéda comme évêque-abbé sur le siège de Dol.

L'époque de saint Samson est déterminée par sa souscription au 2ème concile de Paris en 557 et par ses relations avec Childebert, roi de Paris, mort en 558. Jusqu'à ces derniers temps, nul n'avait mis en doute que le Childebert de la Vie de saint Samson ne soit Childebert Ier. Mais, en 1861, dans l'introduction (Commentarius praevius) qui précède la Vie de saint Magloire rééditée, d'après Mabillon, au dixième volume d'Octobre des Bollandistes, le P. Van Hecke s'est avisé de soutenir que le Childebert, mentionné dans les actes de saint Samson et dans ceux de saint Magloire, est le roi Childebert II (Voir Boll. Oct. X, p. 774-775, édit. de Paris).

Contre cette opinion nouvelle s'élèvent des objections, que son auteur ne semble pas avoir aperçues. Pour s'en rendre compte, il convient de rappeler les traits principaux de l'histoire de saint Samson, d'après la Vie la plus ancienne de ce saint, qui incontestablement — quoi qu'on en ait dit — est celle que Mabillon a publiée pour la première fois dans les Actes des saints de l'Ordre de saint Benoît (Voir Mabillon, A. SS. O. S. B. Saec. I. p. 165-185).

Samson, à son arrivée dans la péninsule armoricaine, trouve la Domnonée (c'est-à-dire le nord de la presqu'île) affligée par une révolution : un usurpateur appelé Conomor (Note : « Conmorum injuste violantem ». Vita S. Samson. n. 59, Ibid., p. 180 ; cf. n. 53, p. 179) avait tué le prince légitime Iona, écarté, exilé hors du pays son fils et héritier encore jeune, Judual, et il exerçait le pouvoir en tyran, avec l'appui et la protection du roi Childebert. Emu par les plaintes des habitants, Samson se rend de suite près de ce roi pour lui demander la délivrance de Judual, qui avait été remis aux mains de Childebert par Conomor.

Le roi oppose à la requête de Samson une assez longue résistance ; enfin, conquis par les vertus et les miracles du saint, non seulement il délivre Judual, mais il donne à Samson sur les bords de la Seine [Note : « Ultra flumen quod vocatur Sigona... S. Samsone monasterium magnificum regis opitulatione construere disponente ». Vit. S. Samson. n. 58-59, Ibid. p. 180] un grand domaine, où il lui fait construire un beau monastère, dont les dépendances formèrent plus tard quatre paroisses, qui depuis lors, bien qu'enclavées dans le diocèse de Rouen, sont restées jusqu'à la Révolution sous la juridiction de l'évêque de Dol [Note : Voir A.. de Barthélemy, Mélanges historiques et archéologiques sur la Bretagne, III (1858), p. 117-119 ; et Guillotin de Corson, Pouillé historique du diocèse de Rennes I, p. 456-458 et 547. Ces quatre paroisses (Saint-Samson de la Roque, Saint-Samson-sur-Risle, Conteville et le Marais-Vernier) sont situées tout près de l'embouchure de la Seine, rive gauche, au point où se jette dans ce fleuve la rivière de Risle venant de Pontaudemer. Elles font aujourd'hui partie du département de l'Eure, arrondissement de Pontaudemer : Conteville, canton de Beuzeville ; les trois autres, canton de Quilleheuf].

D'après cela le roi auquel s'adresse saint Samson dominait évidemment sur les bords de la Seine et devait être le roi de Paris. Childebert II ne posséda cette ville et la région qui l'entoure qu'après la mort du roi Gontran (28 mars 593) et pendant trois ans à peine puisqu'il mourut en 596. D'autre part (le P. Van Hecke l'admet), S. Samson était évêque dès 557 : il aurait donc attendu près de quarante ans pour protester contre l'usurpation de Conomor, alors que d'après sa Vie (comme on vient de le voir) il avait appris cette usurpation dès son arrivée en Armorique, et avait dès lors formé le projet de la combattre.. Cela est-il croyable ? Est-il croyable qu'étant venu au second concile de Paris, en 557, il ne se soit pas dès lors adressé à Childebert Ier qui était roi de Paris ?

Ce qui est plus décisif encore, ce qui exclut tout à fait Childebert II, c'est que jamais, ni avant ni après le traité d'Andelot (en 587), ni avant ni après la mort de Gontran (593), jamais Childebert II n'a possédé la basse Seine. Pendant tout le règne de ce prince (575-596), les deux rives de ce fleuve, depuis Vernon environ jusqu'à son embouchure, ont constamment fait partie du royaume de Neustrie, possédé successivement par Chilpéric Ier et son fils Clotaire II [Note : Voir Grégoire de Tours interprété par M. Longnon, dans sa Géographie de la Gaule au VIème siècle, et l'Atlas joint à cet ouvrage, n. XI, carte de la Gaule après le traité d'Andelot ; voir aussi, du même, l'excellent Atlas historique de la France (1885), planche III, cartes de la Gaule mérovingienne en 571, 583, 585 ; planche IV, cartes de la Gaule en 587 et 594]. Impossible par conséquent que Childebert II ait donné à saint Samson le domaine et le monastère dont parle sa Vie, situés à l'embouchure de la Seine, sur les bords de la Risle : et dès lors le Childebert de la Vie de saint Samson ne peut être Childebert II.

Enfin, ce comte breton Conomor de la Vie de saint Samson, est mentionné par Grégoire de Tours, qui nous le montre mêlé à des événements contemporains du seizième successeur de saint Martin, Baldus ou Baudinus [Note : « At ille (Macliavus) post alium comitem regionis illius fugit, nomine Chonomorem » (Hist. eccles. Francor. lib. IV, cap. 4). A la fin du chap. 3 du même livre, Grégoire de Tours dit : « Obiit autem Injuriosus, episcopus urbis Turonicae, decimo septimo episcopatus sui anno (i. e. an. 546) ; cui Baudinus successit, decimus sextus post exitum beati Martini ». Et à la fin du chap. 4 il ajoute : « Obiit autem Baudinus episcopus anno sexto episcopatus sui (an. 552) ». Sur Injuriosus et sur Baudinus, qu'on appelle aussi Baldus, voir Gallia Christiana XIV, col. 19, 20. Cf. Gregor. Turon. Hist. lib. X, cap. 31] évêque de Tours de 546 à 552, c'est-à-dire, contemporains de Childebert Ier. C'est donc certainement ce roi, non Childebert II, dont il s'agit dans la Vie de saint Samson.

Le P. Van Hecke, en produisant l'opinion contraire, ne semble pas avoir aperçu ces difficultés ; non seulement il n'essaie pas de les résoudre, il ne les mentionne même pas. Le seul motif qu'il allègue pour substituer dans la Vie de saint Samson (contrairement à tous ses devanciers) Childebert II à Childebert Ier, c'est l'existence d'une ancienne généalogie des rois de Domnonée, qui montre le premier de ces rois appelé Riwal arrivant en Armorique sous Clotaire Ier, donc pas avant 511, et qui fait de lui le trisaïeul du Judual de la Vie de saint Samson en ces termes : « Riwalus a transmarinis veniens Britanniis tempore Chlotarii, regis Francorum .... genuit filium nomine Derochum, Derochus genuit Riatham, et Riatha genuit Ionam, et Iona genuit Judwalum ... » (Voir D. Morice, Preuves de l'histoire de Bretagne, I, 211).

Même en supposant Riwal très vieux en 511 et Judual très jeune (quinze à vingt ans) en 558, il est difficile d'admettre entre ces deux dates l'existence de trois générations intermédiaires : Déroch, Riatham et Iona. Mais cette généalogie (dite Généalogie de S. Winnoc parce qu'elle se trouve en tête de la Vie de ce saint) n'existe pas dans des manuscrits plus vieux que le XIème siècle ; quoiqu'elle semble ancienne, son autorité (en cas de discordance) est certainement beaucoup moindre que celle de la première Vie de S. Samson publiée par Mabillon, et vu l'âge relativement récent des manuscrits, on peut admettre comme très vraisemblables de la part des copistes certaines altérations, volontaires ou non. D'autant qu'il y a désaccord entre cette généalogie et quelques autres documents. Ainsi la Vie de saint Lunaire a une version curieuse de l'histoire de Conomor et de Judual, suivant laquelle ce dernier serait directement fils du Riwal de 511 (Note : « Quidam dux Britannus, Rigualdus nomine, uxorem habens et filium, praeventus morte, reliquit utrumque. Nefandissimus vir Commorus invasit ducatum illius, privato dignitate et honore filio Rigualdi, nomine Judualo ». (Boll. Jul. I, 109, édit. de Paris). Cf. Vit. S. Leonorii n° 28, dans le Catalog . Codd. hagiograph. Bibliothèque Nationale, Paris (1890) II, p. 171]. Autre inexactitude, puisque la première Vie de saint Samson donne formellement Iona pour père à Judual. Mais cela nous fait entrevoir la vérité : Judual devait être petit-fils de Riwal ; les copistes, pour enfler l'importance de leur généalogie et la rendre plus semblable aux généalogies de l'Evangile, y ont multiplié les genuit, et ont transformé trois frères, Deroch, Riatham, Iona, tous les trois fils de Riwal, en trois générations successives. Pour tout remettre en ordre il suffit de supprimer deux genuit, alors le texte de la généalogie porte : « Riwalus etc.... genuit filium Derochum , et Riatham et Ionam. Et Iona genuit Judwalum ».

Avec cette très simple correction, tout s'accorde ; on ne doit point, croyons-nous, hésiter à l'adopter, d'autant que les deux derniers personnages (Riatham et Iona) ne se trouvent mentionnés nulle part ailleurs.

En tout cas, l'opinion du P. Van Hecke, substituant Childebert II à Childebert Ier dans l'histoire de saint Samson, doit être rejetée parce qu'elle est en contradiction avec trois faits certains savoir : - 1° l'époque assignée à Conomor par la chronologie de Grégoire de Tours ; - 2° la donation du monastère et du domaine de la Risle, faite à saint Samson par un roi mérovingien qui ne peut être Childebert II ; - 3° la présence de saint Samson au second concile de Paris en 557, qui le met en face de Childebert Ier et concorde avec l'époque indiquée pour Conomor par Grégoire de Tours.

Maintenons donc à saint Magloire, comme à saint Samson, l'époque jusqu'à présent assignée par tous nos historiens : vers 548-550, ils passent de l'île de Bretagne en Armorique ; vers 565, meurt saint Samson, auquel Magloire survit une vingtaine d'années. C'est là d'ailleurs la chronologie de dom Mabillon et de dom Lobineau [Voir Mabillon, A. SS. O. S. B. Saec. I, p. 180, note b ; et Lobineau, Vies des Saints de Bretagne (in-folio) p. 104, 105, 108, 109, 117].

Abbaye de Léhon - saint Magloire Voir Esquisse de la vie de saint Magloire

Abbaye de Léhon - saint Magloire Voir Les Miracles de saint Magloire

Abbaye de Léhon - saint Magloire Voir Enlèvement du corps de saint Magloire et translation à Léhon

 

Construction de l'église de Léhon :

Nominoë tint largement sa promesse ; les moines de Léhon, possesseurs du corps de saint Magloire, furent comblés par ce prince de domaines, de richesses et de privilèges (Note : Les moines de l'abbaye parisienne de Saint-Magloire, qui ont transcrit au XIème siècle la Vie de leur patron, fidèles à leur ressentiment contre Nominoë, se sont plu à effacer ici son nom ; mais l'auteur de la Chronique de Saint-Brieuc, en transcrivant dans son oeuvre cette histoire de la fondation du monastère de Léhon, n'a pas oublié le grand chef breton ; voici comme il rapporte ce texte : « Postquam ita beatissimi Maglorii corpus à Sargia insula ad Britanniam, Deo volente, delatum est, religiosi viri totius Britannie ad Lehonense monasterium (quod pro loci amenitate sic vocatur), neglectis aliis cenobiis, fluitare ceperunt, ob Dei honorem et S. Maglorii reverentiam. Eidemque monasterio Neomenius, Britonum pro tunc rex strenuissimus, multa donaria atque res hereditarias largitus fuit et concessit, ac certa privilegia et gratias quamplurimas auctoritate regia donavit et confirmavit » (Bibliothèque Nationale, ms. lat. 6003, f. 73 v°). De toutes parts les pèlerins affluèrent ; leurs offrandes accrurent encore la prospérité du monastère, leur concours amena un vif mouvement commercial et civilisateur dans la vallée de la Rance, qui, défrichée et cultivée par les moines, devint bientôt un des lieux les plus fertiles et les plus pittoresques de la Bretagne. 

Dans ce beau cadre, l'église primitive de Lehon, petite chapelle de bois assez médiocre, faisait triste figure ; on voulut la remplacer par une basilique de pierre. A cette époque, quand on voulait construire des édifices importants, surtout des églises, on ne se faisait nul scrupule d'exploiter comme des carrières les quelques monuments gallo-romains, dont les ruines aux lignes correctes plus ou moins ébréchées dressaient encore çà et là, dans les bois et les campagnes solitaires, leurs murailles imposantes. Au VIIIème siècle, les moines de Fontenelle près de Rouen, entre autres, avaient ainsi dépouillé les ruines de Lillebonne (Juliobona), l'antique cité des Calètes, au profit de leur abbaye [Voir la Chronique de Fontenelle dans d'Achéry, Spicileg. II, 273 (édit. in-fol.) et Rec. des histor. de France, II, 661]. Les moines de Lehon ayant, eux aussi, assez près d'eux une ville romaine en ruines, jadis cité des Curiosolites, dirigèrent de ce côté leurs investigations. Sur une hauteur peu éloignée de Corseul, ils découvrirent une construction admirable en forme de temple très antique (mirabilis maceria in modum fani antiquissimi), formée de pierres liées entre elles par un ciment infrangible (lapides tenacissimo bitumine conjuncti, — ineffabilis lapidum junctura), et dont le plafond, fait de grandes pierres carrées (lapides quadrilateri in commissura columpnarum et maceriœ desuper pendentes), était soutenu par des colonnes ou des pilastres de marbre (postes qui maceriam sustentabant marmorei erant), les uns de marbre blanc tacheté de rouge, les autres de marbre rouge tacheté de blanc (quidam candidi coloris intertincti guttulis purpureis, alii purpurei coloris respersi maculis albis)

A ces traits on ne peut guère méconnaître le curieux édifice qui dresse encore à 1,500 mètres de Corseul ses murailles hautes de douze mètres, la plus belle ruine romaine de Bretagne, connue sous le nom de tour ou temple du Haut-Bécherel.

L'histoire de la destruction de ce temple, au profit de l'église de Lehon, est fort curieuse. On rassemble les architectes et les ouvriers les plus habiles du pays ; tous s'acharnent pendant trois jours à desceller ces beaux blocs qui font leur envie, tous y usent leurs forces, leurs instruments ; tous échouent. Tout au plus en arrachent-ils quelques parcelles qui blanchissent le sol d'une poussière pareille à de la farine (« Nonne videtis quicquid per triduum incidistis in modum farinœ super terram cecidisse? ». Ils vont quitter la partie, désespérés d'avoir sous la main ces magnifiques matériaux sans pouvoir s'en servir. « On dirait que ces pierres, une fois liées à cet antique édifice, ont juré de ne s'en plus séparer » . Cependant il y aurait moyen de les faire manquer à ce serment. Dans le temple (sans doute au milieu) se dresse un pilastre plus élevé que les autres, qui porte la principale charge de la construction, c'est-à-dire, des beaux blocs formant le plafond [« Unum postem mire magnitudinis ceteris altiorem, super quem totius fabrice maximum pondus incumbebat ». Quand je me suis occupé d'abord de cet épisode, j'avais parlé d'une voûte ; mais à y regarder de près, rien dans le texte n'en indique clairement l'existence]. On peut saper ce pilastre par la base, l'édifice croulera, les blocs convoités tomberont, pour être enlevés et employés à Léhon. Seulement celui qui coupera le pilastre, devant nécessairement recevoir l'édifice sur la tête, y laissera la vie. Aussi nul ne sollicite l'honneur d'accomplir cet exploit.

