Web Internet de Voyage Vacances Rencontre Patrimoine Immobilier Hôtel Commerce en Bretagne

Bienvenue ! 

ABBAYE NOTRE-DAME DU RELECQ

  Retour page d'accueil       Retour page Monastères   

Boutique de Voyage Vacances Rencontre Immobilier Hôtel Commerce en Bretagne

Boutique de Voyage Vacances Rencontre Immobilier Hôtel Commerce en Bretagne

Abbaye Notre-Dame du RELECQ (ou RELEC) - Plounéour-Menez

L'abbaye du Relecq (abbattia Beatoe Marioe de Reliquiis), est fondée en 1132 par un vicomte de Léon et les moines de Bégard. Suivant un ancien catalogue des monastères de Cîteaux en Bretagne, que l'on voyait jadis dans l'abbaye de Bégard, celle du Relec est fondée pour sept religieux, le 21 juillet 1132. Mais l'auteur de ce catalogue ne nous apprend point quel est le fondateur de cette maison, située dans la paroisse de Plounéour-Menez, diocèse de Léon. Les religieux ayant porté dans la suite leurs aveux aux vicomtes de Léon, il y a apparence que ces seigneurs étaient leurs fondateurs. Elle est bâtie sur l'emplacement de celle de Gerber, dont saint Paul Aurélien est le fondateur au VIème siècle et saint Tanguy le premier abbé. C'est aux abords de cette abbaye qu'a lieu, en l'an 554, la sanglante bataille entre le roi Judual et le tyran Comorre ; d'où le nom de Relecq (lieu où se trouvent les reliques des combattants tués). On affirme aussi qu'il pourrait s'agir d'une donation par les comtes de Léon d'une partie perdue de leur territoire, d'où le nom de Relecq (relique des terres de Léon). 

L'abbé avait un revenu de onze mille francs. Son domaine s'étendait jadis dans le Léon, la Cornouaille et le Trégor. Durant la période faste, l'abbaye du Relec (ou Relecq) était composée de 4 membres ou granges : 1°- celui du Relec ou de Grand-Parc, comprenant des biens à Plounéour-Ménez et au Cloître. 2°- celui d'Outre-Elez, comprenant des biens à Brasparts, Saint-Rivoal, Loqueffret, Pleyben et Gouézec. 3°- celui de Lanven (prieuré en Saint-Vougay), Plouzévédé, Lanhouarneau, Plounévez-Lochrist et Cléder. - celui du Manachty en Plufur (évêché de Tréguier), comprenant des biens en Plufur, Plounérin, Lanvellec, Trédrez, Ploumilliau, Guimaëc, Sérignac et Berrien.

