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Napoléon III et son voyage en Normandie et en Bretagne (en 1858).

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Charles Louis Napoléon Bonaparte, né à Paris le 20 avril 1808 et mort à Chislehurt, Kent, le 9 janvier 1873, neveu de Napoléon, connu comme Napoléon III a été à la tête de la France de 1848 à 1870 ; d'abord comme président de la République puis comme empereur des Français. María Eugenia Ignacia Agustina de Palafox-Portocarrero de Guzmán y Kirkpatrick, marquise d’Ardales, marquise de Moya, comtesse de Teba, comtesse de Montijo (dite Eugénie de Montijo) ; née le 5 mai 1826 à Grenade et décédée le 11 juillet 1920 au palais de Liria à Madrid, est une personnalité politique française d’origine espagnole. Épouse de Napoléon III, empereur des Français, et donc impératrice des Français du 29 janvier 1853 au 4 septembre 1870.

L'empereur Napoléon III. L'impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III.
     

Note : Appelé par l'Empereur à l'honneur insigne d'accompagner Sa Majesté dans le voyage de Bretagne et de Normandie, nous venons raconter les faits dont nous avons été l'heureux témoin.

Quand nous reportons notre souvenir vers ces journées mémorables, il nous semble que depuis le départ jusqu'au retour il n'y ait eu sur le passage des Souverains qu'une acclamation prolongée, qu'un seul berceau triomphal : aussi le renouvellement quotidien des mêmes faits, des mêmes cérémonies, des mêmes démonstrations d'enthousiasme, et cela pendant vingt jours, amène nécessairement dans ce volume de fréquentes répétitions. Il était impossible qu'il en fût autrement. Cependant, chaque fête a son cachet, son caractère special : Cherbourg et Sainte-Anne d'Auray, Brest et Rennes, Caen et Saint-Brieuc ont chacun leur physionomie à part, et, dans l’uniformitè du voyage, il est une variété que nous avons essayé de conserver.

Naturellement, dans le cours d'un récit assez sérieux pour que la personnalité de l'écrivain doive disparaître, il ne nous sera pas permis de narrer ces détails intimes que la curiosité du lecteur aime pourtant à connaître, et que sont loin d'être dépourvus d'intérêt quand ils se rattachent à un fait historique important. Ces détails peuvent trouver place dans une espèce d’introduction, ou il est loisible à l'auteur de se laisser aller au courant de ses souvenirs, et de les retracer à son aise cominé ils se présentent à sa pensée.

Le voyage de Bretagne préoccupait depuis longtemps les populations de la vieille Armorique ; il y a plusieurs années déjà, il en avait été question dans le pays : on parlait d'un voeu fait par l'impératrice à sainte Anne, patronne des Bretons ; on parlait d'une visite de l’Empereur au port de Brest, et plus tard, lors de l'inauguration du chemin de fer de Rennes, on annonça comme certain que l'Empereur assisterait à cette cérémonie. On sait que les circonstances empêchèrent Sa Majesté de s'y rendre et qu’avec, le tact exquis dont Elle fait preuve dans tous ses actes, Elle envoya à sa place un ministre (M. Billault, alors ministre de l'intérieur), fils de la Bretagne et ancien élève de l'école de droit justement renommée de Rennes. Peut-être devons-nous nous féliciter de l'absence de l'Empereur à l'inauguration de la ligne des chemins de fer de l'Ouest : sans entrer dans le coeur de la Bretagne, Sa Majesté y eût été néanmoins entourée des députations de tout le pays, et peut-être eût-elle retardé son excursion à travers nos landes et nos bruyéres.

Ce n'était pas chose facile en effet que d'entreprendre un voyage d'apparat dans le Finistère, le Morbihan et les Côtes-du-Nord (aujourd'hui Côtes-d'Armor) : les routes se sont bien améliorées depuis vingt ans, les communications sont devenues plus aisées ; mais que de retards cependant causés par ces montagnes qu'il faut gravir sans cesse et qui, offrant au touriste de curieuses perspectives, sont pour le voyageur pressé d'arriver au but l'occasion d'interminables lenteurs ! Il fallait, pour préparer le voyage en Bretagne, étudier la topographie du pays, prévoir et déterminer les temps d'arrêt et régler tout à l'avance avec une exactitude presque mathématique : c'est ce que fit le général Fleury, premier écuyer, aide de camp de l'Empereur, chargé de présider à tout ce qui concernait le voyage. Par ses soins et ceux du baron de Verdières, son aide de camp, un album curieux et intéressant fut rédigé. En tête, on trouve une carte générale des lieux visités par Leurs Majestés avec l'indication du trajet impérial ; puis, à chaque journée de voyage, deux pages doubles sont consacrées : sur la première, à côté de la carte géographique du parcours quotidien, un tableau synoptique présente le nom des villes et des bourgs que l'on doit traverser, avec leur population, la distance qui les sépare, le temps du repos, l'heure précise du départ, et quelques notions historiques et statistiques, utiles à consulter en passant dans les diverses localités ; sur la seconde page, les fêtes et cérémonies qui doivent s'accomplir, les réceptions, les visites de monuments ou d'établissements publics sont réglées heure par heure ; tout est prévu, et tout s'est passé pendant le voyage dans l'ordre ainsi parfaitement déterminé à l'avance. Cet album était relié richement en maroquin vert, lithographié, et avait pour titre : Voyage de Bretagne, 1858. L'Empereur avait fait préparer en outre trente notices spéciales sur les principales villes de Bretagne et de Normandie : elles contenaient la topographie, la statistique et l'histoire de ces villes.