Enfin, par amour pour saint Magloire, sous promesse formelle du paradis [« Supradictus artifex... dixit : " Sanctum Maglorium unanimes invocate et vitam beatam post hujus evi labilem cursum mihi promittite ; et ego, pro vestri utilitate mari non dubitans, fretus in nomine S. Maglorii, postem incidam, et maceriam solo tenus prosternam ". Ad hanc vocem, omnes qui aderant uno anima quod postulabat promiserunt »], l'un des maîtres d'oeuvre, celui même qui avait ouvert cette idée, se charge de l'exécution. Non sans peine il sape le pied du pilastre : fracas épouvantable, le temple s'écroule ; sous une avalanche de pierres l'homme disparaît. Pour retrouver son cadavre, on fouille cette avalanche, on le retrouve lui même vivant, couché dans une sorte de berceau (in lectulo) ménagé entre de gros blocs qui s'étaient rencontrés et arcboutés au-dessus de sa tête. Il sort de là sain et sauf, rendant grâce au pouvoir de saint Magloire, et s'en va pour le remercier, lui bâtir sa basilique de Léhon. Cette histoire si curieuse, si originale, a un caractère frappant de sincérité. Tous les traits, tous les détails de ce récit sont d'une précision, d'une réalité, d'une vérité historique, qui décèlent dans le narrateur un témoin oculaire, tout au moins un proche contemporain.

 

Le monastère de Léhon au IXème siècle :

Les chapitres IX et X des Miracles de saint Magloire, postérieurs à la translation du corps en Armorique, relatent par conséquent des faits qui ont eu pour théâtre, non l'île de Serk, mais les bords de la Rance, et ils peuvent, ils doivent nous donner quelque lumière sur l'état, au IXème siècle, du monastère de Léhon.

Le chapitre IX prouve que cette maison et le saint dont elle avait su s'approprier la dépouille, conquirent promptement une grande renommée non seulement en Bretagne, mais dans tout l'Ouest de la Gaule, puisque des habitants de Tours venaient, peu de temps après la translation, demander la guérison de leurs infirmités à saint Magloire en son sanctuaire de Léhon. Ce fait inspira aux hagiographes l'idée d'établir des relations amicales entre Magloire et le grand saint Martin de Tours, et de faire accréditer par le second la puissance surnaturelle du premier. Ici en effet, saint Martin, sollicité par un de ses diocésains de guérir son fils infirme, lui ordonne de le conduire à saint Magloire, ce que la Vie rimée de celui-ci (dont nous parlerons plus loin) exprime ainsi : 

Saint Martin li apert en somme, 

Et dit li a : « Hé, hé, fol home, 

Pourcoi m'apeles ne me cries ? 

Pourcoi m'excites ne me pries 

Pour donner à ton fil santé 

Qui céenz gist en orfenté ? 

Suis-je Dieu qui le puisse rendre ? 

Nennil. Pour ce, veilles entendre 

A ce que te dis et enseigne : 

Pren ton chemin droit en Bretaigne 

Et va-t-en, ne d'aler te faignes 

Jusqu'à tant qu'à l'eglise viegnes 

De saint Magloire proprement ; 

Car de Dieu a certainement

Le don, le pooir et la grace 

Que ton fil sain et sauf te face. 

Diex l'en i a donné l'afaire, 

Si qu'autre saint ne le puet faire 

(Bibliothèque de l'Arsenal, ms 5122, f. 79).

Dans le chapitre X, nous voyons figurer une famille de colons établis sur les terres du monastère (ex accolis ecclesiae ipsius confessoris) ; le père se nomme Tanetloguen, la mère Habrethloguen, le fils Doithloguen. On rencontre des noms analogues dans les chartes du IXème siècle du Cartulaire de Redon. Louuen ou lowen, forme ancienne de loguen, s'y trouve souvent en composition et a le sens de joyeux. Tanet veut dire enflammé ; doith ou doeth signifie sage. Il y a dans les chartes de Redon un Tanetlouuen (Voir J. Loth, Chrestomathie bretonne, p. 125, 147, 166, 218 ; et Cartulaire de Redon, p. 185, 186). Le fils, Doithloguen, fut dès l'âge de neuf ans offert à l'église de saint Magloire, en qualité de supplex ou suppliant [Note : « Pro vocato supplici eum ultro offerentes ». Ces serfs dits supplices, c'est-à-dire, attachés sur leur prière au service d'un monastère ou d'une église, rentrent évidemment dans la classe des oblati, votivi, luminarii, dont parle Guérard dans les Prolégomènes du Polyptyque d'Irminon, § 214, p. 427-429], par ses parents qui en même temps déposèrent sur l'autel des cierges et quelques menus dons. Doithloguen fut voué ainsi pour toute sa vie au service du monastère ; le jour, il gardait la porte de l'église ; la nuit, il devait faire un service de surveillance autour des bâtiments de l'abbaye (circa officinalia monachorum diversoria)

A vingt ans il eut une grave maladie, on le crut mort, on l'ensevelit, on présenta son corps devant le tombeau de Saint Magloire (ante beati viri sepulchrum). Au moment où on allait l'inhumer, ceux qui portaient le cercueil sur leurs épaules (qui ipsum de ferebant humeris), le sentant osciller et flotter en quelque sorte (fluctuari), s'effrayèrent et le déposèrent sur le sol. La bière ne devait pas être couverte, car la foule des assistants put voir, stupéfaite, le mort se débarrasser des trois enveloppes dont on l'avait enclos pour le mettre en terre, et que notre texte appelle cilicium , linteum , sudarium. Il déchira (dissolvit) les deux premières, écarta (removit) la troisième qui couvrait sa tête [Note : « Cilicium simul cum linteo quibus erat accinctus, coram circumstante populo et admirante, dissolvit, et sudarium quod fuerat super caput ej us, a se removit, et exiliens sanum et incolumem se manifestavit ». Il semble résulter de là que le cilicium et le linteum enveloppaient tout le corps, tandis que le sudarium couvrait la face et la tête], et sauta hors du cercueil frais et dispos, pour la plus grande gloire du saint, à qui la pauvre mère de Doithloguen, échevelée, affolée, avait demandé avec des larmes de feu et des élans de désespoir, la vie de son fils [Note : Dans le texte latin, la peinture du désespoir de cette mère est d'une touche singulièrement énergique : « Cujus funebria, flens et ejulans, mater ejus prosecuta coepit violenter pectus tundere, crispantes crines disrumpere, mamillas foras exhibens illidere, carnem morsibus abscindere, dicens : Heu, heu ! infelix mulier, unico filio orbata ! ... 0 beate Maglori, cur tam onerosum mihi imposuisti jugum? ... Ne aspernaris pauperem, imploro »]. 

Ce Miracle offre, on le voit, de curieux renseignements sur certains points des pratiques funéraires bretonnes, au IXème siècle, et des usages du monastère de Léhon. 

Le dernier Miracle (chap. XI) nous peint la sainte Vie des premiers moines de Léhon. Citons encore sur ce point le poème du XIVème siècle, dont la paraphrase rimée n'est point sans saveur : 

Ouquel leu si delicieus 

Les sains homes religieus 

Venoient faire demourance... 

Et par rigle et ordre vivoient, 

Et com chevalliers combatoient 

Au monde, à la char et au diable 

D'une battaille merveillable

(Arsenal, ms. 5122, f. 93). 

Aussi, non seulement Dieu leur gardait ses plus hautes récompenses, mais dès cette terre il leur en donnait, dans de belles visions, l'avant-goût et l'assurance. Comme il arriva à l'un des plus saints d'entre eux, le moine Woëdoc (Uuoedoc), qui, travaillé d'une fièvre cruelle et se croyant près de sa fin, vit une merveilleuse échelle, dont le pied était placé dans le vestibule de l'église de Léhon et le sommet touchait les cieux. La Vie rimée du XIVème siècle va la décrire et en dire l'usage : 

Lors fut ravi en extasie...

Une eschiele d'or a véu, 

Tres grant, eslevée et hautaine, 

De biauté ausinc souveraine, 

Si com issoit du vestiaire 

Et montoit touzjourz sanz retraire 

Et jusques au ciel cele eschiele.

Degrez d'or il ot en laquele

Et precieuses pierres maintes

Et gemmes ausinques empraintes, 

Parmi les eschielons disperses 

De couleurs riches et diverses... 

Cele eschiele haute et dorée 

Saint Magloire l'a enpetrée 

Par ses merites et prières, 

Si que ceus qui, çà en arrières, 

Céenz vivront devotement...  

Par cette eschiele monteront, 

Et avec les anges seront 

En joie, sans fin et en gloire 

Par les merites saint Magloire 

(Arsenal, ms. 5122, f. 93 verso et 94). 

L'hagiographe vante surtout en Woëdoc l'observance exacte de la discipline [« Ceteros regali (sic, forte regulari) disciplina preire videbatur »]. De ce côté, semble-t-il, Léhon laissait parfois quelque chose à désirer. Le premier abbé (Condan probablement) s'étant démis de sa dignité pour mener la vie d'anachorète, le choix de son successeur donna lieu à de grandes divisions et à des querelles, au point que quelques religieux, fatigués de ce bruit, quittèrent Léhon pour aller chercher la paix dans d'autres monastères. Un entre autres, du nom de Brito, se réfugia, au temps de saint Convoion, dans l'abbaye de Redon, où il fut très bien reçu et resta jusqu'à sa mort. Il était considéré comme un religieux très pieux et très austère, favorisé dans les derniers temps de sa vie de célestes visions (Acta SS. Rotenensium, lib. III. cap. 3, D. Morice, Preuves I, 256-257). 

Les moines de Léhon adoptèrent promptement la règle de saint Benoît, non toutefois dès l'origine de leur monastère. Cette règle fut introduite en Bretagne en 818 seulement, par le diplôme de Louis le Débonnaire à l'abbé de Landevenec [Note : Cartulaire de Landevenec (publié en 1888 pour la Société archéologique du Finistère), p. 75-76. D. Morice (Preuves I, 228) a aussi publié cet acte, mais en omettant le mot monasteriis essentiel pour le sens, qu'il faut rétablir à la 8ème ligne, ainsi : « monachorum illarum partium monasteriis consistentium ». — Le R. P. dom Plaine voudrait que la règle de saint Benoit eût été en vigueur en Bretagne dès le VIIème siècle (voir Anal. Boll. III, p. 142, 157). A l'appui de cette opinion, il cite deux documents : 1. la Vie de saint Judicaël, dont la rédaction actuelle, datant tout au plus du XIème siècle, ne prouve rien en pareille matière pour le VIIème siècle ; 2° un diplôme de Louis le Débonnaire de l'an 816, où il n'est question en aucune manière de la discipline ni du régime intérieur des monastères bretons. Ces deux prétendues preuves sont donc sans valeur. —Le R. P. Plaine donne il est vrai à l'auteur de cette Vie de saint Judicaël (Bibliothèque Nationale, ms. lat. 9889) la qualification de suppar (presque contemporain) ; mais à l'appui de cette assertion... rien. Et en effet il n'y a rien, pas le moindre indice qui permette de croire cette Vie antérieure à celle écrite au XIème siècle par Ingomar, et dont parle Le Baud, Histoire de Bretagne, p. 65, 80 à 82, etc.] ; encore n'y fut-elle point dès lors acceptée partout ; les vieilles règles du monachisme scoto-breton, en règne jusque là, conservèrent encore des adhérents. Pour s'en convaincre il suffit de se rappeler les commencements de l'abbaye de Redon, fondée en 830-832 ; un acte publié par D. Lobineau et D. Morice, prouve que, dans le principe, les moines de cette maison mangeaient de la viande et même de la viande de quadrupède [Note : De la chair de porc ; voir D. Morice, Preuves I, 268 ; Lobineau, II, 28 ; Cartulaire de Redon, Append. n° II, p. 353-354. La règle de saint Benoît porte (cap. XXXIX) ; « Carnium quadrupedum omnino ab omnibus abstineatur comestio, praeter omnino debiles et aegrotos ». Quoiqu'il ne soit question ici que des quadrupèdes, on voit d'ordinaire dans ce texte une interdiction absolue de la viande], au mépris du chapitre XXXIX de la règle de saint Benoît, implantée à Redon quelque temps après par un Bénédictin de l'abbaye angevine de Glanfeuil (Saint-Maur sur Loire), du nom de Gherfred, qui s'était pendant plusieurs années enfoui en basse Bretagne, pour y mener la vie érémitique [Note : Certainement à l'O. de Vannes, et selon une très ingénieuse conjecture de M. de Keranflec h, à Loqueffret (Loc-Gherfred), ancienne trève de Plounevez du Faou, aujourd'hui commune du canton de Pleyben, arrondissement de Châteaulin, Finistère. Voir l'histoire de Gherfred dans les Acta SS. Roton. 1, D. Morice, Preuves I, 234-235].

Quant à Léhon, il est difficile de voir des observateurs de la règle bénédictine dans ces six moines ou plutôt ces six anachorètes, vivant ou plutôt mourant de faim dans un désert, rencontrés par le roi Nominoë aux bords de la Rance. Tout au plus est-ce là, comme à Redon avant Gherfred, des rudes monachi, des moines primitifs, mal dégrossis (si l'on peut parler ainsi), ignorant encore la règle des règles sortie du Mont-Cassin, se bornant à suivre les vieilles coutumes monastiques celto-bretonnes. Mais quand la conquête du corps de saint Magloire eut fait de Léhon un florissant monastère, ils ne purent rester longtemps en dehors du mouvement qui poussait tous les moines occidentaux dans le grand courant bénédictin ; l'histoire de ce Brito, dont on a parlé plus haut, nous montre formellement les religieux de Léhon allant chercher à Redon la règle qu'ils voulaient suivre : « Per exempla sanctorum monachorum Rotonensium illi fratres Lehonenses cupiebant regulariter vitam ducere » (Acta SS. Roton. cap. III, 3, dans D. Morice, Preuves I, 256). Redon, après Gherfred, ne pouvait enseigner que la règle bénédictine ; si Léhon avait besoin de la chercher là, c'est qu'il ne la possédait pas encore. 

 

Le monastère de Léhon au Xème siècle - Le corps de Saint-Magloire à Paris.

Le monastère de Léhon conserva sa prospérité jusqu'à l'époque où les invasions normandes, couvrant le sol de la Bretagne, forcèrent les Bretons, du moins la plupart d'entre eux, de quitter leur pays et d'aller chercher asile en des régions moins exposées aux attaques de ces pirates, c'est-à-dire, dans l'intérieur de la France.  En l'an 919, selon la chronique de Flodoard [Note : « DCCCCXIX. Hoc anno... Nordmanni omnem Britanniam, in cornu Galliae, in ora scilicet maritima sitam, depopulantur, proterunt atque delent, abductis, venditis. ceterisque cunctis ejectis Britonibu » (D. Bouquet, Recueil des historiens de France, t. VIII, p. 176], les désastres causés par les Normands devinrent intolérables ; « les pirates — dit un document contemporain en parlant de la Bretagne — les pirates couvrirent la face de la terre comme des nuées de sauterelles, et il était impossible de s'en défendre » [Note : « Operuerunt Dani superficiem terrae sicut locustae, nec erat cuiquam hominum facile eos prohibere » (Translatio S. Maglorii, dans Mabillon, Annal. Ordin. S. Benedicti, III p. 719]. Aussi, cette année là ou la suivante, vit-on de tous les points de la péninsule bretonne les prêtres et les moines accourir vers la frontière de l'Est, portant les corps des vieux saints bretons, que leur premier devoir était de préserver, afin de ne pas laisser la nation bretonne privée de ses plus puissants protecteurs. Tous ces fugitifs (au moins grand nombre d'entre eux), avant de prendre un parti définitif, voulurent s'assembler, tenir un grand conseil, examiner de concert la situation, voir enfin s'il était indispensable d'abandonner la Bretagne — la patrie — et de s'exiler au loin pour assurer la conservation de leurs dépôts sacrés. C'est à Léhon que se tint cette assemblée, sous la présidence de l'évêque d'Aleth, Salvator. Le choix de ce lieu pour cette réunion montre l'importance, la richesse, la renommée de ce monastère (Note : « Quorum (Danorum) bestialem animositatem praesul egregius Aletinae civitatis, Salvator nomine, cum, inter alios, se nullo juvamine perferre diffideret, sublato corpore beatissimi Machuti, Lehonense monasterium celeri cursu expetiit. Inibi siquidem jam multi sacri ordinis ministri, hujus cladis fragore perterriti, confluxerant, quia idem locus non solum pro sui amœnitate pollebat praecipue, verum etiam priscorum regum munificentia magnorum praediorum copiis prae caeteris nobilior apparebat » (Ibid)]. Il prouve de plus l'existence, dès cette époque, du château de Léhon. Là en effet se trouvèrent pendant un certain temps réunies les reliques les plus illustres et les plus vénérées de la Bretagne, pour le salut desquelles on allait tout-à-l'heure braver les chances et les misères de l'exil. Si le lieu qui les abritait toutes ensemble avait été, au point de vue militaire, sans défense et sans fortification, il eût suffi d'une bande de Normands jetée par l'orage sur la côte voisine pour ravir à la Bretagne, pour anéantir d'un coup tous ces trésors de sainteté, estimés si haut prix. On avait donc certainement choisi pour cette réunion un lieu bien remparé, bien défendit, offrant une sécurité complète : ce qui implique à cette époque l'existence d'une forteresse à Léhon. A vrai dire, dès que le séjour en ce lieu du corps de saint Magloire y eut créé un mouvement considérable par l'affluence constante des pèlerins, par la construction d'un grand monastère, entouré nécessairement d'une agglomération importante ; dès ce moment on ne pouvait laisser ce lieu sans défense. De plus, par suite de cet établissement, la Rance devenant de plus en plus une voie commerciale, il importait d'en surveiller le cours, de le garder contre les pirates normands qui avaient commencé, avant 850, d'insulter de temps à autres les côtes d'Armorique. Aussi ne peut-on douter que Nominoë ou son premier successeur n'ait fait tailler, escarper de main d'homme les pentes déjà fort abruptes de la montagne de Léhon et planter au sommet une forteresse, par sa position, inexpugnable.