L'abbaye est partiellement remaniée aux XVème, XVIème et XVIIIème siècles. L'abbé David souscrit à une donation faite à l'abbaye de Sainte-Croix de Guingamp, par le duc Conan IV, décédé en 1171. Par acte de 1184, l'abbaye de Marmoutier cède aux moines de l'abbaye du Relecq la terre de Lanvern-Ploherin, en échange d'une rente de cinq sous à payer à chaque jour de Noël, à son prieur de Saint-Martin de Morlaix. En 1277, un dénommé Hervé Salomon (ou Salaun) de Léon (ou Lesquellen) donne à l'abbaye du Relecq le tiers de ses terres, dîmes, bois, près, redevances et moulins en Plabennec, Guiclan, Plouénan et Plouédern. Cette dernière donation, contestée par Hervé de Leskellen ou Lesquellen (fils de Hervé Salomon ou Salaun), sera confirmée en 1279 par le duc de Bretagne, Jean Le Roux. L'abbé Yves est témoin de l'arrentement fait en 1265 par Hervé, vicomte de Léon, au duc Jean Le Roux, des coutumes du port de Saint-Mahé. Il vit encore en 1279, suivant un acte de Blain. Alain transige en 1300 avec Hervé de Penhoët, chevalier, pour les droits, franchises et libertés de quelques terres de son abbaye. Jean souscrit à une transaction passée en 1309 entre Geoffroy Tournemine, chevalier, seigneur de La Hunaudaie (ou Hunaudaye), et Yves, abbé de Saint-Aubin-des-Bois. En 1375, les soldats du duc de Lancastre pillent l'abbaye et la détruisent en partie. Guillaume, lecteur en théologie et abbé de Relec, est chargé, en 1389, par le Chapitre Général de Cîteaux, de réformer plusieurs abus qui s'étaient glissés dans l'abbaye de Prières (près de Vannes). Il reconnaît, en 1392, que sa maison relève de la vicomté de Léon, et participe en 1398 aux séances du Parlement de Bretagne. L'abbaye bénéficie aussi de nombreuses largesses des ducs de Bretagne : de Jean IV en 1390, de Jean V à partir vers 1405 (franchise sur le vin et les blés) et en 1406 (transfère de la foire annuelle à Saint-Rivoal en Brasparts du dimanche au mardi), de François Ier en 1444 (autorisation d'une foire à Plounéour-Ménez pour la saint Laurent, le 14 novembre). Olivier meurt le 1er juillet 1437. En 1458, l'abbaye connaît une crise grave : l'abbé Henri Kerhoent sombre dans la folie, et les papes Calixte III, puis Pie II doivent intervenir. Ce dernier est remplacé par Parcevaux le Galais qui meurt en 1462. Ce dernier est remplacé par Guillaume le Goales qui règne de 1462 à 1472. Conan de Kerenborgne est maintenu en possession de l'abbaye de Relec, par lettres enregistrées à la chancellerie, en 1479. Guillaume L'Espervier obtient ses bulles du pape Innocent VIII, en 1487. On ne sait en quelle année il se démet de cette abbaye, où il meurt le 9 novembre 1515. Pierre est abbé en 1511, suivant un acte du château de Blain. Louis d'Acigné, conseiller et maître des requêtes ordinaires au conseil de Bretagne, prend possession de l'abbaye du Relec en 1526. Il est fait évêque de Nantes en 1532, et meurt le 13 février 1542, ou 1541, suivant la manière de compter les années alors en usage en France. Sebastien Thomé prête serment de fidélité au roi, pour l'abbaye du Relec, en 1541. Il a pour concurrents frère Jacques Torselin et frère Guillaume Le Roux, qui se disputent l'abbaye en 1543, mais dont les élections n'auront pas lieu à cause du Concordat. Cependant Louis Le Bouteiller ayant été pourvu, en 1550, de l'abbaye, vacante par la mort de Jacques Turselis ou Torselin, il faut supposer que celui-ci a débouté les deux concurrents, ou que Sébastien Thomé soit mort en 1543. Louis Le Bouteiller, docteur en théologie et aumônier de la reine, est nommé en 1560, et fait serment de fidélité au roi dans la Chambre des Comptes de Nantes en 1564. René de Rieux fait serment de fidélité au roi pour l'abbaye du Relec en 1606. On trouve ensuite comme abbé, N. cardinal de Bonencourt. René Potier, évêque de Beauvais, succède au cardinal de Bonencourt ou Lenoncourt, et se démet en 1608. François de Pas Feuquière, grand doyen de Verdun et conseiller d'Etat ordinaire, est abbé du Relec en 1659. David Nicolas de Bertier, premier évêque de Blois et abbé du Relec, meurt le 20 août 1719, âgé de 67 ans. Il avait été sacré évêque en 1697. François Elie de Voyer de Paulmy d'Argenson, archevêque de Bordeaux, est pourvu en 1719, et meurt le 25 mai 1728. Antoine Charpin de Gennetines, sacré évêque de Limoges le 23 janvier 1707, se démet de son évêché en 1729, et il est pourvu en même temps de l'abbaye du Relec. Il meurt à Paris en 1739 ou 1740. N. Du Vivier de Lansac, ancien agent du clergé, chanoine, comte de Lyon, depuis l'année 1726, est nommé au mois de septembre 1740, et meurt en 1784. Après sa mort, on affecte cette abbaye aux économats jusqu'à la spoliation du clergé. 