Sa Majesté a daigné nous remettre de Sa main ces cahiers qu'Elle avait lus pendant le voyage, et nous les conservons comme un souvenir précieux de la bienveillance impériale.

Pendant que le général Fleury organisait à Saint-Cloud l'ensemble du voyage, le baron Morio-Delille, maréchal des logis du Palais, se rendait dans toutes les villes de séjour pour y présider sur place à l'organisation des détails, et faire préparer les appartements destinés aux Augustes Voyageurs et aux personnes de Leur suite. Les esprits étaient tellement occupés de l'arrivée prochaine de Leurs Majestés, que la présence du baron Morio-Delille était presque un événement : on s'en entretenait on l'annonçait dans les journaux des localités ; en ces temps, le plus petit détail relatif au voyage était recueilli avec une avidité extraordinaire. — Le personnel de la domesticité nécessaire pour le voyage était très-nombreux : il y avait les chefs courriers, chargés de diriger les marches et tout ce qui concérnait les bagages ; les courriers, les estafettes, les piqueurs, qui remplissaient divers services prescrits par l'étiquette ; les huissiers de Cabinet et les chefs d'emploi qui ont sur le reste de la livrée une certaine autorité et en même temps une certaine responsabilité. Les incidents du voyage démontraient qu'il n'y avait personne de trop, et chacun avait à s'occuper d'une portion de service nettement déterminée.

Les plus hauts dignitaires de la suite de Leurs Majestés dans le voyage étaient LL. Exc. Mme la Princesse d'Essling, grande maîtresse de la Maison de l'Impératrice, et le grand maréchal du Palais qui, d'après l'étiquette de la Cour, ne doit jamais quitter la personne de l'Empereur : c'est le maréchal Vaillant, ministre de la guerre et membre de l'Institut, qui est revêtu de cette dignité ; le peuple contemplait avec respect ses traits vénérables On était heureux aussi en Bretagne de voir à côté de Leurs Majestés le maréchal Baraguey d'Hilliers, dont la cordiale aménité et la franchise toute militaire avaient gagné tous les coeurs lorsque, peu de semaines avant le Voyage Impérial, il avait parcouru les villes qui dépendent de son commandement supérieur. Avec le général Fleury, l'Empereur avait pour aide de camp de service M. Niel, général de division du génie dont la science et l'activité ont rendu tant de services en Crimée. M. Mocquard, l'éminent chef de Cabinet de l'Empereur, accompagnait Sa Majesté à Cherbourg, et assistait aux fêtes de Rennes : sa santé et ses importantes occupations ne lui avaient pas permis de suivre dans son entier le voyage de Bretagne. L'Impératrice avait deux dames du Palais, Mme de La Bédoyère, et Mme de Lourmel, veuve du général breton qui succomba glorieusement sous Sébastopol : enfin, deux chambellans, deux officiers d'ordonnance et le médecin de l'Empereur, M. Jobert de Lamballe, illustre enfant de la Bretagne complétaient le personnel de la Cour.

L'empereur Napoléon III, sa femme Eugénie et leur fils. L'empereur Napoléon III et son fils.