Revenons à la réunion des pauvres moines fugitifs chargés des pieux trésors de la Bretagne. On voyait là rassemblés les corps ou les reliques insignes de presque tous les saints bretons, entre autres, des suivants : saint Magloire, saint Malo, saint Léonore (Lunaire), saint Guenaël, saint Brieuc, saint Corentin, saint Méloir, saint Trémeur, saint Budoc, évêque de Dol ; quatre autres dont on ne sait plus aujourd'hui que les noms, parce que les manuscrits contenant leur histoire se sont perdus dans l'exil : un abbé, saint Wiganton (ou Guéganton), probablement l'un des premiers successeurs de saint Méen dans le monastère de Gaël ; trois pieux évêques, saint Lenkern ou Leutiern, saint Leviau, saint Kiferian ; et bien d'autres dont les noms ne sont pas venus jusqu'à nous, mais ceux-là suffisent pour montrer que de tous les points de la Bretagne on était accouru en foule à cette réunion de Léhon. 

Quant au monastère lui-même, la relation de cette histoire nous le montre à cette époque très florissant, riche entre tous par la faveur des princes de Bretagne, habité par un nombreux troupeau de moines (grex monachorum) d'une grande régularité et d'une grande piété, ayant pour chef, pour abbé, un homme remarquable (vir strenuissimus) appelé Junan [« Grex ergo ibi devotus monachorum, administrante strenuissimo viro, Junano nomine, pastorali cura, cum aeterno regi indefessis militaret excubiis ...» (Ibid)]. 

En présence du fléau de l'invasion normande inondant de toutes parts, comme une marée effroyable, la péninsule bretonne, la cruelle nécessité de l'exil s'imposait. On vit donc bientôt une triste et longue caravane de prêtres et de moines, escortant les précieuses châsses pleines de reliques, sortir de Léhon et marcher vers la frontière bretonne. Au-delà de cette limite, à peine l'avaient-ils franchie en s'avançant dans les campagnes neustriennes, ils firent rencontre d'un autre convoi du même genre ayant à sa tête deux prélats, l'archevêque de Dol et l'évêque de Baïeux, emmenant avec eux les corps de saint Samson, fondateur du siège de Dol, de saint Sénieur (Sénateur), évêque de Baïeux, de saint Paterne (ou saint Pair) et de saint Scubilion, patrons du diocèse d'Avranches. Ces deux troupes, unissant leurs infortunes, errèrent ensemble assez longtemps dans l'intérieur de la France sans qu'on connaisse le détail de leur odyssée ; sans doute elles s'égrenèrent quelque peu, plus d'un moine fatigué s'arrêta avec son saint dans un gîte médiocre, laissant ses compagnons poursuivre leur route et chercher meilleure fortune. Mais le gros de la caravane, le groupe le plus important finit par arriver à Paris. 

Ils n'y comptaient point rester à demeure ; tous et toujours depuis leur départ ils avaient la nostalgie, le mal du pays, l'espoir d'y rentrer bientôt. Mais le temps coulait, les années passaient, la situation de la Bretagne demeurait toujours aussi déplorable ; l'invasion normande, transformée en occupation permanente, rongeait toujours comme une lèpre, jusqu'aux entrailles, ce pauvre pays. D'autre part, l'hospitalité parisienne, renommée dès lors pour sa courtoisie, était non seulement très secourable, mais fort aimable ; les Parisiens s'ingéniaient pour consoler ces pauvres exilés et les retenir parmi eux. Ainsi attirés et voyant toujours fermée la porte de la Bretagne, les fugitifs renoncèrent, du moins jusqu'à nouvel ordre, à y rentrer, et résolurent de s'établir à Paris, si le prince qui possédait et qui gouvernait cette ville — c'était alors Hugues, duc de France — voulait bien leur donner une église pour y déposer et conserver honorablement les précieuses reliques dont ils étaient possesseurs. Hugues de France exauça volontiers cette requête et désigna pour recevoir ce dépôt inestimable l'église Saint-Barthélemi, qui existait dès lors et qui a continué longtemps après de subsister dans l'île de la Cité, en face du palais. Elle était à cette époque possédée par un collège de chanoines (canonicorum ordo) qui y célébrait l'office divin. Voici exactement, d'après la relation publiée par Mabillon, l'inventaire des reliques des saints de Bretagne qui y furent déposées, savoir : « Corpus S. Samsonis Dolensis archipraesulis, Maglorii ejusdem [sedis] archipraesulis, Machuti episcopi, Leonarii episcopi, Wenalis sacerdotis ; Reliquiae Briomagli et Corentini, Lencerni episcopi, Leviani episcopi, Ciferiani episcopi. Pars pretiosorum corporum Melorii et Tremorii, Wigantonis abbatis ; Dens S. Budoci » (Note : Le dépôt fait dans l'église de Saint-Barthélemi comprenait en outre les reliques de quatre saints non bretons, que la relation désigne ainsi : « Corpus Senatoris episcopi... ; pars corporum Scofili abbatis, Paterni et Scubilionis »).

La translation de ces reliques dans l'église Saint-Barthélemi eut lieu le 17 octobre (decimo sexto kalendas Novembris) ; quant à l'année, nous verrons plus loin ce qu'on en a dit et ce qu'on en peut dire.

Peu de temps après, les invasions normandes s'arrêtèrent ; on en crut même la Bretagne complètement délivrée. Les exilés, réfugiés dans Paris pour échapper à ce fléau, purent librement retourner dans leur patrie avec les précieux dépôts temporairement confiés au sanctuaire de Saint-Barthélemi, et la plupart d'entre eux en effet s'y disposèrent. Le duc de France fut très mécontent de les voir prendre ce parti ; il ne voulut pas toutefois faire violence à ses hôtes ; mais en paiement de son hospitalité il obligea ceux d'entre eux qui le quittèrent à laisser à Saint-Barthélemi une partie plus ou moins considérable de leurs reliques.

D'ailleurs, parmi les Bretons sortis alors de Paris avec la ferme résolution de regagner leur patrie, tous ne parvinrent pas au but désiré, ou du moins ne parvinrent pas à y réintégrer les précieux dépôts qu'ils en avaient emportés. On était très friand alors de reliques de saints ; pour s'en procurer on sacrifiait tout. Cela explique suffisamment pourquoi, parmi les corps saints partis de Paris pour retourner en Bretagne, plusieurs — la plupart — furent retenus en route en diverses parties de la France, entre autres, les reliques de saint Guenaël (Wenalis sacerdotis) à Corbeil , celles de saint Lunaire (Leonarii ou Leonorii episcopi) à Beaumont-sur-Oise, celles de saint Samson à Orléans, etc.

Quant au corps de saint Magloire, il resta tout entier à Paris. Les moines qui l'y avaient apporté, instruits de l'état lamentable où les Normands avaient mis Léhon, préférèrent au dénuement, aux ruines de toute sorte qu'ils trouveraient là-bas, la large et bienveillante hospitalité du duc de France : ce dont ce prince fut si charmé qu'il ôta aux chanoines l'église de Saint-Barthélemi, la donna aux moines venus de Léhon et y fonda une belle abbaye sous le titre de Saint-Magloire.

Cherchons maintenant à fixer l'époque des faits ci-dessus, extraits de la très ancienne relation publiée par Mabillon sous le titre de Translatio S. Maglorii et aliorum Parisios (Annal. Ord. S. Benedicti, III, 719-721 ; et pour ce qui regarde saint Guenaël, voir la Vie de ce saint, publiée par le P. de Smedt dans les A. SS. Nov. I, et surtout la p. 679 de ce volume).

Cette relation, dans la forme où nous l'avons aujourd'hui, fait mention d'un comte Richard, qui, engagé dans une guerre, aurait appelé à son aide les pirates normands (Note : Ce comte Richard ne pourrait guère être en effet que le duc de Normandie Richard ; mais il y a des raisons de croire que cette mention du comte Richard dans la relation publiée par Mabillon a été interpolée) ; on a vu là tout naturellement Richard Ier, duc de Normandie, et sa guerre contre Thibaud comte de Chartres en 962-963, dans laquelle Richard avait fait venir de Scandinavie et pris comme auxiliaires les Normands d'Harold. Partant, on a donné cette guerre pour cause à la fuite de Salvator et des moines bretons chargés de leurs précieuses reliques ; fuite qui ne pourrait dès lors être antérieure à 963.

Point de départ inadmissible, car la lutte de Richard et de Thibaud eut pour théâtre la Normandie, le pays chartrain, les contrées environnantes et nullement la Bretagne. Guillaume de Jumièges, qui raconte cette guerre avec détail [Note : Dans son Historia Normannorum, lib. IV, cap. 13, 17, voir Bouquet, Recueil des historiens de France, t. VIII, p. 267, 268, 269], la montre se développant sur les bords de la Seine, à Evreux, à Ementruville [Note : « Hermentrudis villa » (D. Bouquet VIII, 268), au XIIIème siècle Ementruville, aujourd'hui Saint-Sever, faubourg de Rouen sur la rive gauche de la Seine], puis de là atteignant Chartres et le Dunois. En ce qui touche les pirates d'Harold, mandés comme auxiliaires par Richard, il les montre débarquant dans la Seine à Gefosse (Givoldi fossa), se jetant sur la terre du comte de Chartres et la ravageant de telle sorte « qu'il n'y resta pas un chien pour aboyer après eux : Terra in solitudinem redigitur... nullo cane per comitatum Tetbaldi latrante ». De là ils passent dans les domaines du roi Lothaire, allié de Thibaud, et les traitent de même façon : « Regalia jura continuo invadunt ». Mais, Guillaume de Jumièges a soin de le dire, si la France (l'Ile de France) eut fort à souffrir des ravages de ces pirates païens, la province de Normandie en fut complètement exempte [Note : « Libera manet a paganorum rapinis tellus Normannica ; Francia vero, nullo obsistente, distrabitur captiva » (Will. Gemetic. Histor. Normann. lib. IV, cap. 16, dans Bouquet, Recueil des historiens de France, VIII, p. 268)]. A plus forte raison (pouvons-nous dire) la Bretagne, entièrement étrangère à cette lutte, séparée du théâtre de la guerre par la Normandie elle-même et par plusieurs autres provinces. La guerre finie (en 963), une partie des bandits d'Harold se convertit et se fixa en Normandie, les autres reprirent la mer et s'en allèrent ravager les côtes d'Espagne (Will. Gemet. Hist. Normann. lib. IV, cap. 17, dans Bouquet, Recueil des historiens de France, VIII, p. 269). Mais, en toute cette histoire, de la Bretagne nulle mention.

Puisque la Bretagne n'eut à subir, en 962-963, aucune attaque de la part des Normands, il ne put y avoir aucun Breton à quitter la Bretagne pour fuir un péril qui n'existait pas. Et, s'il s'en était trouvé cette année là, à sortir de leur pays pour se diriger (comme fit Salvator) vers l'intérieur de la France, dans la direction de l'Est, c'est-à-dire vers Chartres et vers Paris, ces Bretons auraient fui un fléau imaginaire pour aller se jeter de gaieté de coeur dans le péril qu'ils prétendaient éviter, c'est-à-dire, en pleine invasion normande, en pleine dévastation piratique : ce qui est de tout point absurde.

Impossible donc d'admettre cette guerre de 962-963 comme cause, comme date et point de départ de l'émigration sortie de Léhon avec l'évêque Salvator.

Voyons maintenant le point d'arrivée, c'est-à-dire la réception des Bretons à Paris et la fondation de l'abbaye de Saint-Magloire.

Dans cet Hugues, duc de France, qui installe à Saint-Barthélemi les reliques des saints de Bretagne et transforme ensuite cette église en abbaye sous le titre de Saint-Magloire, l'auteur de la relation publiée par Mabillon voit certainement Hugues Capet, car il lui donne pour femme Adelaïde, fille du comte de Poitiers, ce qui exclut l'autre duc de France du nom d'Hugues, c'est-à-dire le père même d'Hugues Capet, connu sous le nom d'Hugues le Grand, qui avait eu trois femmes n'appartenant ni les unes ni les autres à la famille des comtes de Poitiers [Note : Art de vérifier les dates, édit. 1783, t. Il, p. 217. « Hugues le Grand avait épousé : 1° Hedwige, fille d'Edouard l'Ancien, roi d'Angleterre ; 2° Hatwin ou Hatwide, dite aussi Edith, fille de Henri l'Oiseleur ; 3° Rothilde, qui avait été maîtresse du roi Charles le Simple. Du second mariage il eut deux filles et trois fils, Hugues Capet, Otton, duc de Bourgogne, Henri ou Eudes » (lbid)].

De plus, la relation mabillonienne se réfère à un diplôme donné par les rois Lothaire et Louis son fils, confirmant la fondation de l'abbaye de Saint-Magloire [Note : « Qui etiam (Hugo Francorum dux) cum sua venerabili conjuge Adelaïde nomine, filia Pictavorum comitis, eidem ecclesiae (Sancti Maglorii) magna dona possessionesque et praedia obtulit, quae sub nomine Lotharii regis et Ludovici describi et confirmari praecepit regioque sigillo muniri constituit » (Mabillon, Annal O. S. B., III, p. 720). Sur Adelaïde, femme d'Hugues Capet, voir Art de vérif. les dates. I, p. 567 et II, p. 353] ; or ce diplôme, dont le texte a été conservé, fut dressé à la requête d'Hugues Capet, et quoi que non daté, il ne peut être antérieur à 978, puisque Louis, qui y figure avec le titre de roi, fut associé à la royauté de son père le 8 juin de cette même année [Note : « In nomine Domini Dei etc. Lotharius et Ludovicus, divina ordinante providentia reges augusti. Dum petitionibus Hugonis Franciae ducis rationabilibus et justis divini cultus amore favemus » etc. (D. Bouquet, Recueil des historiens de France, IX, p. 644). Cf. Art de vérif. les dates, I, p. 564 ; et Lobineau, Histoire de Paris I, p. 119]. Cette date de 978, qu'on peut très vraisemblablement assigner à la confirmation par le roi de la fondation de Saint-Magloire, ne contrarie en rien celle de 962-963, donnée pour point de départ à l'exode des moines bretons et de leurs saints.  