" La fondation du premier monastère du Relecq, appelé d'abord Gerber, a été faite vers 560 par saint Pol-Aurélien, premier évêque de Léon, tout près de l'endroit où se livra le dernier combat entre Judual et Comorre, et où celui-ci fut tué, en l'année 554-555. Le nom de Relecq, Relegou, abbatia de reliquiis, lui fut donné à cause des ossements nombreux que l'on trouvait en terre tout alentour, et qui étaient les restes ou reliques des soldats morts dans cette bataille. Le premier supérieur mis en tête de cette abbaye fut saint Tanguy, auquel saint Pol donna pour compagnons douze religieux tirés de ses monastères des îles de Batz et d'Ouessant. L'histoire de cette première abbaye a laissé peu de souvenirs ; mais elle fut remplacée par une seconde que saint Bernard vint, dit-on, fonder lui-même en 1132. C'est l'église datant de cette fondation que nous possédons encore, un peu modifiée dans quelques-unes de ses parties, mais assez bien conservée dans son oeuvre générale. A l'extérieur, nous trouvons la façade ouest qui a été refaite à la fin du XVIIIème siècle, avec une porte lourde et un oeil-de-boeuf ovale, surmonté d'un fronton grec portant la date de 1785. Le côté sud a été percé de deux fenêtres flamboyantes ainsi que le pignon du transept qui semble du reste avoir été entièrement reconstruit au XVIème siècle, de même que le pignon de l'abside. Mais quand on pénètre à l'intérieur on est heureux de retrouver dans son caractère primitif la construction du XIIème siècle, grâce surtout aux restaurations louables de M. Jouve, recteur de Plounéour-Ménez, qui ont fait réapparaître l'appareil ancien et les sculptures caractéristiques des chapiteaux. Le plan général se compose d'une nef accompagnée de deux bas-côtés, d'un vaste transept et d'une abside terminée par un mur droit. Sur chacune des branches du transept s'ouvrent du côté Est deux chapelles ou absidioles carrées ; c'est là une disposition commune à presque toutes les églises cisterciennes, et un savant archéologue, M. Eugène Lefèvre Pontalis, en signale douze ou quinze de ce type spécial. Ici ces chapelles sont éclairées par deux petites baies ogivales surmontées d'une rose à six lobes qu'on serait tenté d'attribuer au XIIIème siècle, tandis que dans les parois Ouest du transept qui font face, on trouve des fenêtres romanes à larges ébrasements. La nef est séparée des bas-côtés d'abord par deux murs pleins formant pilastres de 3 mètres d'avancée, ensuite par deux piliers ronds, puis par des piles carrées barlongues de 1m20 sur 2m20, et enfin viennent les piles du transept, cantonnées de colonnettes sur trois de leurs côtés. A l'entrée du choeur et des chapelles du transept sont des piles avec ressauts et colonnettes ayant grand caractère et soutenant de puissants arcs-doubleaux à deux rangs d'archivoltes. Chose singulière, tous ces arcs-doubleaux, ainsi que les arcades de la nef, sont de forme ogivale ou en tiers-point, quoique toutes les piles, avec leurs bases et leurs chapiteaux, soient d'un tracé absolument roman, et que les petites arcades formant piscines à doubles bassins dans les chapelles soient en plein-cintre parfait. Au-dessus des arcades de la nef on reconnaît sous l'enduit la trace d'anciennes fenêtres romanes maintenant maçonnées. Cela indique un remaniement des murs et des toitures des bas-côtés. Ces murs étaient autrefois plus bas et percés de baies romanes, et au lieu d'un toit unique couvrant à la fois les bas-côtés et la nef, il y avait primitivement une toiture spéciale couvrant les collatéraux, montant beaucoup moins haut et laissant dégagées les fenêtres hautes de la nef. Cette nef et le transept Midi sont voûtés en lambris de bois, tandis que le transept Nord et les quatre chapelles absidales ont une voûte en pierre en berceau ogival. De chaque côté du maître-autel sont placées les statues de saint Benoît et de saint Bernard, ayant une physionomie très ascétique. Dans l'une des chapelles du transept Sud se trouve la statue vénérée de la sainte patronne, Notre-Dame-du-Relecq, belle effigie du Moyen-Age, dont la pose hanchée et les vêtements