Le voyage a eu trois physionomies bien distinctes, selon qu'il a été accompli en chemin de fer, à bord des vaisseaux de l'escadre, ou en chaise de poste sur les routes poudreuses de la péninsule armoricaine. Avec le chemin de fer, rien d'imprévu, si ce n'est les accidents qu'on ne prévoit, hélas ! jamais ; le pittoresque n'existe plus, c'est l'uniformité qui régne : on va vite, on s'arrête aux stations, on reprend une marche rapide, et les populations qui se groupent le long de la haie ont à peine proféré leurs vivat, que le train a disparu. Mais, dans les voyages solennels comme celui-ci, le chemin de fer présente cet avantage que l'on est toujours à portée de tout voir : tout le monde en effet est réuni, c'est le même train, et dans les salons des wagons on a l'agrément inappréciable de la bonne compagnie. Ainsi, de Paris à Cherbourg, nous voyagions avec M. Piétri, l'un des secrétaires du Cabinet, M. Amyot, directeur du telegraphe de Sa Majesté, l'inspecteur général des résidences impériales, et plusieurs représentants distingués de la presse parisienne et étrangère.

En Bretagne, point de chemin de fer : l'aspect du voyage change complètement : voici les chaises de poste, les postillons, les chevaux, la poussière, le mouvement des relais et les divers incidents des voyages d'autrefois. Mais en revanche, la curiosité légitime, et respectueuse, du peuple est satisfaite : son enthousiasme trouve le champ libre. Faites monter l'Empereur en chemin de fer de Brest à Rennes et vous supprimez cette foule joyeuse qui se presse sous les chevaux, sous les roues, qui assiége pendant des lieues entières les portières de la voiture, et qui, arrête l'Impératrice à chaque pas pour lui demander où est l'Enfant ! Ayez donc la vapeur, et vous supprimez ces cavalcades bretonnes que encombraient les routes et qui allaient et venaient sans relâche autour des Souverains, et vous enlevez à cette merveilleuse pérégrination son cachet, son caractère et son triomphe.

En mer, le temps était magnifique : c'était la paix, c'était le calme d'une admirable nature succédant au bruit tumultueux des flots populaires qui, un instant auparavant, s'agitaient sur les places et sur les quais de Cherbourg : et quel ravissant spectacle que celui de la marche de l'escadre ! nous l'avons décrit en son lieu. Nous étions à bord de l'Arcole, vaisseau à hélice de 90 canons : à cinq cents mètres de nous était la Bretagne, et cinq cents mètres c'est, en mer, une distance peu appréciable. Aussi de la dunette ou même du carré des officiers, qui était le lieu de réunion des passagers de la Maison de l'Empereur, nous distinguions parfaitement ce qui se passait sur le vaisseau-amiral, et quand les sabords étaient ouverts, l'oeil plongeait dans les appartements splendidement éclairés qui étaient destinés à Leurs Majestés. Sur l'Arcole, nous recevions, de la part du commandant Fabre de La Morelle, homme du monde autant qu'habile marin, l'hospitalité la plus aimable : les officiers du vaisseau se mettaient à notre disposition pour nous rendre agréable notre court séjour dans leur ville flottante, et nous ne pouvons oublier la grâce exquise avec laquelle MM. Hanès et de Bizemont, l'un enseigne et l'autre aspirant, nous ont fait visiter tous les détails curieux et compliqués d'un vaisseau de guerre.

Nous dirons dans le cours du récit que l'Empereur, pendant la traversée, a travaillé avec l'amiral Hamelin et rendu des décrets : partout et tous les jours de ce voyage si pénible, l'Empereur travaillait. Il ne suffit pas que Napoléon III ait la vaste intelligence que ses ennemis eux-mêmes lui reconnaissent, il faut encore qu'il ait, comme son oncle, une santé que rien n'altère, pour s'occuper à la fois de tant de choses et les traiter toutes avec le même calme et le même soin. Chaque jour de nombreuses dépêches arrivaient à Sa Majesté, et les intervalles qui s'écoulaient entre les cérémonies officielles, les réceptions, les audiences et les visites des villes, ces intervalles si courts qui laissaient à peine quelques minutes de repos après tant de fatigues étaient consacrés par l'Empereur à l'étude des questions d'intérêt local pour la solution desquelles il ne voulait rien négliger. Le matin, de très-bonne heure, le Souverain aimait à parcourir les environs des villes où il avait reposé quelques instants ; et c'était avec une joie véritable que le peuple, dans la journée, racontait les excursions matinales de l'Auguste Voyageur. Le peuple était fier de la familiarité pleine de confiance avec laquelle, en toute circonstance, l'Empereur et l'Impératrice se mêlaient à ses rangs pressés : il est certain que jamais le contact n'a étà plus intime et plus fréquent entre le Souverain et le peuple que dans les journées de Napoléonville, de Saint-Brieuc et de la revue de Rennes. Là, pas de gardes, pas d'escorte, plus même de dignitaires de la Cour autour des Augustes Personnes : c'était un véritable pêle-mêle d'autant plus admirable qu'on sentait qu'il n'avait point pour but la recherche de cette fausse popularité à laquelle Napoléon III n'a jamais sacrifié.