Mais une remarque, récemment faite par le R. P. de Smedt sur ce diplôme de 978, dérange tout : c'est qu'on y trouve mentionné avec Hugues Capet, comme ayant pris part à la fondation et dotation de l'abbaye de Saint-Magloire, son père Hugues le Grand [Note : Parmi les terres données à l'abbaye de Saint-Magloire, et dont les rois Lothaire et Louis lui confirment la propriété, figure : « Clausus etiam vineae juxta Saucias situs, quem dedit bonae memoriœ Hugo, Filius Roberti regis ». (D. Bouquet, Ibid)]. Fait très explicitement attesté par un historien autorisé du commencement du XIème siècle, le moine Helgaud, dans sa Vie du roi Robert [Note : « Hujus inclyti regis Roberti (dit Helgaud) avus Hugo, pro pietate, bonitate, fortitudine, Magnus dictus, monasterium S. Maglorii, confessoris Christi, in civitate Parisius simul cum filio construens nobiliter, monachos sub regula patris Benedicti vivere paratos ibi collocat, et in auro vel argento locum ipsum ditat et ceteris ornamentis » (Helgaldi Vit. Roberti regis, dans D. Bouquet, Recueil des historiens de France, X, p. 104). Cf. De Smedt, Acta SS. Novemb. I, p. 672]. Or Hugues le Grand, qui avait succédé en 923 à Robert son père dans le duché de France, mourut en 956 [Note : Art de vérifier les dates, II, p. 247. Il mourut le 16 juin 956 ; son père Robert, qui fut roi, périt à la bataille de Soissons, le 15 juin 923 (Ibid. p. 246)]. L'abbaye de Saint-Magloire était donc fondée avant cette date, et dès lors la guerre de 962-963 entre Richard de Normandie et Thibaud de Chartres ne peut avoir aucun rapport avec cette fondation ni avec les événements qui l'ont précédée, spécialement avec la fuite des moines bretons et de leurs saints hors de Bretagne.

Il y a plus : le P. de Smedt a examiné la chronologie de la relation mabillonienne dans son Commentaire et dans ses notes sur la Vie de saint Guenaël (Wenalis sacerdos), dont le corps, on l'a vu plus haut, avait été déposé en même temps que celui de saint Magloire en l'église Saint-Barthélemi, puis tiré hors de Paris avant l'érection de cette église en abbaye (Voir Transl. S. Maglorii dans Mabillon, Ann. O. S. B. III, 720 ; et A. SS. Nov. I, 679]. Il finit par se fixer à Corbeil, où on éleva pour le recevoir un sanctuaire spécial. Mais auparavant, immédiatement après leur sortie de Paris, les reliques de saint Guenaël demeurèrent assez longtemps recueillies, à quelque distance de Corbeil, dans le domaine de Courcourone, appartenant à un personnage important de ce temps appelé Theudon, vicomte ou prévôt de Paris (Voir Vit. S. Guenaili dans A. SS. Nov. I, 679. — Courcouronne, aujourd'hui commune du canton et arrond. de Corbeil, Seine-et-Oise). Or, d'après plusieurs actes authentiques venus jusqu'à nous, ce Theudon vivait en 925 et 936 [Note : Dans son Historia ecelesia Parisiensis (I, 535-536), Dubois donne le texte d'un acte par lequel ce Theudon fait donation d'un immeuble situé à Paris au monastère de Saint-Pierre des Fossés ; début de l'acte : « In nomine Dei aeterni, annuente pietate Dei Theudo Parisiorum viceromes... ». Ce don est fait « pari assensu domni ac praepotentissimi marchionis Hugonis, senioris nostri ». Cet Hugues n'est autre qu'Hugues le Grand, duc de France, père d'Hugues Capet. Date de l'acte : « Actum Parisius, sub die X Cal. Septembris... anno tertio regnante Rodulfo rege : », c'est-à-dire, 23 août 925 selon Lobineau (Histoire de Paris I, 118), 926 selon Dubois (Ibid. 536). Mais puisque Raoul succéda au roi Robert Ier, tué à Soissons le 15 juin 923, c'est Lobineau qui a raison. — Autre diplôme pour le même monastère de Saint-Pierre des Fossés, dans lequel le roi Louis d'Outremer mentionne « illustres fideles nostri, Hugo cornes necnon Galterius Parisiorum episcopus atque Teudo vicecomes ». Date de cet acte : « Actum Lugduni Clavati (Laon), Cal. Febr. anno Domin. Incarn. DCCCCXXXVI, Indict. V, anno primo Ludovico rege gloriosissimo » (D. Bouquet, Recueil des historiens de France, IX, 587, et Dubois, Hist. eccl. Paris. I, 544). — Voir aussi sur Theudon, vicomte de Paris, Lobineau, Histoire de Paris, I, p. 117-118]. Nous voilà, on le voit, très loin de 962-963, très rapprochés au contraire de l'époque (bien connue et bien précisée par Flodoard) de cette terrible occupation ou plutôt de cette féroce destruction de la Bretagne par les pirates normands en 919-920, qui força les Bretons de quitter leur pays et détermina leur mouvement général d'émigration, leur fuite précipitée, avec leurs reliques, leurs manuscrits, leurs trésors, vers le centre de la France, ou même vers l'Angleterre.

Dès lors il devient possible de donner une chronologie raisonnable et raisonnée à la relation mabillonienne, à ce curieux exode des saints de Bretagne, partant de l'abbaye de Saint-Magloire de Léhon aux bords de la Rance, pour aboutir à la fondation d'une autre abbaye de Saint-Magloire aux bords de la Seine.

La réunion des moines bretons à Léhon avec les corps saints, leur fuite dans l'intérieur de la France, sont la conséquence directe de la ruine de la Bretagne par les Normands, dénoncée dans la Chronique de Flodoard : la date nécessaire de ces événements est donc 919-920. L'odyssée des moines bretons en terre française avant de venir s'échouer à Paris dut être assez longue. Nous avons le détail de celle des moines de Redon, partis eux aussi en 920 des bords de la Vilaine pour se rendre à Poitiers, et qui, traversés, détournés, arrêtés dans leur route par cent obstacles, mirent quatre longues années à atteindre ce but (Cartulaire de Redon, p. 228-230 ; et Lobineau, Histoire de Bretagne, II, col. 75-76). La troupe de fugitifs sortie de Léhon ne mit pas moins de temps à gagner Paris, car quand elle y arriva, cette ville était sous l'autorité d'un duc de France appelé Hugues [Note : « Omni spe sibi abscissa in patriam redeundi, se nequaquam ulterius recessuros elegerunt, si ab ipso civitatis principe, videlicet Hugone Francorum duce, locus ad tantorum sanctorum corpora digne locanda largiretur » (Transl. S. Maglorii, dans Mabillon, Annal. O. SS. B. III. 720] ; or le premier de ce nom, Hugues le Grand, succéda dans ce duché à son père le roi Robert Ier, mort, comme on l'a dit plus haut, le 15 juin 923. C'est donc vers la fin de cette année, ou dans le cours de la suivante, que les reliques des saints de Bretagne furent recueillies par Hugues de France — Hugues le Grand lui-même — dans l'église Saint-Barthélemi de Paris.

Selon l'auteur de la Translation de saint Magloire, les moines bretons en déposant leurs reliques dans cette église auraient abjuré l'idée de rentrer dans leur patrie. Assertion erronée : car au contraire (l'auteur de la Translation est forcé de l'avouer un peu plus bas), dès que ces moines crurent le fléau normand conjuré et leur patrie délivrée, la plupart d'entre eux se hâtèrent de quitter Paris pour rentrer en Bretagne. La plupart aussi, malheureusement, furent obligés de s'arrêter en route, les uns à Orléans avec les reliques de saint Samson, les autres à Beaumont sur Oise avec celles de saint Lunaire, le corps de saint Guenaël à Courcourone, etc. Donc ils s'étaient trop hâtés, et la délivrance de la Bretagne, dont l'annonce avait causé leur départ, n'était pas définitive.

D'après Flodoard et toutes nos chroniques, cette délivrance définitive fut opérée par les exploits d'Alain Barbe-Torte en 937 [Note : « An. 937. Brittones, ad sua loca post diutinam regressi peregrinationem, cum Nordmannis qui terram ipsorum contiguam sibi pervaserant frequentibus dimicant praeliis, superiores pluribus existentes et loca pervasa recipientes » (Frodoardi Chron. dans Bouquet, Recueil des historiens de France, VIII, p. 191-192). Selon le Chronicon Britannicum (D. Morice, Preuves I, 4) et le Chronic. Kemperelegiense (Baluze, Miscellanea, édit. in-8°, I, 520), Alain Barbetorte rentra en Bretagne dès 936]. Mais six ans plus tôt, en 931, tous les Bretons restés en Bretagne s'étant jetés un beau jour (le jour de la fête saint Michel) sur les oppresseurs normands, en avaient fait un massacre général. C'est cette nouvelle, sans doute, venue jusqu'à Paris, qui avait décidé les émigrés bretons à regagner leur patrie. Mais cette victoire si belle eut un triste lendemain ; quelques mois après, de nouvelles hordes normandes descendirent plus épaisses, plus féroces, sur la Bretagne et la remirent sous le joug [Nota : « An. 931... Interea, Brittones qui remanserant Nordmannis in cornu Galliae subditi, consurgentes adversus eos qui se obtinuerant, in ipsis solemniis S. Michaelis omnes interemisse dicuntur qui inter eos morabantur Nordmannos, caeso primum duce illorum nomine Felecan » (Frod. Chron. dans Bouquet, VIII, 187). — Mais tout à la fin des événements de l'an 931, Flodoard ajoute : « Incon, Nordmannus qui morabatur in Ligeri, cum suis Britanniam pervadit, victisque et pervasis caesisque et ejectis Britonibus, regione potitur » (Bouquet VIII, p. 188)]. Dès lors les émigrés en marche pour rentrer dans leur pays furent obligés de faire une nouvelle halte en terre étrangère ; ils s'arrêtèrent là où ils se trouvaient, et les porteurs du corps de saint Guenaël, entre autres, reçurent à Courcourone la généreuse hospitalité de Theudon, vicomte de Paris, dont en effet c'est bien là l'époque, puisque — nous l'avons vu tout-à-'heure — il florissait de 925 à 936. Les dates proposées par nous sont donc très concordantes, et un jour — sans trop tarder — quand nous nous occuperons spécialement de saint Guenaël, nous verrons cette concordance s'accentuer de plus en plus.

Le corps de saint Magloire était resté à Paris avec les moines de Léhon et avec des fragments plus ou moins considérables des autres reliques retenus par Hugues le Grand, qui bientôt pour honorer dignement ces dépouilles précieuses, ainsi que les bienheureux auxquels elles avaient appartenu, agrandit l'église Saint-Barthélemi et, de concert avec son fils Hugues Capet, y fonda et dota une abbaye sous le titre de Saint-Magloire. Fondation certainement antérieure à 956 (date de la mort d'Hugues le Grand), qu'on ne peut guère croire postérieure à 950, et qui plus tard, en 978 ou 979, fut solennellement approuvée et confirmée par un diplôme royal.

Avec cette chronologie, tout dans cette Translation de saint Magloire se suit et s'explique clairement. Aussi, on n'en peut douter, cette mention malencontreuse de Richard de Normandie. qui avait absolument faussé la date et le sens historique de cette curieuse relation, ne peut être due qu'à une interpolation mal avisée.

La Translation de saint Magloire, c'est-à-dire la relation publiée par Mabillon, nous fait connaître en outre l'état du monastère de Léhon au commencement du XIème siècle. Etat lamentable : les ruines faites par l'invasion normande n'avaient pas été réparées ; plus de moines dans l'abbaye ; en ce sanctuaire jadis si fréquenté et si florissant, solitude complète ; pourtant il n'avait point disparu ; il gardait son renom, sa dotation due au grand Nominoë : facile donc, quand on le voudrait, de lui rendre sa splendeur.

Aussi, sous le règne du roi Robert, fils d'Hugues Capet, c'est-à-dire de 996 à 1031, un comte breton que la Translation appelle Bérenger étant venu à Paris rendre visite à ce prince, les moines de l'abbaye parisienne de Saint-Magloire firent prier ce comte, par l'intermédiaire du roi Robert, de leur donner le monastère de Léhon. Leur principale raison à l'appui de cette demande c'est que, Léhon ayant été fondé pour recevoir le corps de saint Magloire enlevé de l'île de Serk, devait rester, on peut dire, le patrimoine de ce saint corps et dépendre de l'église où il était déposé. D'ailleurs, l'abbaye parisienne de Saint-Magloire n'était, à le bien prendre, autre chose que la communauté monastique de Léhon, transférée à Paris par suite de l'invasion normande.

Ces raisons n'étaient pas sans valeur ; aussi le comte breton s'y rendit et donna à Saint-Magloire de Paris le monastère de Léhon avec tous ses biens, qu'il augmenta encore de ses dons. L'abbé de Saint-Magloire, qui alors s'appelait Hardouin, entreprit aussitôt de restaurer le premier et vénérable asile des reliques du saint sur le continent, et d'en ressusciter le monastère. Il envoya à Léhon six de ses moines, qui réparèrent les ruines, relevèrent l'église, les bâtiments conventuels, rétablirent le culte, firent fleurir la discipline monastique ; de nouveau, la foule des fidèles afflua à ce sanctuaire, qui recouvra bientôt son antique prospérité [Note : Dans Mabillon, Annal. Ord. S. Benedicti, III, p. 720. Le récit se termine ainsi : « Praedicti autem (sex) monachi jussa patris complentes, ob multitudinem pro loci amœnitate ibidem confluentium, ocius in priori (monasterium Lehonense) renovatum est statu »].

Reste à savoir quel était ce comte Bérenger, qui par la cession de Léhon à Saint-Magloire de Paris en procura la restauration. Ce ne pouvait être qu'un comte de Rennes, car à cette époque, et sauf le comté de Léhon, tout le territoire de l'antique Domnonée, c'est-à-dire tout le nord de la péninsule bretonne, était sous l'autorité des comtes de Rennes. Pendant le règne du roi Robert, si on le fait partir de 990, époque où ce prince fut associé à la royauté par son père Hugues Capet, — pendant ce règne nous trouvons trois comtes de Rennes, en même temps ducs de Bretagne, ce qui du reste répond bien au titre Comes Britannorum donné par la Translation au prince qui concéda Léhon à Saint-Magloire de Paris ; mais aucun de ces trois comtes ne se nomme Bérenger. Ce sont : 1° Conan le Tort, mort en 992 ; 2° Geofroi Ier, fils de Conan le Tort, qui régna de 992 à 1008 ; 3° Alain III, fils de Geofroi Ier, de 1008 à 1040. Main III et Conan le Tort sont peut-être allés à Paris, mais ce voyage de l'un ou de l'autre, s'il a eu lieu, est tout à fait inconnu ; aucune trace, aucun souvenir n'en a été conservé. Geofroi, lui, nous le savons formellement, est allé à Rome [Note : Morice, Preuves de l'histoire de Bretagne, I, col. 4, 33-34, 354 ; Le Baud, Histoire de Bretagne, p. 146 ; cf. Willelm. Gemetic. lib. V, cap. 13, dans le Recueil des historiens de France, X, p. 189] et n'a pu aller à Rome sans passer par Paris. C'est donc lui probablement qui est le Comes Britannorum du récit de la Translation de Saint Magloire. Mais pourquoi lui donne-t-on le nom de Bérenger ?

C'est que le principal auteur de la dynastie comtale de Rennes des Xème et XIème siècles fut un certain Bérenger, qui possédait Rennes en 892 (même un peu avant) et dont Le Baud fait un petit-neveu du roi de Bretagne Salomon (Voir Pierre Le Baud, Histoire de Bretagne, p. 127 et 138), mort en 874. Cette descendance n'est pas bien certaine. Ce qui est certain, c'est que les chroniqueurs joignant très souvent son nom, comme celui du fondateur de la race, au nom de ses divers descendants. 

Son fils Juhel, ils l'appellent Jules Bérenger, et même parfois Bérenger tout court [Note : Chron. Brioc. et Chron. Nannet., dans D. Morice, Preuves de l'Histoire de Bretagne, I, 30, 31, 147 ; Vit. S. Gildae, Ibid, 354). Conan le Tort, fils de ce Juhel est nommé pareillement Conan Bérenger (« Conanus Berengarii », dans D. Morice, Preuves I, 33). Il est donc très très admissible que ce surnom ait été de même appliqué au fils de ce dernier, et ce fils étant le seul comte de Rennes contemporain du roi Robert qui, à notre connaissance, soit allé à Paris, il y a tout lieu de reconnaître en lui le Berengarius comes Britannorum, qui donna Léhon à Saint-Magloire. Le monastère de Léhon, étant resté depuis lors veuf des reliques de saint Magloire (extraits des notes d'Arthur de la Borderie).