admirablement drapés indiquent le XVème siècle. Elle est encadrée dans un très beau retable en bois sculpté du XVIIème siècle composé de quatre colonnes torses formant deux niches latérales surmontées de deux frontons à médaillons. La statue de la sainte Vierge repose sur un socle porté par deux cariatides aux fines draperies flottantes et deux vertus cardinales, la Force et la Prudence, ayant pour attributs une colonne et un serpent. Celles-ci encadrent un médaillon en bas-relief, la Madeleine au pied de la Croix. Les niches des côtés abritent deux jolies statues de saint Benoît et de saint Bernard et sont accostées de volutes sculptées avec une grande richesse, formées d'enroulement de feuilles d'acanthe et de petits anges grimpants. Sur les piédestaux des colonnes torses sont des statuettes méplates et les deux gradins sont ornés d'un délicieux mélange de feuillages, médaillons, anges et oiseaux. Dans le transept nord, un escalier de pierre presque monumental a été construit à la fin du XVIIème siècle. Une inscription prétentieuse en donne la date : MONASTERII : OERE : REPARATA : SVNT : AVCTA : ET : ORNATA : TECTA : AETATE : CASVRA : IOANNIS : BAPTAE : CVRA : ARCHIMANDRITAE : 1691. Ne fait-il pas rêver ce titre d'Archimandrite dont l'abbé se pare avec tant de complaisance ? Plus haut est une tribune où l'on voit un grand cadran d'horloge tout couvert de peintures et d'arabesques, avec cette inscription qui est un avertissement salutaire : EX : MOMENTO : PENDET : AETERNITAS. Sortons par la petite porte du Nord et nous nous trouverons dans une grande cour carrée qui formait autrefois le cloître. Quelques vestiges, quelques traces que l'on remarque sur les murs semblent indiquer que les colonnettes et les arcades étaient du XIIIème siècle, et cela semble confirmé par un bénitier intérieur creusé dans deux chapiteaux jumelés qui ont toute l'apparence de provenir de ce cloître. Tout le côté Est de ce carré est composé de ruines du XIIIème siècle ; d'abord un réduit long et étroit qui devait être un passage ; il est couvert d'une voûte d'arête aux arcs ogives et formerets, puis deux larges arcs-doubleaux. Vient ensuite la salle capitulaire, mesurant 12 mètres sur 12 mètres, divisée dans chaque sens en trois travées, ce qui donnait naissance à une voûte à neuf compartiments dont les arcs descendaient sur quatre colonnes centrales et douze culs-de-lampe le long des parois et dans les angles. Les voûtes et les colonnes ont disparu, il ne reste plus que les culs-de-lampe feuillagés et finement profilés, quelques claveaux de formerets, les fenêtres et la porte dépourvues de leurs jolies colonnettes, quelques baies et quelques chapiteaux restant seuls comme témoins de cette splendeur disparue. Cette salle a absolument la même disposition et le même style que celles de Langonnet et de Saint-Maurice-de-Carnoët, appartenant aussi à des abbayes cisterciennes ; mais celles-ci sont de moindre dimension et n'ont que deux colonnes centrales au lieu de quatre. Si l'on passe sur le grand placitre qui précède l'entrée de l'église et de l'abbaye, on voit une belle fontaine du XVIIème siècle composée d'un obélisque en granit de 7 mètres de hauteur, dont le piédestal laisse couler trois filets d'eau abondants dans une large vasque carrée mesurant 5 mètres de côté. De cet endroit l'on voit aussi l'étang inférieur, le plus voisin de l'abbaye, et la chaussée de l'étang supérieur ; tous deux, lorsqu'ils étaient entretenus, devaient donner un charme particulier à cette résidence. Ajoutons que le jardin fruitier est entouré de douves profondes pavées de larges dalles ; on pouvait les inonder à volonté et mettre ainsi le jardin à l'abri des incursions des maraudeurs. Notre-Dame, la patronne de l'église et de l'abbaye a, selon l'usage, sa fontaine de dévotion qui est toujours fréquentée par les pèlerins. Vous la trouverez au bord de la route, dans un petit enclos à l'angle sud-est de l'église ; et saint Bernard, le second patron, a aussi sa source vénérée à deux cents mètres environ au nord-est, de l'autre côté du vallon " (abbé Abgrall, 1901).