Pour nous, qui avons assisté dans les meilleures conditions à ces scènes sans cesse renouvelées d'enthousiasme et de dévouement, nous en conserverons toujours le souvenir : nous y joindrons un sentiment de vive reconnaissance pour l'honorable comte de Champagny, député des Côtes-du-Nord, pour M. le comte Rivaud de La Raffinière, préfet du département, dont l'influence puissante et amie a contribué à attirer sur nous les regards d'une auguste bienveillance. Il nous sera surtout impossible d'oublier jamais dans quels termes pleins de bonté Sa Majesté daigna nons exprimer à Rennes Sa satisfaction de nos humbles efforts : « Êtes-vous bien fatigué, nous disait-Elle, vous qui n'avez pas l'habitude de semblables voyages ? Je vous remercie de la peine que vous vous êtes donnée pour Moi ; et encore : vous êtes de Saint-Brieuc, n'est-ce pas ? J’ai été particulièrement touché de la réception qui M'y a été faite ».

De semblables paroles restent gravées dans le coeur toute la vie : elles sont une douce récompense des travaux consacrés à la cause du bien, à la cause du pays.

L'empereur Napoléon III, l'impératrice Eugénie et leur fils.

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Voir   Voyage de Napoléon III en Bretagne " Voyage de Napoléon III à Cherbourg. "

Voir   Voyage de Napoléon III en Bretagne " Voyage de Napoléon III à Brest. "

Voir   Voyage de Napoléon III en Bretagne " Voyage de Napoléon III de Brest à Lorient. "

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Voir   Voyage de Napoléon III en Bretagne " Voyage de Napoléon III de Saint-Brieuc à Rennes. "

Voir   Voyage de Napoléon III en Bretagne " Voyage de Napoléon III à Rennes. "

Voir   Voyage de Napoléon III en Bretagne " Voyage de Napoléon III à Saint-Cloud. "

Au REVOIR ! c'était le dernier cri poussé à Rennes par les représentants de la Bretagne au moment du départ de Ceux que les populations enthousiastes de cette province fidèle avaient portés en triomphe pendant quatorze jours. AU REVOIR ! c'était le résumé de toutes les acclamations qui avaient retenti sur les rivages de l'Armorique, autour des dolmens de l'antique Morbihan, au milieu des bruyères du Finistère, sur les landes et les collines des Côtes-du-Nord [Note : aujourd'hui Côtes-d'Armor], le long des vergers de l'Ille-et-Vilaine ; AU REVOIR ! c'était bien la pensée du peuple tout entier qui venait de traverser des jours de bonheur, et qui se complaisait dans l'espoir, confirmé par la parole impériale, d'éprouver encore avant peu d'années ces mêmes émotions qui l'avaient enivré et auxquelles il s'était abandonné avec l'entrain de sa nature franche et dévouée. Ennemie des nouveautés, se défiant avec raison des tentatives gouvernementales dont notre âge a plusieurs fois contemplé le triste spectacle, la Bretagne, depuis de nombreuses années, était restée à l'écart, fatiguée des luttes inutiles du passé. Ce pays monarchique, et, avant tout, fidèle à la foi chrétienne, source inépuisable de tant d'héroïques dévouements, semblait attendre qu'il plût à Dieu de relever en France le prestige de l'autorité et de reconstruire l’édifice que les passions révolutionnaires avaient détruit de fond en comble. Un jour, au milieu d'une nation qui flottait à tous les vents comme un navire sans pilote, un homme, issu du sang du Maître du monde, se leva, et, avec une audacieuse confiance, il dit : « Je demande à tenir le gouvernail, la France ne périra pas entre mes mains » [Note : Paroles du Président de la République dans un discours]. La Bretagne, incertaine encore parce qu'elle ne l'avait pas vu à l'oeuvre, leva les yeux au ciel, comme pour chercher une inspiration, et, conduite par ses évêques, elle donna ses suffrages au nom de Celui que la Providence avait fait sortir de l'exil. Bientôt, elle reconnut que ce n'était pas un nom, mais un homme que la France avait élevé sur le pavois.