 

Abbaye de Léhon (dessin de Léon Gaucherel-1843)

Lettre de Gervaise de Dinan à Juhel, archevêque de Tours (1233) : Reverendo Patri in Christo ac Domino Juhello Dei gratia Turonensi archiepiscopo, Gervasia Domina Dinani, Salutem cum omni reverentia et honore. Paternitatem vestram ea affectione qua possumus exoramus, quatenus quamdam elemosynam concessimus ecclesiœ beati Maglorii de Lehonio, et monachis ibidem Deo deservientibus, pietatis intuitu, et precum nostrarum interventu, cum vestris patentibus litteris confirmetis, sicut in nostra cartula videritis contineri. Volumus etiam in vestris litteris confirmatoriis contineri, quod si aliquis heredum nostrorum contra donationem istam venerit, vel eam revocare voluerit ; quod tota terra nostra in vestra provincia constituta interdicti sententiœ submittatur, quousque super quatuor millibus librar. Turon. quœ pro damnis a nobis illatis dictis monachis nos debere recognoscimus, ab illo litigatore, qui contra dictam donationem venire prœsumpserit, sit dictis monachis plenarie satisfactum. Et ex tunc dicta donatio à nobis in perpetuam elemosynam concessa nihilominus suam obtineat firmitatem. Valete. Datum anno MCCXXXIII. (Dom Morice).

Fondation d'une chapelle au village de la Haie (1340) : Ivo Macloviensis episcopus. Devotam supplicationem magistri Oliverii de Pinu, clerici, pro se et Rollando ac Oliverio de Chalongio, laicis, recepi continentem quod cupientes ad Dei, beate virginis Mariœ ac beati Martini honorem pro salute animœ Henrici de Chalongio, defuncti, corum consanguinei, ac pro ipsis,.. etc..., unam fundare capellam, attendentes quod licet villa de Haia existens in parochia de Lehonio sit quam plurimum populosa et propter distantiam habitantes ibi raro missam audiunt, locum in predicta villa Lehonensi prope viam publicam ad œdificandam dictam capellam in sœculari territorio elegerunt de consensu prioris Lehonii, ita ut predictœ capellœ patronatus et presentatio ejusdem prioris erunt, etc... Anno Domini 1340. (Blancs Manteaux).

Aveu de Raoul Pollo, dernier Prieur conventuel de Lehon (1419) : Je frère Raoul Pollo, prieur du prieuré de Lehon cognois et confesse le duc mon souverain seigneur et ses prédécesseurs estre et avoir esté fondeurs de mondit prieuré et ses appartenances et deppendances quelsconques et que je luy doy obéir à cause du temporel de mondit prieuré, comme de fé amorti. Donné soubz mon sceau le quint jour du moys de may l'an 1419. (Archives départementales, B. aveux des biens de Maimmorte liasse de Marmoutier).

Aveu du Cardinal d'Estouteville, premier Prieur commendataire de Lehon (1460) : Nous Guillaume, par la permission divine Cardinal d'Estouteville, archevesque de Rouen, et tenant en commande le prieuré de Lehon confessons estre homme et subgit du duc nostre souverain seigneur, et tenir de luy prochement tout le temporel dudit prieuré de Lehom et par cause d'iceluy luy devons l'obéissance comme de fié amorty et pour bailler et présenter notre adveu à la court de Rennes nous advons commis establi et ordonné, commettons et establissons et ordonnons Jehan Racine nostre procureur auquel nous advons donné et donnons plain povoir de bailler et présenter cedit présent adveu où il appartendra. Donné sous notre seau dons nous usons audit prieuré avec le signe manuel de Jehan Gillain cy mis et aposé par notre commandement le dixième jour de may l'an 146o. Gillain. (Archives de la Loire-Inférieure).


Aveu de Gervais de Goin, Prieur commendataire de Lehon (1557) : C'est le mynu et dénombrement des héritaiges, rentes et revenuz du prioré de Lehon, ordre de Sainct-Benoist, diocèse de Sainct-Mâlo, membre deppendant de l'abnaye de Mermoutier près Tours o ses appertenences, duquel est à présent prieur, vénérable et religieuse personne frère Gervays de Goin religieux profès de l'ordre dudit Sainct-Benoist, icelluy tenu prochement de Monseigneur le dauphin duc de Bretaigne, à raison de sa seigneurie de Rennes où est et situé ledict prioré, en fief amorty, à prière et oraisons, à la charge de nourir et alimenter audit prioré douze religieux chaicun jour faisant le divin service, deu et acoustumé estre faict en l'église dudict prioré.

Le lieu, maison, pourpris dudict prioré avec les courtz, depportz, jardrins, vergiers et coulombier, situez en la paroisse de Lehon en ung tenant, contenant le tout en fond environ deux journaulx de terre et peuvent valloir communs ans sept livres, dix solz de rente.

Ung moulin à eaue, situé au plus près dudict prioré près la rivière de Ranee avec atache, d'aultre moulin estant au plus près et vault ledit moulin de revenu communs ans par bled, quarante mynes froment mesure de Dynan.

Item troys prez estans en icelle parroisse environ les pavez de Lehon et prochains de ladite rivière de Rance appellez les prez de la Hache, le pré Normant et le pré de la Laische et contiennent environ huict journées de terre et sont de revenu, chacun an, de quinze livres.

Et par raison dudit prioré en ladite parroisse y a ung fief et bailliaige appelié le bailliaige de Lehon, ouquel sont hommes et teneurs, nobles hommes Thomas Guyton, seigneur de la Chapt, quel est sergent féodé en icelle parroisse à raison de son lieu et mestairie de la Chapt, Jehan Hamon, Gastinaye, Richart Le Feet, Thomas Arthur Michelle Ferron, sa mère, Jehan Rigallet, Bagot Jamet, maistre Jehan de Maraisdes, Thomas Leroy, Jehan Leroy, Guilleaume Lecourt, Jehan Feillier, Pierre Rigollet, Jacquet Leroy, Charles Hamonnet, Hervé Lahormel, Macé Leroy, Guillaume Leroy, Guillaume Languille, René Lecoq et Bertranne Vincent sa mère, Guy Thomas et plusieurs aultres du grant des parroisses de ladite parroisse, qui y doibvent plusieurs rentes, tant par deniers, bled d'espèce que d'apprécy, quel pour le présent vault par deniers environ douze livres et par froment de pris quarante mynes à l'apprécy de Dynan.

Et par espèce au partaige dudit prioré dix boisseaulx froment mesure de Dynan et se trouve en icelluy bailliaige quelques depportz desdits revenuz. Aussi a four à ban ouquel les hommes et teneurs dudit bailliaige sont tenuz faire cuyre leur pain lors que ledit four est en deue réparation et en pris quelque debvoir pour la cuisson.

Item en ladite parroisse par raison du dit prioré y a aultres rentes et revenuz. Savoir la rente appellée cens, deue par chaucun an, au jour et terme de Sainct Magloire, trente solz au debvoir d'amende de sept solz, six deniers. Et aultre appellée taille et mitaille deue au terme Sainct Gilles foire à Dynan, l'Epiphaine par moityé qui se tiènent et reçoit par les mains du dict seigneur de la Chapt comme voyer de la dite court et vallent les dites tailles cent dix solz par an.

Item est deu sur les hommes du bourg de Lehon seullement, aultre debvoir de bourgeaisse qui soullait estre deu et levé sur les dits hommes vallent cent dix solz et du présent il n'est du revenu ne debvoir de bouteillaige qui saullait à pareil se lever.

Item par raison du dit prioré, il y a en la parroisse de Tréveron (Note : Trévron) ung lieu appellé le prioré et mestairie de Lehon ouquel y a grant court logis et pourpris de depportz, courtz et yssues avecques quantité de terres plantez en vignes (Nota 1), boys de haulte fustaye et taillys garenne à connilz au dedans avec pressouer pour estraindre et presser vins et cildres. Le tout contenant ensemble estant en une mesme tenant auprès de l'église parrochiale de Tréveron, environ cinq journaulx de terre avecques ung prés contenant environ ung journal de terre, et vault le tout communs ans vingt livres de rentes y comprins le dict debvoir de bouteillaige estant du dit revenu.

Nota 1 : La culture de la vigne était autrefois très répandue en Bretagne. Au VIIème siècle, saint Malo et ses religieux travaillaient aux vignes. Le manuscrit mentionné précédemment, nous montre le monastère de Léhon situé « inter vineas fertiles », et produisant dés le IXème siècle, du vin en abondance « copiam vini ». Les vignes de l'abbaye de Saint-Georges de Rennes, de Marcillé.... étaient connues par leur fécondité « vinea fructibus fecunda ». Il en était de même de celles de Dinan : vers 1072 Geoffroi de Dinan donnait à Saint-Florent dans son fief, près du pont de cette ville, une vigne qui s'étendait jusqu'à La Rance. Dans tous le cours du XIIème siècle, les crus de Dol, Fougères, Dinan, Plumaudan, Plesder, Rennes, Montfort, La Guerche étaient recherchés. Au XIIème siècle, la vigne s'étendait aux localités de Taden, Saint-Suliac, Plouër, Lanvallay, Sévignac, Léhon. En 1277, les seigneurs de Tréméreuc reconnaissaient devoir à l'abbaye de Saint-Aubin, une rente annuelle d'un tonneau de vin breton. Au milieu du XVème siècle, Geoffroi Ferron, seigneur du Chesne, s'engageait à donner chaque année, à la maison-Dieu de Dinan, pour les pauvres, une pipe de son vin d'Yvignac. Divers actes nous montrent à cette époque, la culture de la vigne en pleine vigueur sur les coteaux de La Rance. Quelques métairies et vergers portent encore aujourd'hui dans le pays de Dinan, le nom significatif de la vigne. De nos jours la vigne a disparu de presque toute la Bretagne ; on doit en attribuer la cause à la mauvaise culture du sol, à l'abaissement de la température produit en partie par le déboisement des forêts, et aussi à la facilité des communications qui a permis aux bretons de s'approvisionner de vin ailleurs que chez eux, et certainement meilleur. Nous ne croyons pas en effet que le vin de Léhon valut jamais le crû des Trois-Moulins. En revanche, saint Magloire a béni nos pommiers de Bretagne, et nous avons aujourd'hui, grâce à lui, le pommard et le champagne bretons.

Item en ladite parroisse y a fief et baillaige deppendant dudit prioré ouquel sont hommes et teneurs Rolland Dubreil escuyer seigneur de la Challonge, Hamon Pouret, Jehan Hervé, Guillaume Foustel, Raoullet Foustel, dom Rolland Duponcel et aultres.

Et plusieurs aultres qui doibvent rente audit bailliaige tant par deniers que bledz d'apprécy et espêces et vault de revenu chacun an ledit bailliaige, savoir par deniers cinquante quatre solz pouge et demye pouge froment du pris, vingt mynes une godellée, deux tiers de godellée à l'apprécy de la dite court de Dynan, et bled d'espèce une myne seigle rente sourcens deubz audit bailliaige quatre mynes seigle.

Item, en la dite parroisse y a ung moulin à eaue appellé le moulin du Pont Aman deppendant dudit prioré ouquel sont les hommes dudit bailliaige devant déclairé subjetz au destroict d'icelluy et vault communs ans de revenu cinq mynes froment.

Et en la dite parroisse, le jour et feste sainct Laurent, jour de foire et assemblée auquel jour se leve droict de coutume et bouteillaige, par le commis et depputé par les officiers audict prieurs qui vault de revenu communs ans vingt solz de rente.

Item en la paroisse de Trelyvan (Note : Trélivan) y a des deppendences dudit prieuré une mestairie appelée la mestairie de Cresnet avec l'amplacement d'une chappelle située près le grand chemin qui conduict de la ville de Dynan à la ville de Bron et contient environ quarante journaulx de terre desquelles la pluspart sont terres landilles et est de revenu chacun an de sept livres de rente.

Item ung fief et bailliaige appelée le bailliaige de Cresmene ouquel sont hommes maistre Guy de Soicy, Jehanne Gillier et ses enffans, Jacques Vallée, Eonnet Floury, Guillaume Floury, Jehan du Bourbaillye, Josselin Lebreton, Yvon Lucas, Pierre Hervé, Jehan Chenu et sa femme, Guillaume Lebret, Guillaume Aureille, Pierre Lebreton et ses enffans, Jehan Lebret, Hamon Macé, Jehanne Morin et plusieurs aultres qui doibvent les rentes et revenuz audict bailliaige qui vault chacun an, par deniers six livres neuf solz six deniers. Et par froment à l'apprécy de la dite court de Dynan, six mynes troys boisseaulx neuf godelles.

Item ès-paroisses de Sainct Celen et Lanvaloy y a une mestairie appelée la mestairie de Sainct Nicolas, avec une chapelle contenant la dite mestairie avec les maisons et pourpis terres et héritaiges en deppendent, tant en terres arrables que non arrables landes et galloys environ cinquante journaulx de terre estant en ung tenant et vault communs ans de rente vingt livres.

Item en la paroisse de Courfault y a aultre fief et bailliaige dudict prioré appelé bailliaige de Sainct Croya ouquel sont hommes et teneurs Guillaume Cuynoir, Jehan de la Noë, Guillaume du Clos, Jehan Mesnant, Francoys Glenault et aultres qui doibvent de revenu dudit bailliaige qui est de montance de quatre livres quinze solz huict deniers et par froment de pouche qui se paye à Grenier.... boisseaulx cinq godellée et par seigle quatre boisseaulx seigle mesure qui se soullait payer à raison du moulin de la Famace de présent, estant en toute caducité et ruyne, quatre boisseaulx seigle, le tout mesure de Dynan et par chappons trente quatre chappons, payables au terme de Noël et par oeufs au terme de Pasques soixante dix oeufs.

Item en la paroisse de Sainct Postry (Note : Saint-Potan) y a aultre fief et bailliaige de Guebit estant des appertenances dudict prioré ouquel sont hommes et teneurs tant estaigiers que aultres. Jehan Grail, Symon Salmon, Noël Jumel, Jacques Tirel, Francoys de la Marre, Bertrand Gourel, Bertrand Calet, Jehan Calet, damoiselle Françoise Bouan, Rolland Labbé, Charles Alymer, nobles hommes Gilles des Noes, seigneur de la Berdière, Fiacre Avril et plusieurs aultres qui doibvent le revenu dudit bailliaige qui se monte par chacun an par deniers au terme de Sainct Gilles, quarante cinq solz, sept deniers et par froment d'apprecy, mesure de Plancouet, douze boisseaulx froment de pris et par espèce rendu au grenier prédit dix huict mynes froment. Et par avoyne huict boisseaulx. Et par poulles huict poulles.

En la parroisse de Pleuvenon (Note : Plévenon) y a aultre fief et bailliaige appellé Geran, par raison duquel y a chappelle en laquelle sont faictes prières et oraisons de fondation ancienne et sont hommes qui tiennent les fiefz dudit bailliaige, Symon Garnier, Guillaume de la Porte, Estienne Tresmerenne, Gilles Basvillaine, Bertrand Thomas, Thomas Guguen, Francoise Macé, Marie Péan, Jacques Lemarchant, Bertrand Nicolas, Guillaume Leduc, Jehan Ledue, Jehan Lebourgne, et plusieurs aultres qui doibvent la montance du revenu dudit bailliaige qui vault par chacun an par deniers, la somme de dix huict solz monnoye et par froment depris à .l'apprécy et mesure de la court de Matignon et aultre par chacun desdits boisseaulz un denier de rente, et aultre froment par espèce préditte mesure de Matignon troys tonneaulz, cinq boisseaulz froment, trente boisseaux par tonneau. Et par poulles troys poulles. Et par oeufs, soixante oeufs.

Item en la parroisse de Sainct Juvat y a aultre fief et bailliaige appellé le balliaige de Sainct Juvat ouquel sont hommes Jehan Gallays, Jehan Biffart, Auffray Biffart, Yvon Robert, Olivier Haultière, Guillaume Bunel, Guillaume Belebon et aultres et vault de revenu chacun an de rente par deniers, sept solz quatre deniers et par froment mesure de Bescherel six mynes.

Item en la parroisse de Sainct Guenoc y a aultre fief et bailliaige appellé le bailliaige de Sainct Guenoc ouquel sont hommes.... Et vault de revenu chacun an quarante livres.