 

Eglise de l'abbaye du Relecq

Nota : Sur les conséquences de la guerre de Cent ans, on dispose de deux modestes informations. De la prise de Saint-Pol-de-Léon en 1375 par les troupes du duc de Lancastre, on trouve l'écho dans une bulle de Grégoire IX accordant l'année suivante, sur leur demande, aux religieux du Relecq une concession d'indulgences pour ceux qui contribueront à relever le monastère. Le pape donne son soutien parce qu'... à cause des épidémies frappant les hommes et plus encore des guerres qui ont ravagé pen­dant très longtemps le pays, que ce soit les ennemis du royaume de France ou les funestes bandes armées opérant autour de l'abbaye et qui ont dévasté de fond en combles son territoire, à cause également de ses faibles revenus, la maison du Relecq, ordre de Cîteaux, diocèse de Léon, est détruite, désolée, au point que les religieux continuant d'y servir Dieu ne peuvent ni convenablement se nourrir ni reconstruire leur monastère... (H. Denifle - Désolation des églises et monastères pendant la guerre de Cent ans - 1899). 

En 1422, les moines demandèrent et obtinrent la confirmation "d'avoir, joir et prendre a leurs necessites boys a merrain" dans la forêt de Lestrezec, "attandu les grandz necessites qui ont este et sont a ladite abbaye de reparacions, tant de maisons arzes [brûlées] que auttres chuttes en ruyne" (Archives départementales du Finistère, 4 H 12). 

Quoi qu'il en soit, l'église actuelle prouve bien qu'une époque de large remise en état s'étendit sur une centaine d'années, entre la fin de la guerre de Cent ans, vers le milieu du XVème siècle, et le début des guerres de Religion, vers le milieu du XVIème siècle. Les notices en font mention avec raison. Les baies des gouttereaux par leur style et leurs remplages, le choeur surélevé par l'allure de ses voûtes et tout le pignon méridional du croisillon sud avec sa grande verrière peuvent être datés de la fin du Moyen-Age. 

A défaut d'archives, incendiées en 1551, l'identité et la personnalité des abbés du Relecq permettent d'ouvrir quelques pistes plausibles. Henri de Kerhoent fut déchu de sa charge peu après 1458 pour avoir perdu l'esprit [H. Waquet : "Crise à l'abbaye du Relec" (1448-1462)]. En 1462, le pape nomma Guillaume Le Goalès, avec l'espoir de le voir remettre l'abbaye en bon état spirituel et matériel. Celui-ci se signala par les réfections qu'il fit réaliser dans le temporel, notamment à l'église du Cloître et à la chapelle Saint-Corentin de Trénivel, semant un peu partout ses armoiries, qu' "on voyait [aussi] dans le choeur et sur les cinq vitres du midi de [son abbatiale]" (M. Le Guennec). 