Entouré de mille obstacles, pressé par un pouvoir rival qui lui disputait une à une Ses prérogatives, entravé dans l'exécution de Son oeuvre par une loi faite contre lui, le Prince, malgré les obstacles, malgré les calomnies, arme odieuse des partis, marchait avec le calme du droit et de la force au but que la France elle même, par les voeux de ses conseils généraux, indiquait à Son zèle : il fallait replacer la pyramide sur sa base, il fallait, une fois pour toutes, rassurer les bons et faire trembler les méchants. Le Prince avait su mettre Dieu de Son côté : il avait rendu à l'Église la liberté dont elle a besoin pour faire le bien dans le monde, il avait honoré ses pontifes, respecté ses usages, favorisé son enseignement, pendant que Ses armées rétablissaient à Rome le chef vénéré des fidèles; les honnêtes gens étaient pour Lui, et quand un jour, puisant dans la nécessité suprême du salut du pays une détermination vigoureuse, Il eut fait rentrer dans la poussière les ambitieux, aveugles pour la plupart, qui s'apprêtaient à diviser la France pour s'en disputer bientôt les lambeaux, la Bretagne, qui respirait enfin, acclama avec reconnaissance celui que l'Europe entière proclamait, son sauveur.

Bientôt l'aurore de l'Empire se leva ; on se le rappelle, à cette époque, ce fut comme par un instinct d'enthousiasme en même temps que de conservation que la France releva la monarchie dans la Dynastie populaire des Bonaparte. La Bretagne partagea cet enthousiasme, elle donna à l'Empire l'unanimité de ses suffrages, et en cela, elle était conséquente avec son passé de fidélité traditionnelle. En effet, le principe tutélaire de l'hérédité monarchique, plus nécessaire encore aux Etats populeux et civilisés qu'aux nations qui commencent, était l'objet de la foi antique des Bretons ; mais à qui l'application pouvait-elle en être faite ? Il fallait que la monarchie restaurée, pour présenter quelques garanties de stabilité et d'avenir, en mêtre temps qu'elle prenait dans le coeur même du pays ses puissantes racines, fût visiblement dans les desseins providentiels de « Celui qui veille sur le plus humble foyer domestique comme sur les plus hautes destinées des empires » [Note : Paroles de l'Empereur, dans le discours de Rennes]. Le droit divin et le droit national, ces deux grandes sources du pouvoir qui doivent toujours couler de concert, se trouvaient associées dans l'élévation de Napoléon III au trône.

Le droit divin, c'est la manifestation de la volonté de Dieu par les événements. Dieu permet le mal, mais il veut le bien : et si des événements qui ont à la fois le caractère du juste, de l'utile, du bien et de l'imprévu, se succèdent et s'enchaînent merveilleusement, il faut croire que c'est Dieu qui parle, ou bien admettre l'étrange théorie de ceux qui prétendent qu'il n'y a pas de Providence. Or qui prévoyait il y a dix ans les splendeurs de l'Empire ? Qui, après les angoisses des jours passés, ne regarde les faits accomplis comme un salut et une délivrance ? On peut conserver des regrets, des souvenirs, des respects qui honorent ; mais qui peut, sans frémir, envisager l'abîme où nous tombions sans l'Empire ? Quelques esprits malveillants diront : « Mais, ce n'était pas le seul moyen de salut ; Dieu pouvait faire autre chose ». Sans doute, mais l'a-t- il- fait ? Il ne s'agit pas de s'égarer dans le domaine des chimères. Le droit national c'est une source de l'autorité : c'est le devoir qui incombe à toute société civilisée de se créer un gouvernement, quand les malheurs du temps l'ont conduite à l'anarchie ; c'est le devoir de se choisir un chef, auquel la génération présente confie ses droits et ses intérêts, et dont elle lègue la race aux générations futures comme une garantie de repos et de bonheur.

Issue de la Révolution qu'elle a écrasée, comme le soleil sort des ténèbres qu'il dissipe et qu'il chasse, la Dynastie des Bonaparte semblait répondre à tous les besoins du siècle, et à ces instincts profonds d'égalité qu'on peut diriger vers le bien, mais qu'on n'arrachera jamais du cœur des peoples : elle est puissante, parce qu'elle n'a d'autre passé que la gloire et la grandeur ; elle est forte, parce qu'elle sort des entrailles mêmes de la nation, et que, selon l'expression d'un magistrat breton bien inspiré, « L'Empereur, c'est nous, dit le peuple : nous, c'est Lui » [Note : Allocution du maire de Saint-Brieuc à l'Empereur]. Comment les populations armoricaines, soumises et indépendantes tout à la fois, n'eussent-elles pas accueilli avec la plus vive sympathie un gouvernement vraiment populaire, appuyé sur les trois forces vives de la société : sur le paysan, dont les sueurs la font vivre ; sur le soldat, dont la mâle et modeste vertu la défend et la maintient ; sur le prêtre, qui élève jusqu'au delà de cette patrie d'un jour ses immortelles et consolantes espérances ?