Item en la parroisse de Sainct Enogat y a ung aultre fief et bailliaige appellé le bailliaige de Dynart ouquel sont hommes et teneurs de fief Jehan Thomas, Mathurin Rouault, Yves Clemens et plusieurs aultres et vault ledit bailliaige par chacun an, par deniers et par froment d'espèce, huict boisseaulx, et par poulles deux poulles et ung coq et par oeufs, trente oeufs.

Item sur Jehan Chappellier et Catherine Paris sa femme, par raison des terres anciennes, quinze livres de rente.

Item en la paroisse de Sainct Judoce y a aultre fief et bailliaige de Sainct Judoce ouquel sont hommes et teneurs, Annette Lemarchant, Guyon Pynault, Guillaume Sallart, Michel Bodin, Pierre Prioul et aultres. Et vault de revenu chacun an soixante unze solz, ung denier et par froment pris et mesure de la court de Dynan quinze boisseaulx.

Item en la paroisse de Polgueneuc (Note : Pleugueneuc) y a aultre fief et bailliaige appellé le bailliaige de Plougueneuc ouquel sont hommes et teneurs Thomas Pitrel, Jehan Lescoublec, Jehan Lemarchant et aultres et vault de revenu par chacun an, ledit bailliaige par deniers dix-huit solz, unze deniers, et par froment de pris et mesure de Dynan audit terme de Noël, six boisseaulx, six godetz froment et par chappons deux chappons.

Item en la paroisse de Evran y a aultre fief appellé le bailliaige de Evran ouquel sont hommes et teneurs Anthoine Chesnel, seigneur de la Chapperonnaye, Jehan Pyel, Thomas Pyel, Jehan Pitrel, Jehan Barré et aultres et vault ledit bailliaige de revenu par chacun an, par deniers, trois solz, six deniers et par froment de pris, mesure et apprécy de ladite court de Dynan, quinze boisseaulx sept godetz froment.

Et par raison dudit prioré y a toute commodité, juridiction haulte moyenne et basse et tout ferme droict sep et collier justice patibulaire en ladite parroisse de Lehon.

Lequel prioré et choses prédéclairées en deppendent avecques plusieurs parroisses, par raison desquelles couste le plus grant revenu dudit prioré, ledit frère Gervays de Goin prieur susdit, confesse et advoue tenir prochement de notre dit seigneur prince et duc de ce pays, en sa seigneurie de Rennes, à prières et oraisons, et en fief amorty, à la charge de nourir et alimenrer en icelluy prioré douze religieux qui font chacun jour le divin service deu et acoustumé estre faict eu l'église dudit prioré.

Les noms des dixmes dudict prioré de Lehon et le nombre d'icelles, celles qui sont situez en la parroisse de Dynan.

Maubrey et Brenel vallent communs ans douze boisseaulx froment, mesure de Dynan. Laulnay Pinel et le déluge vallent communs ans douze mynes froment. Vaulgreil et Beauchesne vallent communs ans douze mynes froment. La Tousche Beaumanoir Couesquené et Tregomin, vallent communs ans, douze mynes quatre boisseaulx froment. Gras-Buysson et Lenretay vallent communs ans, neuf mynes quatre boisseaulx froment. Tressal et Bouvienne, vallent communs ans, dix mynes froment. Carreon vault communs ans quatre mynes troys boisseaulx froment. Betigneuc vault cinq mynes froment communs ans. Les communs d'Evran. Sainct Judoce. Tramel. Trelouezoul. Et le Foulgère qui se baillent assemblement et vallent communs ans vingt mynes froment. Tramelet vault deux mynes froment. Le mynu et enterraige d'Evran vault neuf livres. Aultres dixmes ayons cours en la parroisse de Judoce. Caussanay vault communs ans huict mynes froment. Le bourg Sainct-Judoce vault communs ans six mynes froment. Cabtehan vault communs ans neuf mynes deux boisseaulx froment. Aultres ayans cours en la parroisse de Lanvalay. La Tousche ès ruisseaulx vault communs ans quatre mynes deux boisseaulx froment. Aultres dixmes ayant cours en la parroisse de Treverien. La chappelle de Treverien et le boys vallent vingt-mvnes froment. Le petit dixmel de Treverien vault communs ans deux boisseaulx froment. Aultres dixmes ayans cours en la parroisse de St-Juvat. La Segonnière a douze mynes froment. Caharel a treize mynes froment. Le Perhon a dix mynes froment. Lagat a huict mynes sept boisseaulx et demiz froment. Le mynu et enterraige de Sainct Juvat cens solz. Trégat sept mynes quatre boisseaulx froment. La Gouandière douze mynes froment. Aultres mynes ayans cours en la parroisse de Treveron. Le bourg de Treveron vault communs ans deux mynes froment seigle et avoyne grosse tiers à tiers. Penhouët vault communs ans dix mynes troys boisseaulx froment seigle et avoyne. Bonnabantt dix mynes pareilz bledz. La Hernay, La Girauldaye et le Baulx vallent communs ans vingt mynes froment. Le Bouteillaige de Treveron vault cinq solz. La dixme des vins et prossouraiges de Treveron vault communs ans une pippe vin breton qui peult valloir cinquante solz tournois. Trefumel vault douze mynes froment. Sevignac vault huict mynes froment. Pleuvenon quatre mynes froment. St-Postan dix boisseaulx froment. Dinart deux mynes froment paumelle et avoyne. Brusvily deux mynes seigle et avoyne. Trelyvan dix mynes seigle et avoyne. Plegueneuc communs ans bled et avoyne douze mynes. Plouer dix mynes froment pennelles et fèves. Le petit trait du Challonge troys boisseaulx avoyne. La Connuas deux mynes seigle et avoyne. Malaunay cinq boisseaulx avoyne. La dixme des vins de Plouer demye pippe vin Bretton communs ans apprécyé à vingt cinq solz. Signé : Gégrin. Suit la Procuration du prieur datée du 29 Janvier 1557, Chambre des Comptes, aveu des biens de Maimmorte, liasse 140 (Archives de la Loire-Inférieure).

 

Brevet du Roy, pour la suppression de douze prieurés (1722) : « Aujourd'huy vingt unième jour du mois de Decembre mil sept cent vingt, le Roy estant a Paris ayant esté informé de la modicité des Revenus de l'Abbaye Royalle de Marmoutiers-lez-Tours ordre de St-Benoist, qui ne sont pas suffisans pour en acquitter les charges, et desirant donner moyen au Titulaire et aux Religieux de ladite abbaye d'en soutenir les depenses, Sa Majesté consent que les titres de douze Prieurez cy après nommez soient éteints et supprimez pour estre les Revenus et tout ce qui en depend, unis, annexez et incorporez à ladite abbaye de Marmoutiers scavoir le Prieuré de Boëre dioceze du Mans, celui de Beré ou Chateaubriant dioceze de Nantes, celuy de Pontchateau dioceze de Nantes, celuy de Lehon dioceze de St-Malo pour ce qui regarde la manse prieuralle seulement, celuy de Beaurain dioceze de Boulogne, celuy de St-Thibault dioceze de Soissons, celuy de Bincourt dioceze d'Amiens, celuy de Josselin dioceze de St-Malo, celuy de St-Vigor de Perrieres dioceze de Seez, celuy de Bohon dioceze de Coutances, celuy des Sept Dormans dioceze de Tours, et celuy de Meslon dioceze de Blois ; lesquels Revenus Sa Majesté veut estre des a présent partagez entre ledit sieur abbé et les religieux de ladite abbaye, par egalles portions, à condition neantmoins d'acquitter ou faire acquitter sur les lieux les charges, pensions et fondations dont lesdits prieurez peuvent estre tenus, et d'y faire continuer le service divin, m'ayant Sa Majesté commandé d'expédier toutes Lettres necessaires en cour de Rome pour l'obtention des Bulles et permissions apostoliques desdites suppressions et unions, et ce pendant le present Brevet qu'elle a pour asseurance de Sa Volonté signé de Sa Main et fait contresigner par moy Conseiller Secrétaire d'Etat et de ses commandements et finances. Signé Louïs, et plus Phelypeaux. Collationné sur l'original en parchemin a l'instant rendu par les Conseillers du Roy notaires au Chatelet de Paris soussignez le vingt deux Juin mil sept cent vingt deux. Chauverjon, Lorinnier. Insinué et controllé au greffe des insinuations ecclésiastiques du dioceze de St-Malo, le vingt unième Octobre 1722. Reccu dix huit francs. Griffon ». (Archives d'Ille-et-Vilaine).

Mandement de Mgr l'Evêque de Saint-Malo, Vincent François des Maretz, pour la suppression de la Mense prieurale de Saint-Magloire de Léhon et l'extinction du titre du prieuré de Saint-Martin de Josselin, le 1er Décembre 1722 : « Vincent François des Maretz par la permission divine évêque et seigneur de St-Malo, Conseiller du Roi en ses Conseils etc.... a tous presens et avenir Salut. Vu le Brevet du Roy en date du vingt un décembre mil sept cent vingt ..... La requête à nous présentée par Dom Jacques Auffray religieux de l'ordre de St-Benoit, procureur général et spécial de Son Altesse Sérénissime Monseigneur Louis de Bourbon comte de Clermont, prince du sang, abbé commendataire de l'abbaïe roiale de Marmoutiers lez Tours dit ordre de St-Benoit, et des religieux de ladite abbaïe. .... Ladite requête expédiée par nous le neuf d'octobre dernier à notre promoteur ou vice-promoteur de l'oficialité de cette ville. .... Les conclusions du vice-promoteur de notre oficialité de St-Malo du 9 octobre dernier. .... Notre Ordonnance, dudit jour neuf octobre dernier ensuite desdites conclusions, par laquelle nous commettons pour vaquer aux procédures nécessaires pour l'union de la mense prieurale de St-Magloire de Lehon lez Dinan notre oficial ou vice gerent de notre oficialité de St-Malo. .... Les procez verbaux de comparition .... Les acceptations des commissions par nos oficiaux en date du neuf et trentième d'octobre derniers, les assignations à témoins.... Les procez verbaux de descentes et auditions de temoins des dix-sept, dix-huit, dix-neuf et vingtième du mois de Novembre par notre oficial de St-Malo. .... Les états certifiés des revenus et charges de l'abbaïe de Marmoutiers. .... La requête à nous présentée par ledit Dom Jacques Auffray. .... Ladite requête par nous répondue le vingt huitième de Novembre dernier, communiquée avec les actes, pièces et procédures au venerable promoteur de notre oficialité de St-Malo, afin qu'il donne ses conclusions définitives. Enfin les conclusions définitives de notre dit promoteur. Le tout considéré, et le saint nom de Dieu invoqué, nous avons éteint et suprimé, éteignons et suprimons à perperuité les titres des prieurez de St-Magloire de Lehon, en ce qui regarde la mense prieurale seulement, et de St-Martin de Josselin, et en consequence avons uni et unissons ladite mense prieurale de St-Magloire de Lehon, et ledit prieuré de St-Martin de Josselin, leurs domaines, seigneuries, revenus et droits en dependant aux menses abbatiale et conventuelle de l'abbaïe de Marmoutiers-lez-Tours : à condition neantmoins qu'il sera celebré chaque jour ouvrier dans l'église de St-Martin de Josselin une messe basse, dont l'honoraire sera païé sur les fruits et revenus dudit prieuré, par la mense de ladite abbaïe, qui jouira desdits revenus, à commencer du jour de la jouissance d'iceux ; que le service divin ordinaire et acoûtumé dans lesditzs prieurez continuera d'y être aquité sans diminution ; que les portions congrues des recteurs et curez, aux quelles sont tenus lesdits prieurez, et les augmentations d'icelles, s'il en arrive, les decimes ordinaires, extraordinaires, subventions ecclésiastiques et autres impositions, sur les benefices, les pensions dûes aux titulaires qui ont résigné lesdits prieurez, les droits cathedratiques montant annuellement à six livres pour le prieuré de Lehon et à quatorze livres pour le prieuré de St-Martin de Josselin à nous dûs à raison de notre dignité épiscopale, et les autres charges, dont ils sont actuellement, ou seraient tenus à l'avenir seront bien et duement aquités sur les revenus desdits prieurez par ladite abbaïe de Marmoutiers. Doné dans notre palais épiscopal de St-Malo sous notre seing, le seau de nos armes, et le contre seing de notre secretaire, le mardi premier jour de Décembre, mil sept cent vingt deux. Vincent François des Maretz évêque de St-Malo. Par Monseigneur, Delile, chanoine, secretaire. Insinué et controllé au greffe des insinuations ecclésiastiques du diocèse de St-Malo le deuxième decembre mil sept cent vingt deux. Reçu pour les droits d'insinuation controlle trente six livres. Signé Griffon. La grosse originale du present decret m'a été mise ce jour entre les mains ; je l'accepte et promet qu'il sera fidelement executé selon sa forme et teneur. Fait à St-Malo le troisième jour de decembre mil sept cent vingt deux. Signé Jacques Auffray ». (Archives d'Ille-et-Vilaine).

Plan du prieuré de Léhon en 1654 :  

Plan du Prieuré de Léhon (1654)

 

Etat temporel du Prieuré de Lehon en 1735 (Archives des Côtes-du-Nord) :

- Recteurs et vicaires perpétuels auxquels on paie la portion congrue, soit en entier, soit pour contribuer :

Brusvilly : 32 bb seigle (Mesure de Dinan). 

Brusvilly : 40 bb avoine (Mesure de Dinan).

Calorguen : 450 livres.

Corseul : 15 livres 17 sols.

Saint-Enogat : 87 livres.

Evran : 160 bb froment et 200 livres.

Saint-Judoce : 64 bb froment et 50 livres.

Lanvallay : 450 livres.

Léhon : 300 livres.

Plédel : 450 livres.

Plévenon (pour une messe par semaine) : 40 livres.

Plorhouan : 450 livres.

Plouer : 75 livres.

Saint Quay : 450 livres.

Quéver : 60 livres.

Quiou : 80 livres.

Trélivan : 300 livres.

Tréverien : 64 bb froment et 60 livres.

Tréveron : 450 livres.

Total : 3967 livres et 17 sols.

Nota 1° : Que plusieurs de ces Recteurs jouissent de quelques Dismes soit pour leurs portions congrues, en entier, soit pour y aider ; et même de quelques Domaines, comme on pourra le voir dans la liéve ci-apres.

Nota 2° : Que des 200 livres au Recteur d'Evran, il y en a cent francs pour ses prétendues novalles.

Nota 3° : Qu'outre les 300 livres du Recteur de Lehon, on lui donne un verger ou jardin, pour ses prétendues novalles. Comme aussi on donne le Clos aux Prestres au Recteur de Lanvallay, pour même prétention.

- Catalogue des paroisses dans lesquelles s'étendent les Revenus du prieuré de Léhon :

Brusvilly

Lehon

Quessoir

Calorguen

Plédel

Quever

Corseul

Plédihen

Quiou

S. Enogat

Plévenon

S. Sauveur de Dinan

Etables

Pleugneuc

Tréfumel

Evignac

Pleurtuit

Trélivan

Evran

Plorhouan

Tressain

S. Judoce

Plouer

Tréverien

S. Juvat

S. Potant

Tréveron

Lanvallay

S. Quay

 

 

Liste des abbés, prieurs conventuels, prieurs commendataires, prieurs claustraux et religieux du Prieuré, dont nous avons pu recueillir les noms :

Note : pr. com : prieur commendataire ; s. pr. : sous-prieur ; pr. cl. : prieur claustral ; proc. : procureur ; cel : cellerier. 

850           : Condan, abbé, fondateur du monastère.

850           : Brito, religieux.

850           : Woédoc, religieux.

869           : Siméon, abbé.

920           : Junan, abbé.

1030         : Harduin, abbé.

1148          : Gautier, prieur conventuel.

1155-1170 : Durand, prieur conventuel.

1170-1187 : Geoffroi de Corseul, prieur conventuel.

1196          : Bernard, prieur conventuel.

1197          : Raoul, prieur conventuel.

1205-1209 : Rolland, prieur conventuel.

1231          : Durand (2ème du nom), prieur conventuel.

1262-1266 : Guégo, prieur conventuel.

1281          : Jean, prieur conventuel.

1298          : Robert, prieur conventuel.

1299          : Jean Le Fevbre, prieur conventuel.

1312          : Jean de Lovigné, prieur conventuel.

1319          : Hamon Mirvant, prieur conventuel.

1332          : Renaud de Grosbois, prieur conventuel.

1351          : Olivier Le Vayrier, prieur conventuel.

1371          : Raoul de Poucy, prieur conventuel.

1374          : Bertrand de Lamberte, prieur conventuel.

1398          : Giraud de Palmes, prieur conventuel.

1407-1440 : Raoul Pollo, dernier prieur conventuel.

1451-1483 : Guillaume, cardinal d'Estouteville, premier prieur commendataire (pr. com.).

1483-1498 : Guillaume Guéguen, évêque de Nantes, pr. com.

1498          : F. Vitron, chanoine de Dol, prieur com.

1506          : Jean Jamet, licencié en droit civique et canonique com.

1507          : Mathurin Rohault, pr. com. et prieur claustral (pr. cl.).

1520          : Dom Guillaume Bunel, religieux.

1524          : François de Moulins, grand aumônier de France, pr. com.

1527          : François Hamon, évêque de Nantes, pr. com.

1533-1542 : Philippe de La Chambre, dit Cardinal de Bologne, pr. com.

1540          : Dom Geoffroi Gromil, religieux.

1542          : Louis d'Acigné, évêque de Nantes, pr. com.

1543-1551 :  Pierre d'Acigné chanoine de Nantes, pr. com.

1548         : Dom Pierre Guillart, religieux.

1550         : Dom Robert le Sangnoux, religieux.

1551-1558 : Gervais de Goin, pr. com. et pr. cl.

1554          : Frère Pierre Richard. — Dom Jehan Cousin.

1555          : Dom Guillaume Pirois.

1556          : Dom Jehan Duboys.

1557          : Dom Raoul Lenouvel.

1558-1560 : Louis Guillart, évêque de Châlons et de Senlis, pr. com.

1560-1570 : Jean de Hangest, chanoine de Paris, pr. com.

1566          : Frère Nicolas Rébillart, pr. cl. — Dom Jacques Briot. — Etienne de Vienne, secrétaire. — Jean Chaillou. — Etienne Véron. — Jacques Cormier. — François Théart, prêtres. — Louis Foubert et Jacques Lohier, novices et religieux. 

1566-1584 : Dom Jehan Ouisse.

1567          : Frère Nicolas Rébillart, pr. cl. — Etienne de Vienne, secrétaire. — Jean Chaillou, prieur de Prières. — Jean Macé. — Etienne Véron. — Jacques Cormier. — François Théart.

1569-1580 : Dom François Le Poussé.

1570          : Les mêmes qu'en 1567, plus Henri de Sens.

1570-1574 : Claude de Saintes, pr. com. et pr. cl.

1572          : Les mêmes qu'en 1566, plus François Le Roy.

1574-1588 : Simon Robineau, clerc de Paris, pr. com.

1581           : Dom Michel Le Sangnoux.

1584          : Dom Mathurin Le Roy. — Dom Jehan Garnier. 

1584-1590 : Dom Guy de Saintisse.

1585          : Dom Etienne Herbert. — Dom Guillaume Congard. 

1585-1595 : Dom Guillaume Le Bonnetel.

1588-1622 : Charles Bruslart, aumônier du roi, pr. com.

1592          : Dom Jehan Robert.

1593-1598 : Dom Jehan Le Roy.

1595-1606 : Frère René Gaultier.

1597-1605 : Dom 0llivier Fourier.

1604-1608 :  Père Noël Mars, pr. cl. et réformateur. — P. Pierre Meneust, hôtelier de Marmoutier. — P. François Stample, Quint-Prieur. — P. Cyprien Boissert. — P. Baptiste Chardon. — P. Elie Truchon. — F. Jean de Horris. — F. Jean Le Tellier, novice.

1609         : P. Noël Mars, vicaire-général.

1609         : P. Elie Truchon, pr. cl.

1610-1613 : P. François Stample, pr. cl.

1611-1614 : P. Pierre Meneust, vicaire-général.

1613-1653 : Dom Olivier Congard.

1614-1617 :  P. Jean Guyen, pr. cl. et vicaire-général.

1618          : P. Pierre Meneust, pr. cl. — F. Jean Le Tellier. — F. Guillaume Rillet, prêtres. — F. Mars Raullet. — F. Julien Pasquier.

1618-1620 : F. François Stample, pr. cl. et visiteur.

1620-1627 : P. François Stample, supérieur, visiteur et vicaire-général.

1621          : P. François Hardy, pr. cl. — Jean Le Tellier, secrétaire.

1622-1623 : P. Antoine Guynart, pr. cl.

1622-1624 : Florimond Bruslart, pr. com.

1624         : P. François Hardy, pr. cl. — F. Magloire Le Fevbvre. — F. Joseph Tailladeau, prêtres. — F. Pierre de la Roche. — F. Rupelle Le Tourneux, tous profès. 

1624-1668 : Charles Bruslart (2ème du nom), conseiller du roi, pr. com.

1625-1626 : P. Bernard Pichon, pr. cl.

1626          : P. F. Bernard Pichon, pr. cl. — Placide Le Vicomte, procureur. — F. François Hardy. — F. Gilles Denis. — F. Florent Desinières, tous prêtres. — F. Augustin Lemaistre. — F. Coulomban Chapelle, religieux profès.

1627          : Dom Gilles Denis, pr. cl.

1630          : Dom Benoist Laurans, pr. cl. — Dom Estienne Le Grand. — Dom Méen Gaspard. — Dom Melaine Le Gauld. — Dom Momolle Tassin. — Dom Mathurin de la Haye. — Dom Raphaël Raoullin. — Dom Malo Baoullet. — F. Serge de Briolet. — F. Pierre Amyaut, tous religieux profès de l'ordre de Monsieur Saint Benoist.

1631          : Dom Benoist Laurans, pr. cl. — Dom Estienne Le Grand. — Dom Michel Prion. — Dom Malo Baoullet. — Dom Ildephonse Gravé. — Dom Melaine Le Gauld. — Dom Hilarion Horvais. — F. Serge de Briolet, religieux.

1632         : Dom Maurice Poussignon, pr. cl. — Dom Malo Baoullet, proc. — Dom Estienne Le Grand. — Dom Michel Prion. — Dom Ildephonse Gravé. — Dom Julien Aubert. — Dom Melaine Le Gauld, tous prêtres et religieux profès.

1634         : Dom Innocent Flahault, proc.

1635         : Dom Pierre Amyaut, proc.

1636         : F. Félix Pasquier, pr. cl. — Dom Philibert Tesson, sous-prieur. — Dom Méen Gaspard, prêtre. — F. Charles Rasteau. — F. Eugène Texier. — F. Mathieu Millocheau. — F. Albert Le Fevbvre. — F. Justin Denoual. — F. Bernard Le Tellier, non prêtres.

1637         : Dom Pierre Amyaut, proc.

1640         : Dom Hilarion Horvais, proc.

1642         : Dom Dominique Huillart, pr, cl. — Dom Bernard Planchette, s. pr.

1643         :  Dom Innocent Flahault, pr. cl.

1646         : Dom Jeunade Gaillard, proc. sindic.

1647         : Dom Philibert Costelle, pr. cl. — Dom Malachie Morel, s. pr. — Dom Noël Mars. — Dom Jeunade Gaillard. — Dom Aubin Julienne, prêtres, et F. Remy Bacol, diacre, tous religieux profès.

1648         : Dom Jeunade Gaillard, proc. sindic.

1649         : Dom Olivier Congard.

1650         : Dom Germain Momolin, pr. cl. — Dom Pascal Guérier, proc.

1653         : Dom Félix Pasquier, pr. cl. — Dom Samson Tuffin, s. pr. — Dom Méen Gaspard. — Dom Urbain Vaillant. — Dom Vandrille Le Mercier. — Dom Julien Cohue, tous prêtres.

1654         : Dom Félix Pasquier, pr. cl. — Dom Samson Tuffin, s. pr. — Dom Vandrille Le Mercier, proc. sindic. — Dom Méen Gaspard. — Dom Michel Burgeot. — Dom Charles Le Fevbvre. — Dom Jérôme Apprest, tous prêtres. — F. Gilles de Mouscheron.

1655         : Dom Rorice Gottereau, pr. cl. — Dom Fabien Guy, s. pr. — Don Jean Bardon, cellérier. — Dom Charles Le Febvre, religieux profès.

1656         : Dom Rorice Gottereau, pr. cl. — Dom Fabien Guy, s. pr.

1657         : Dom Rorice Gottereau, pr. cl. — Dom Jean Bardon, cellérier et. proc. — Dom Thimothée Ballyer. — Dom Joseph Aimé. — Dom Yves Guéhéneuc. — Dom René Artur, prêtres. — Frères Julien Turpin. — Julien Bourgonnière. — Noël Bernard. — René Houisnard. — Vincent Destanger. — Jacques Garnier, religieux profès.

1659         : Dom Rorice Gottereau, pr. cl. — Dom Joseph Aimé, proc. — Dom Jean Guihart. — Dom Thimothée Ballyer. — Dom Guillaume Bureaux.

1660         : Dom Rorice Gottereau, pr. cl. — Dom Jean Guihart, s. pr. — Dom Joseph Aimé, cellerier et proc. — Dom Thimothée Ballyer. — Dom Claude Marchant. — Dom Germain Cousin. — Frère Jean Baptiste Miret, chacuns religieux prêtres profès.

1663         : Dom Guillaume Derieux, pr. cl. — Dom François Roussin, s. pr. — Dom Louis Vineau, pr. et cel. — Dom Thimothée Ballyer. — Dom Joseph Anger. — Dom Julien Bertin, prêtres. — F. Mathurin Belhoste, sous-diacre, tous religieux, profès.

1664         : Dom Guillaume Derieux, pr. cl. — Dom Louis Vineau proc. — Dom Thimothée Ballyer. — Dom Joseph Anger. — Dom Antoine Pevroteaux, tous prêtres, religieux profès.

1665         : Dom Guillaume Derieux, pr. cl. — Dom Louis Vineau proc. — Dom Thimothée Ballyer. — Dom Joseph Anger. — Dom François Le Linech. — Dom Antoine Pevroteau.

1666         : Dom Guillaume Derieux, pr. cl. — Dom Julien Turpin, s. pr. — Dom Louis Vineau, proc.

1667         : Dom Arsène Mancel, pr. cl. — Dom Jacques Rouault, proc. — Dom Timothée Ballyer. — Dom Placide Gaudin. — Dom François Filleul. — Dom Estienne Petit. Dom Jean Hermier. — Dom Jacques Devault, tous religieux prêtres profès.

1668-1671 : Arthur de Lyonne, pr. com.

1668         : Dom Arsène Mancel, pr. cl. — Dom Pierre Gauvain, s. pr. — Dom Jacques Rouault, proc. — Dom Timothée Ballyer., — Dom Bernard Jourdan. — F. Gilles du Roset, tous religieux profès.

1669         : Dom Guillaume Derieux, pr. cl. — Dom Pierre Gauvain, s. pr. — Dom Jacques Rouault, proc. — Dom Timothée Ballyer. — Don Jean Grout.

1670-1674 : Jean d'Estrades, ancien évêque de Condom, pr. com.

1670          : Dom Guillaume Derieux, pr. cl. — Dom Léonard Bellemye, s. pr. — Dom François Gingatz, proc. cel. — Dom Jean Grout. — Dom Jacques Rouault. — Dom Jacques Mercent, tous religieux profès.

1671           : Dom Guillaume Derieux, pr. cl. — Dom Pierre Monteau, s. pr. — Dom François Gingatz, proc. cel. — Dom Timothée Ballyer. — Dom Estienne Pothier. — Dom Jean Grout.

1673          : Dom Guillaume Derieux, pr. cl. — Dom François Gingatz, proc. — Dom Louis Le Meignen. — Dom Timothée Ballyer, tous religieux.

1674-1682 : Gabriel Joseph d'Estrades, chevalier, clerc de Paris. pr. com.

1674          : Dom François Gingatz, proc.

1675          : Dom Guillaume Derieux, pr. cl. — Louis Le Meignen, s. pr. — François Gingatz, proc. et religieux profès.

1676          : Dom Thomas Jouveaux, pr. cl. — Don Julien Cohüe, s. pr. — Dom André Le Cousturier, proc. — Dom Henri de Rosnyvinen. — Dom Pierre Bisnesle. — Dom Guillaume Mouézé. — Dom François Jallays. — Dom François Gingatz, tous prêtres.

1677         : Dom André Le Cousturier, proc. cel.

1678         : Dom André Le Cousturier, proc. cel. — Dom François Panageau, proc. cel.

1679         : Dom Guillaume Bureaux, pr. cl. — Dom Michel Lessert, s. pr. — Dom François Panageau, cel. et proc. — Dom Gilles Leszot. — Dom Paul Le Bigot. — Dom Nicolas Aubert, tous prêtres.

1680         : Dom Louis Vineau, proc.

1681          : Dom Guillaume Bureaux, pr. cl. — Dom Jacques Herbert, s. pr. — Dom Louis Vineau, proc. et cel. prêtres et religieux profès.

1683         : Dom Louis Le Meignen, pr. cl. — Dom François Gingatz, s. pr. — Dom Noël Mars, proc. — Dom Nicolas Bouvet. — Dom Philippe Versilly. — Dom Jean Abot. — Dom Gilles du Roset. — Dom Gilles Belestre, tous religieux.

1684        : Dom Pierre Gingatz, pr. cl. — Dom Jean Baptiste Guyon, s. pr. — Dom Noël Mars, tous religieux.

1684        : Dom Louis Le Meignen, pr. cl. — Dom François Gingatz, s. pr.

1685        : Dom Pierre Gingatz, pr. cl. — Dom Jean Baptiste Guyon, s. pr. — Dom Noël Mars, cel. et proc. — Dom Séverin Barbier. — Dom Gilles Leszot. — Dom François Gingatz. — Dom Nicolas Bouvet. — Dom François Boutin, tous prêtres.

1686        : Dom Pierre Gingatz, pr. cl. — Dom Gilles Lémoulnier, s. pr. — Dom Noël Mars, proc. — Dom Séverin Barbier. — Dom Pierre Bisnele. — Dom Gilles Leszot, tous prêtres religieux profès.

1688        : François Gingatz, pr. cl.

1690        : Dom Estienne Badier, pr. cl. — Dom Jacques Laisné, s. pr. — Dom Gilles Leszot, religieux.

1691         : Dom Estienne Badier, pr. cl. — Dom François Compain, s. pr. — Dom Jean Roquet, proc. — Dom Henri de Rosnyvinen. — Dom Pierrre Bisnesle. — Dom Alexis Berthevin. — Dom Gilles Leszot. — Dom Guy Nouail. — F. André Guerineau, tous religieux profès.

1692        : F. Guy Nouail, moine de Léhon.

1693        : Dom Yves Le Gossury, s. pr. — Dom François Gingatz, cel. proc. — Dom Guy Thoumin, cel. et proc.

1694        : Frère Pierre Chevillard, pr. cl.

1696        : Dom Jean Blusson, pr. cl. — Dom Pierre Rioux, s. pr. et proc. cel. — Dom Jacques Rouault. — Dom Bonaventure Prévost. — F. Jacques Bigottière, tous religieux.

1697        : Dom Jean Blusson, pr. cl. — Dom Pierre Rioux, s. pr. — Dom René de la Haye. — Dom Bonaventure Prévost. — Dom Gilles Mahé. — F. Jacques Bigottière, tous religieux.

1699        : Dom Jean Blusson, pr. cl. — Dom Pierre Rioux, s. pr. et proc. — Dom Jacques Laisné. — Dom Julien Brodou. — Dom Pierre Paillon. — Dom Bonaventure Prévost. — Dom Jean Baptiste Louail. — Dom Charles Briand. — Dom Michel Ménard.

1700        : Dom Jean Blusson, pr. cl., et procureur spécial de R. P. Dom Pierre Chevillard, Prieur titulaire.

1701         : Dom Pierre Chevillard, pr. tit. — Pierre Rioux, proc. — Dom Gilles Daën.

1703        : Dom André Le Maistre, pr. cl. — Dom Pierre Rioux, s. pr. — Dom Jean Joseph Lescouflart, proc. — Dom Pierre Bisnesle. — Dom Maurice Prejean. — Dom Michel Ménard. — Dom Bonaventure Prévost, tous religieux profès.

1705        : Dom Pierre Chevillard, pr. tit. — Dom Jean Joseph Lescouflart, proc.