Aussi il n'y a pas lieu de s'étonner des démonstrations enthousiastes auxquelles le clergé et le peuple se livraient à l'envi sur le passage de Napoléon IIII : et, qu'on ne s'y trompe pas, il n'y avait, dans ces acclamations, aucune arrière-pensée. Ce n'était pas par haine du passé qu'on honorait le présent ; le passé a eu ses gloires, il a ses souvenirs chers aux coeurs des Bretons, souvenirs presque nationaux pour un pays où la royauté tombée trouva ses derniers et ses plus fidèles défenseurs. Ce n'était pas non plus, comme on l'a dit, par libéralisme que l'on criait : Vive Empereur ! On a entassé trop de ruines au nom de la liberté sur le sol de la vieille Armorique, pour que, l'on y aspire à une autre liberté qu'à celle dont l'Empereur nous fait jouir ; à cette liberté du bien, dont l'homme qui pense, dont le citoyen honnête ressent seulement le besoin. Ce qu'on acclamait dans l'Empereur, c'était d'abord le Souverain catholique, le Souverain qui prie, qui s'agenouille dans les temples, qui sait prononcer le nom de Dieu ; puis c'était le MAÎTRE ; non pas le fantôme assis dans un fauteuil, qui, pour parler et pour agir, implore la grâce de quelques avocats délibérants, mais le MAÎTRE qui pense, qui veut, qui commande, qui exécute, et qui tient dans Sa main puissante les rênes de Son Empire.

Ce que la Bretagne acclamait dans l'Empereur ; ce n'était pas seulement l'Homme, le Souverain, le Maître, c'était encore et surtout le Chef d'une Dynastie, le Père de l'Enfant de France, espérance de l'avenir : l'enthousiasme des populations était plus raisonné peut-étre qu'il n'était spontané. Et quand le peuple donnait à l'Impératrice les témoignages si évidents d'un amour dévoué, ce n'était pas seulement à la femme radieuse de beauté et de douceur, à la bienfaitrice des pauvres, à la pieuse Souveraine, que s'adressaient ces hommages : c'était à la Mère du Prince Impérial. Le nom de l'Enfant était sur toutes les lèvres, dans tous les coeurs : c'est que l'Empereur, en définitive, c'est le présent, mais son Fils, c'est le gage du bonheur futur des générations. Sur le berceau où les rêves de l'innocence bercent le Fils de César reposent les espérances des chrétiens bretons ; ils souhaitent de toute l'ardeur de leurs âmes, et ils demandent dans leurs prières que la monarchie impériale ne soit pas seulement une tréve de Dieu, une halte entre deux monarchies, mais le repos de la patrie et la tombe à jamais scellée de la Révolution.

C'est pourquoi ils criaient : Au REVOIR ! C'est pourquoi ils adressaient aux Souverains de naïves et touchantes questions sur l'Enfant ; c'est pourquoi ils seraient heureux de Le voir bientôt parcourir leurs bruyères. Le passé répond de l'avenir, et c'est au peuple fidèle à son Dieu et à son roi que le Souverain pourrait confier sans crainte les destinées de Son Enfant.

 

BOUQUET POÉTIQUE.

Pendant le voyage de Leurs Majestés en Normandie et en Bretagne, de nombreuses pièces de vers Leur ont été remises. Les limites de ce volume ne nous permettraient pas de les insérer toutes : il nous serait d'ailleurs difficile de faire un choix, car si elles ne s'élèvent pas toutes à la même hauteur comme oeuvre poétique, du moins elles respirent à un égal degré le dévouement à la personne des Souverains et aux institutions impériales. Nous citerons seulement les noms des poëtes qui nous ont fait remettre leurs compositions.

A Caen, M. Leflaguais, écrivain qui jouit d'une réputation méritée, a composé une Ode à l'Empereur.

A Cherbourg, un hymne en l'honneur de Leurs Majestés et du Prince Impérial, exécuté par la Société de Sainte-Cécile, a été composé par l'un des orphéonistes de la ville ; M. Eugène Roch a chanté la Journée du 7 août, célèbre par l'inauguration du bassin Napoléon III.

En Bretagne Duseigneur, bien connu par ses Ducs bretons et d'autres oeuvres remarquables, salue en beaux veri l'entrée de l'Empereur à Brest, et, après avoir énuméré, les merveilles enfantées par Napoléon III il dit :

C'est ainsi qu'aux rayons de leur génie écloses,
Sous les Napoléons se font les grandes choses.
Leur esprit créateur ne sommeille jamais.
Dieu qui leur confia, comblant notre espérance,
La gloire, le bonheur, l'avenir de la France,
Les fit forts dans la guerre et féconds dans la paix !

M. Mauriès, sous-bibliothécaire de Brest, décrit dans une Ode à Leurs Majestés les bienfaits que Brest attend de la visite impériale.