1706        : Dom André Le Maistre, pr. cl. — Dom Pierre Rioux, s. pr. — Dom Jean Joseph Lescouflart, proc. — Dom Pierre Bisnesle. — Dom Urbain Le Blanc. — Dom Pierre Le Blanc. — Dom Pierre Dupont. — Dom René Aubry, tous religieux profès.

1711         : Jean Joseph Lescouflart, proc. cel.

1712         :  Dom Gilles Didon. pr. cl. — Dom Sébastien Trobert, s. pr. — Dom Jean Joseph Lescouflart, proc. — Dom Urbain Le Blanc. — Dom Pierre Rabeau. — Dom Louis Marouil. — Dom Sébastien de la Motte-Fouquet. — Dom Jean Le Mercier, tous religieux.

1714         : Frère Jean Joseph Lescouflart, proc.

1715         : Dom Gilles Didon, pr. cl. — Dom Sébastien Trobert, s. pr. — Dom Jean Joseph Lescouflart, proc. — Dom Urbain Le Blanc. — Dom Pierre Rabeau. — Dom Louis Marouil. — Dom Sébastien de la Motte Fouquet. — Dom Jean Le Mercier, tous religieux.

1718         : Dom Pierre Chevillard, pr. tit. — Dom Léon Le Chevallier, pr. cl. — Dom Jean Joseph Lescouflart, proc. — Dom Jacques Soudain. — Dom Jacques Laisné. — Dom Louis du Bouézic. — Dom Yves de Kermarec. — Dom Julien de la Bouexière. — Dom Urbain Le Blanc. — Dom François Brindejonc, tous religieux.

1719         : Dom Léon Le Chevallier, pr. cl. — Dom Jacques Nicolas Ménoasseau, s. pr. — Dom Julien de la Bouexière, proc. — Dom Jean Joseph Lescouflart. — Dom Pierre Rémon. — Dom Jean Baptiste Le Masson. — Dom François Papion. — Dom Joseph Bertrand Cousin. — Dom Guillaume Jacques Lohier. — Dom Guillaume Rouault. — Dom Joseph Buhigné. — Dom Jacques Laisné. — Dom Louis du Bouézic. — Dom Pierre du Bourdieu. — Dom Charles Le Floch. — Dom Jean François Ernault, tous religieux profès.

1720        : Louis de Bourbon-Condé, prince de Clermont, pr. com. — Dom Martin Corneau, pr. cl. — Dom Claude Mallet, s. pr. — Dom Julien de la Bouexière, proc. — Dom Jean Joseph Lescouflart. — Dom Jacques Laisné. — Dom Jean Sauvat. — Dom Urbain Le Blanc. — Dom Charles Le Floch. — Dom Louis du Bouézic. — Dom Julien Escolan. Dom Pierre du Bourdieu, tous religieux.

1721         : Dom Martin Corneau, pr. cl. — F. Claude Mallet, s. pr. — Dom Julien de la Bouexière, proc. — Dom Joseph Lescouflart. — Dom Jacques Laisné. — Dom Jean Sauvat. — Dom Urbain Le Blanc. — Dom Charles Le Floch. — Dom Louis du Bouézic. — Dom Julien Escolan, tous religieux profès.

1722         : Dom Pierre Chevillard, pr. tit. — Dom Martin Corneau, pr. cl.

1724         : Dom Joseph Joly, pr. cl. — Dom Henry Le Marchand, s. pr. — Dom Guillaume Nicolle, proc. — Dom Mathurin Drouet. — Dom Corentin Le Barzic. — Dom Norbert Lechat. — F. Jean Baptiste Le Masson. — F. Joseph René Cousin. — F. Yves François Bourgonnière. — F. Maurice Arnault. — P. Thomas Renault. — P. François Le Chevallier. — P. Jean Joseph Pohon. — Dom Yves Pohon. — P. Louis Vineau. — P. Jacques Brunel. — Dom Jean Garnier. — Dom Urbain Le Blanc. — Dom Charles Boussery. — Dom Thomas Arnault Lapie. — Dom François Arnault Lapie, tous religieux profès.

1726          : Dom Henry Le Marchand, sous prieur. — F. Charles Boussery.

1727          : Dom Fronçois Barjon, pr. cl. — Dom François Hyacinthe Rolland, s. p. — Dom Corentin Le Barzic, proc. — Dom Jean Joseph Lescouflart. — Dom François Le Moille. — Dom François Rouault. — Dom Jean Guillaume Tarchar. — F. Pierre Guillart. — F. Jean Picquart. — F. Jean Baptiste Bellegarde. — F. Jean Baptiste Barbier. — F. Pierre Martin. — F. Jean Baptiste Degennes. — F. Augustin Maury. — F. Pierre Dussert,  tous religieux profès.

1728         : F. Courtin Le Barzic, proc.

1729         : Dom François Barjon, pr. cl. — Dom Hyacinthe Rolland, s. p. — Dom Louis Lodin. — Dom Louis Marouil. — Dom Nicolas Adam. — Dom Jean Gillet — Dom Mathurin Drouet. — Dom Corentin Le Barzic, proc. , tous religieux.

1730-1731 : Corentin Le Barzic, proc.

1735          : Dom Louis Philippe, pr. cl. — Dom Jean Baptiste Le Baron, s. pr. — Dom Philippe Lanquier, proc. — Dom Charles Bernard. — Dom Jacques Le Juge. — Dom Jean Foubert. — Dom Jacques Marie Lavocat. — F. Guillaume Guillou. — F. Joseph Bryon. — F. Georges Heulley. — F. Hilaire Ratery. — F. François Guery. — F. François Cabarat, tous religieux profès.

1739          : Dom René Even, pr. cl. — Dom Michel Dhoriot, proc. sindic.

1740          : Dom René Even, pr. cl.

1743          : F. René Even, pr. cl. — F. Estienne de Langle, s. pr. — F. A. Hoduin, proc. — F. Bernard Guérin. — F. J. Le Roy. — F. Estienne Jolly.

1744          : F. René Even, pr. cl. — P. Dom Alexis Hoduin, proc. — Dom Guillaume Nicolle. — F. Estienne de Langle. — F. Noël Poulart. — F. Pierre Dibart. — F. Noël Poysant.

1747          : F. A. Hoduin, proc. — F. Noël Eveillard, religieux.

1748          : F. Bruquet, cuisinier de Léhon.

1750          : F. Hoduin. — F. Noël Eveillard.

1751          : F. J. Le Chapelier, s. pr. — Guillemin, bénédictin, — F. Noël Eveillard.

1753-1757 : F. Jean Le Chapelier, proc. — F. Noël Eveillard.

1762          : F. Mathieu Portier.

1766           : Dom Portier, religieux.

1767          : P. Estienne de Langle, dernier prieur claustral. — P. Davy, s. pr. — P. Légault, proc. — P. Jehanneau. — P. Portier. — P. Bourdin.

1767-1769 : P. Baron, procureur du monastère de Léhon.

1770          : Dom Jean Deroy, procureur régisseur du prieuré royal de Léhon, demeurant au Couvent de Saint-Benoist, à Saint-Malo de l'Isle.

1778          : Dom Antoine Quinquet, Grand Prieur de Marmoutier, procureur général à Léhon.

1788          : Dom René Marie, procureur général à Léhon.

 (abbé  Fouéré-Macé).

 

Etat des revenus et charges du Monastère de Léhon en 1777 :

Etat des biens et des charges du monastère de Léhon dont les religieux du dit monastère jouissaient suivant le traité du 16 juillet 1744 fait entr'eux et les religieux de l'abbaye de Marmoutier, à laquelle la manse prieurale du dit Léhon a été unie par décret du seigneur évêque de Saint Malo du 1er décembre 1722, et dont les religieux de Marmoutiers jouissent provisoirement en conséquence des délibérations des deux derniers chapitres généraux : 

Chapitre 1er : DU REVENU.

La maison conventuelle, batimens, jardin ne donnent point de revenu, ils servent à loger le receveur, qui jouit du jardin, les moulins de Lehon avec les prez pourris affermés à Jullien Carillet, huit cent cinquante livres, cy : 850 livres.

Les traits de la Gaudière, Perhou, Tregrit et Trefumel, affermés au sieur Reslou, quinze cent cinquante livres, cy : 1550 livres.

Le trait de Caharel, affermé à Jean Biffard cinq cent livres, cy : 500 livres.

Le trait de Fougeray, affermé au Sr Michel deux cent trente livres, cy : 230 livres.

Le trait de Lehon en Plesder affermé au Sr recteur de Plesder, cent livres, cy : 100 livres.

Baillage et dixme d'Equivy, au Sr de la Chapelle Gorju, quatre cent livres, cy : 400 livres.

La chapelle Trevinale en Treverien affermée au Sr recteur de Tréverien, cent livres, cy : 100 livres.

Le trait des Bois en Treverien affermé à la Dame de St-Gille, trois cent livres, cy : 300 livres.

Les dixmes de St-Qué et Plourhan, affermées au Sr Corbel de Vilnoro, onze cent livres, cy : 1100 livres.

Le moulin du pont au Mans, affermé à Louis Salmon vingt six boisseaux de froment, à six livres le boisseau, cy : 156 livres.

Dixmes de Treveron, affermées à Barthelemy Renault sept cent dix livres, cy : 710 livres.

Le trait des Vaux en Treveron, affermé à Yves Auviel, sept cent vingt cinq livres, cy : 725 livres.

Le trait de Bonabanlt affermé au sieur Solin de la Pirie quatre cent quatre vingt livres, cy : 480 livres.

La dixme de Lehon à la Dame de Gennes, cinq cent cinquantes livres, cy : 55O livres.

Baillage et dixme de St-Queneuc affermé à René Gilbert, deux cent cinquante livres, cy : 250 livres.

Dixme de Caragat, affermée au sieur Ozou des Verries quatre cent cinquante livres, cy : 450 livres.

Dixme de Calorguen, affermée à Antoine Rose, mille livres, cy : 1000 livres.

Dixme d'Evignac affermée à Julien Picault, trois cent vingt livres, cy : 320 livres.

Dixme de Pleugneuc affermée à René Ménard deux cent cinquante livres, cy : 250 livres.

La metairie de St-Nicolas et dixme de Lanvallay affermée à François Rouxel, quinze cent livres, cy : 1500 livres.

Le four banal affermé à François Beslay, deux cent livres, cy : 200 livres.

Le vieux château de Lehon, affermé à Jullien Carillet, vingt une livre, cy : 21 livres.

La métairie de Coamur et la dixme de Trélivan, affermée à la veuve Laurent Pigeay, huit cent livres, cy : 800 livres.

Le trait du bourg d'Evran, affermé au sieur Recteur pour lui tenir lieu de son gros cy pour Memoire le greffe a moitié cy devant affermé soixante livres, cy : 60 livres.

Les prez réservés estimés cent vingt livres, cy : 120 livres.

Le grand Baillage de Lehon montant à cent quarante un boisseaux de froment à six livres : 846 livres.

Le baillage de Trevron montant à quatre vingt trois boisseaux estimé quatre cent quatre vingt dix huit livres, cy : 498 livres.

Le baillage de Coamur, montant à vingt deux boisseaux neuf godets, estimé cent trente six livres dix sols : 136 livres 10 sols.

Le baillage de la ville Gromil, de trois boisseaux neuf godets, estimé vingt deux livres dix sols : 22 livres 10 sols.

Les afféagements et rentes montant à cinquante quatre boisseaux de froment, estimés trois cent vingt quatre livres, cy : 324 livres.

Le baillage de St-Juvat montant à vingt-neuf boisseaux et demy estimés cent soixante dix sept livres, cy : 177 livres.

Sur la dixme de Brusvilly est dû par Mr le Recteur vingt-deux boisseaux de seigle et douze boisseaux de grosse avoine, et par Mlle Chevalier un boisseau, le tout estimés quatre vingt cinq livres dix sols, cy : 85 livres 10 sols.

Il est dû au monastère de Lehon par les sieurs Tregouet et Jean Dérieux de rente constituée, quarante sept livres six sols huit deniers, cy : 47 livres 6 sols et 8 deniers.

Les indemnités et petites rentes en argent montent à cent cinq livres dix sols neuf deniers, cy : 105 livres 10 sols 9 deniers.

Un petit jardin abandonné par Mr le recteur de Lehon lors de son option de la nouvelle portion congrue, et à lui laissé pour six livres, cy : 6 livres.

La dixme et fief de Dinard, affermés à Léon Girard cent soixante livres, cy : 160 livres.

La dixme de St-Enogat aux Srs Lechat et Duruble pour ce qui revient à Lehon, cinq livres, cy : 5 livres.

Baillage et dixme de St-Gerand au sieur La Chapelle Gorju, trois cent soixante dix livres, cy : 370 livres.

La dixme de Plouer affermée à Nicolas Macé trois cents livres, cy : 300 livres.

Le casuel vaut en lods et ventes et aubaines de fief est estimés année commune cinq cent livres, cy : 500 livres.

Total de tout le revenu dont jouissaient les religieux de Lehon, d'après le traité de 1744, et dont les religieux de Marmoutier jouissent provisoirement, seize mille trois cent cinq livres, cinq sols, cinq deniers, cy : Total 163O5 livres 5 sols et 5 deniers.

Chapitre 2 : DES CHARGES.

Les décimes tant pour la manse prieurale que pour la manse conventuelle, deux mille huit cent quatre vingt sept livres dix sols, cy : 2887 livres 10 sols.

Portion congrue au recteur de Léhon cinq cent livres, cy : 500 livres.

On lui paie en outre pour l'acquit du service divin du prieuré, trois cent livres, cy : 300 livres.

Aux sieurs recteur et curé de Lanvallay pour leurs portions congrues sept cent livres, cy : 700 livres.

Aux sieurs recteurs et curé de Trévron pour leurs portions congrues sept cent livres, cy : 700 livres.

Aux sieurs recteur et curé de Calorguen pour leurs portions congrues sept cents livres, cy : 700 livres.

Au Sr recteur du Quiou pour suplement quatre vingt livres, cy : 80 livres.

Srs recteur et curé de Plouer pour contribution à leurs portions congrues quatre vingt trois livres six sols six deniers, cy : 83 livres 6 sols 6 deniers.

Au Domaine pour le vieux château de Léhon : 5 livres.

Pour le luminaire de Calorguen : 8 livres.

Pour les réparations année commune : 800 livres.

Au Sr. Deponhaie pour une rente constituée : 500 livres.

A la Dlle. Mitrie, pour une rente : 300 livres.

Au receveur pour le sol pour livre de la recette de seize mille trois cent cinq livres : 815 livres 5 sols.

Total des charges, huit mille trois cent soixante dix neuf livres, un sol, six deniers, cy : Total 8379 livres 1 sol 6 deniers.

Revenu ..................................  16 305 livres 5 sols 5 deniers.  

Charges ................................... 8 379 livres 1 sol 6 deniers. 

Reste .......................................  7 926 livres 3 sols 11 deniers.

Le revenu montant à seize mille trois cent cinq livres cinq sols cinq deniers, et les charges à huit mille trois cent soixante dix neuf livres un sol six deniers, il suit que le revenu excède la charge de sept mille neuf cent vingt six livres trois sols onze deniers.

Je soussigné receveur des revenus du monastère de Léhon certifie que les états des revenus et des charges de ce monastère cy dessus et des autres parts sont véritables. En loy de quoy j'ai signé. A Lehon ce seize aout mil sept cent soixante dix-sept. Signé : Rimoneau.

Je soussigné cellerier de l'abbaye de Marmoutier fondé de procuration des prieur et religieux de la dite abbaye aux fins de poursuivre auprès de Sa Grandeur Monseigneur l'évêque de St-Malo l'extinction de la manse conventuelle de Léhon et l'union de ses biens droits et revenus à la manse conventuelle des religieux de la dite abbaye certifie que sur le revenu net de l'autre part les religieux de Marmoutier payent les taxes de la congrégation et donnent de grosses assistances à quelques maisons de la dite congrégation : je certifie encore que les états cy dessus et des autres parts dressés par le sieur Rimoneau receveur de Léhon ont été par moi vérifiés et sont sincères et véritables en foy de quoy j'ai signé les dits états pour être joints à la requeste définitive aux fins des dites suppressions et unions à Léhon le dix huit aout mil sept cent soixante dix sept. Signé : F. de Sageon, fondé de procuration (Archives d'Ille-et-Vilaine).

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