Tu fatiguas longtemps, fille du vieux Neptune,
Les oreilles des rois de ta voix importune :
Noble cité de Brest, assise au bord des eaux,
Napoléon, des mers franchissant l'intervalle,
Veut que parmi tes soeurs tu brilles sons rivale,
Et que ta rade, enfin, s'emplisse de vaisseaux.

M. Auguste Lecat adresse aux Souverains sous ce titre : Hommage des Brestois à Leurs Majestés, une cantate pleine de verve qui respire les meilleurs sentiments.

Enfin, M. G. Milin, célébre en vers bretons l'arrivée des Augustes Hôtes de la vieille Armorique, et il s'écrie :

Na petra roimp d'hoch evit digemer mad,
Impalaer a Vro-C'hall hag Impalaerez,
A zo evit ann holl ker braz ho trugarez ?
Kement zo ac’han-homp : hor c'haloun hag hor gond.
.............
Evit ar gwir Brinsed
Mignouned Breiz-Izel,
Ann Tad, ar Vam a bed,
Ar Map a var mervel.

[Note : « Empereur et Impératrice des Français, Vous, dont la sollicitude s'étend à tous, que Vous donnerons-nous pour Votre bienvenue ? Ce que nous avons : notre coeur et notre sang. Nous sommes une race pauvre mais forte ; placés sur des rochers à l'extrémité du monde, contents au milieu de nos peines, courageux dans les combats, nous aimons, d'un amour sans égal, notre pays, notre langue bretonne, le Seigneur Dieu du ciel et nos Princes de la terre. — Pour les Princes, vrais amis de la Bretagne, le fils meurt, le père et la mère prient sans cesse »].

A Quimper, M. P. C. P. Duval, auteur de Jeanne d'Arc et de plusieurs compositions dramatiques, a composé une ode remarquable à la Bretagne où il parcourt l'histoire de l'antique province et trouve dans son passé les raisons de son amour pour le Souverain catholique qui vient la visiter. M. Ch. Rabot intitule : l'Empereur et l'Impératrice en Bretagne, un appel chaleureux à tous les coeurs dévoués à la France, et une prière à l'Empereur qui semble l'écho des voeux de tous :

Oh ! revenez ensemble, et qu'il Vous accompagne
Le précieux Enfant que tous nous adoptons.
Dites-Lui quel accueil Vous a fait la Bretagne ;
Comment savent aimer Vos fidèles Bretons
.

Le peuple, en dansant sur les places de Lorient, chantait une chanson composée pour la circonstance sur un air bien connu dans le pays. Dans la même ville, la présence de Leurs Majestés avait inspiré plusieurs poëtes : l'un d'eux, M. Le Godec, ouvrier typographe, avait dédié aux Souverains un véritable poëme intitulé Armoricaine.

A Lorient encore, un autre poëte dont le nom, nous le regrettons, nous est inconnu, fait parler la Bretagne à l'Empereur; elle raconte les impressions qui l'agitèrent au bruit des prodiges de nos temps :

Puis, le peuple inspiré Te mit sur le pavois :
Les factions soudain demeurèrent sans voix ;
Sous Ton pied vigoureux s'écroula leur puissance ;
La France étincela de gloire et de splendeur…
Et je sentis alors pour Toi la même ardeur
Que pour nos anciens rois de France.
Et Ton Fils nous est né !...

Puis, sous le titre l'Ouvroir, le poëte trace le tableau de ces asiles où la charité du christianisme élève les jeunes enfants du pauvre, et que l'Impératrice protége avec une affection maternelle : sous sa plume, ou plutôt sous son pinceau, se groupent les plus charmants détails.

Nous avons publié dans le cours du récit le cantique chanté à Sainte-Anne d'Auray, et le compliment en vers récité par un élève du petit séminaire, en l'honneur du Prince Impérial : la simplicité chrétienne, le dévouement pieux et naïf à la monarchie légitime sont les plus belles qualités de ces œuvres, qui méritaient de trouver place au milieu des splendeurs des réceptions impériales.

Dans les Côtes-du-Nord [Note : aujourd'hui Côtes-d'Armor], c'est par un hommage poétique à l'Impératrice Eugénie que Leurs Majestés ont été accueillies ; un habitant de Loudéac en était l'auteur. M. Alph. Gautier, d'Uzel, a adressé une charmante pièce de vers à l'Empereur, où il rappelle avec bonheur l'effet produit, il y a dix ans, sur les populations, par le nom de Napoléon :

Ce nom que bégayait notre enfance craintive - Aux jours de gloire et de danger, - Ce nom qui tint vingt ans la patrie attentive - Et faisait pâlir l'étranger !

La ville de Saint-Brieuc a eu pour interprète M. J. M. Ernault, qui, dans une ode où la pureté de l'expression s'allie à la noblesse du sentiment, présente aux Souverains les hommages et les voeux de la cité. M. Luzel, maître répétiteur au lycée de Nantes, dans une composition en langue bretonne, dialecte de Tréguier, suppose qu'Armor, le type de la vieille péninsule, couché dans la Plaine de Carnac où, sur son corps, a germé une forêt de menhirs, entend quelquefois le pâtre murmurer dans ses chants les noms illustres de du Guesclin, Nomenoé, Arthur ! « Mais ils sont morts, ces héros ! dormons, dit Armor, je ne les attends plus ». Mais voilà qu'à l'Occident le flot dépose sur les grèves le vaisseau de Napoléon : Armor se lève, il a reconnu le Maître, en Lui se personnifient toutes les grandeurs passées.... « Que faut-il faire, dit la Bretagne ? Faut-il courir sus aux Anglais ? - Non, répond le héros : à bas épée d'acier, fusil et penn-baz, Je suis le Roi de la paix ! quand Je reviendrai sur vos rivages, au lieu de landes et de bruyères, Je veux voir partout comme une mer d'épis jaunissants ». Suivent les louanges de l'Empereur.

A Saint-Brieuc encore, un poëte, qui a exprimé le désir de rester inconnu, a eu le bonheur de voir accueillies avec grâce et bonté par l'Impératrice quelques inspirations poétiques relatives au voyage impérial ; et M. Roussel, juge de paix de Bégard, a également adressé aux Souverains, par l'intermédiaire de l'historiographe, un hommage poétique qui décèle à la fois le talent et les sentiments de son auteur.

A Rennes, M. E. Delatouche a souhaité, dans un compliment en vers, la bienvenue aux Augustes Visiteur s; M. d'Armont, juge de paix à Hédé, dans des couplets spirituels et ingénieux, a résumé les impressions du voyage impérial ; il dit en terminant :

Ils étaient trois, car le Fils de la France
Est, quoique absent, près d'Eux en tous endroits :
Nous le voyons des yeux de l'espérance ;
Oui pour nos cœurs, et malgré l'apparence,
Ils étaient trois !

Revenez-nous, Vous que la Bretagne aime,
Dans deux ans, Sire.... et qui l'a dit ? C'est Vous !
Puis revenez dix, vingt fois, cent fois même,
Et nous dirons encore à la centième :
Revenez...nous !

Enfin, l’inspecteur primaire de Redon, M. Pol, adresse à l'Empereur et à l'Impératrice un poëme sur les salles d'asile. Il débute par ces paroles remarquables :

Sire,
Depuis le Béarnais, dont Renne a vu la gloire,
Rien d'aussi grand que Vous n'a paru dans ces lieux :
De Henri Quatre encor nous aimons hi mémoire ;
Mais nous ne serons plus jaloux de nos aïeux.

Après la dédicace à l'Impératrice à qui le poëte dit :

En Votre jeune lits aimant toute l'enfance,
D'un code maternel vous dotâtes la France
.

il trace le tableau de cette réunion de petits enfants sur lesquels veille avec amour la fille de Vincent de Paul : puis changeant de rythme ; il adresse à ces jeunes creatures les strophes suivantes, bien dignes de clore ce livre :

Hôtes charmants du même nid,
Vous qu'on chérit, aimez de même,
Jésus l'a dit : Dieu veut qu'on aime !
Les coeurs aimants, Dieu les bénit.

Aimez, enfants, votre patrie,
Le doux pays de vos aïeux !
A la France soyez pieux ;
Dieu permet cette idolâtrie.

Vous grandirez, vous serez hommes :
La vie a de rudes sentiers ;
Quand vous serez nos héritiers,
Soyez meilleurs que nous ne sommes !

Vous grandirez.... avec horreur
On vous dira comment le crime
Nous entraînait dans un abîme....
Priez, enfants, pour l'Empereur !

Priez surtout, priez pour Celle
Dont ce portrait parle à vos yeux ;
Élevez Son nom jusqu'aux cieux....
Elle est si bonne ! Elle est si belle !

Dieu vous écoute mieux que nous ;
Pour le Fils de l'Impératrice,
Le Fils de votre bienfaitrice,
Priez, enfants, à deux genoux.

De son berceau, notre espérance,
Qu'Il sorte Empereur à son tour ;
Et, couronné do votre amour,
Qu'il régne grand comme la France !

(J. M. POULAIN-CORBION).

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