On sait d'autre part que des grandes baies du même genre que celle du croisillon sud furent percées dans la façade et le chevet de l'église disparue de Bégard vers le milieu du XVème siècle, sous les abbatiats successifs de Conan de Keramborgne et Vincent de Kerléau (1420-1476) ; celle du chevet portait leurs armes. Or c'est un ancien moine de Bégard, Parcevaux Le Goalès, qui succéda à Henri de Kerhoent. Et un Conan de Keramborgne, le même ou plutôt son neveu, fut abbé du Relecq vers 1480. Leurs successeurs, Guillaume Lespervier puis Pierre de Kerléau, furent l'un et l'autre et à la fois abbés de Bégard et du Relecq à la fin du XVème et au début du XVIème siècle. Il conviendrait de débrouiller les listes abbatiales, les généalogies familiales et de mieux approcher les relations étroites entre les deux abbayes. Mais c'est assurément vers ces derniers abbés réguliers, grands personnages de Bretagne, qu'il faut aller chercher l'explication de cette campagne de remise en état et de transformation de l'église du Relecq, alors que Moyen-Age et ordre cistercien jetaient leurs derniers feux. Sans exclure les interventions laïques, comme le suggèrent sinon le prouvent le mausolée de la famille du Bois de la Roche au pied du nouveau pignon du croisillon sud et les deux enfeux extérieurs du gouttereau nord. Une question reste en suspens : le rehaussement du choeur fut-il conduit vers la fin du XVème ou plutôt au début voire au milieu du XVIème siècle comme le laisse supposer le remplage de la grande baie ? Fut-ce là l'un des travaux de Pierre Chouart, qui prodigua à "l'église et [aux] autres bâtiments du monastère... des soins convenables" ? Ce Chouart était le représentant de Jacques Torsolis, premier abbé commendataire nommé par le roi en 1541. De fait, la mise au goût du jour, à relativement peu de frais, de la seule baie du chevet, avec large vitrage en axe permettant de loger au plus visible les armes du nouvel abbé, paraît bien conforme au contexte. On ignore encore l'ampleur des destructions commises par royaux et ligueurs lors des guerres de Religion dans les années 1590. Seuls les pillages répétés sont assurés et l'occupation des locaux à des fins militaires chose certaine. La fin du XVIIème siècle fut marquée par d'importants travaux dus à la personnalité du prieur, Jean-Baptiste Moreau. L'inscription qu'on peut lire sur deux pierres scellées dans l'embrasure de l'ancienne porte faisant communiquer le dortoir à l'église est bien connue : MONASTERII : AERE / REPARATA : SVNT / ACTA : ET : ORNATA / TECTA : AETATE : CASVRA / IOANNIS : BAPTAE : CVRA / ARCHIMANDRITAE / 1691 : "avec les fonds du monastère [comprenez "et non ceux de l'abbé commendataire auquel les réparations incombaient pourtant juridiquement"], les bâtiments sur le point de se rompre de vétusté ont été réparés, agrandis et décorés par les soins de Jean-Baptiste, prieur, en 1691"

Pillage de l'abbaye du Relec : Acte et information par où se voyt la ruisne et pillage causé à l'abbaye du Rellec par les gentz de guerre. — Du 14 février 1598. — En la dellivrance ordinaire de la court de Morlaix, tenue et dellivrée par Messieurs les séneschal, bailliff et lieutenant de ladite court, en l'audience dudit lieu, a esté de la part de nobles gents Yves de Botmeur, Sr du Rosmeur, et François Le Bervet, Sr de Toulanlan, procureurs et recepveurs de Messieurs les abbés et couvent du Rellec, terres .et seigneuries en dépendantes, remontré par maître Jacques de Kerguz, leur advocat, vers et en présence de Monsieur le substitut du procureur du Roy en ladite court que ils seroient poursuiz par escuyer Bizien Kersaintgilly, Sr de Kermenguy, comis à la recepte des descymes en l'évesché de Léon, au payement en enthier des descymes debuz à cause des bénéfices à ladite recepte, combien qu'il y a bien deulx ans que, par le malheur de la guerre, ils n'auroient peu jouir des fruictz de ladite abbaye, consistants en dismes et moullins, pour la plus part, au moïen des ravaigements, volleries, dégatz faictz d'iceulx, ravaigements des biens meubles et bestiaulx, des hommes et subjectz de ladite abbaye, par les trouppes des gentz de guerre, qui n'ont guères bougé dessus les terres d'icelle, tant en Léon, en Tréguier que Cornouaille, puis ledit temps, et mesme ils ont demeuré en ladite abbaye par plusieurs fois, tant de l'un party que de l'autre, entre antres touts les régiments Français à la fois, les régiments du compte de La Maignanne, les régiments Pontonille, le régiment de La Roche, la compaignie de Poincon (?), la compaignie du Vieuchâtel, le régiment du marquis du Voychain (?), les compaignies de la Fosse, la compaignie des gentz d'armes de La Felt (?), celle de Monsieur du Peu et celle de Monsieur de Kergommarc'h et son régiment, les compaignies de La Fontenelle, d'ordinaire pillants et ravaigeants et emportantz tout ce qu'ils ont trouvé auxditz subgetz. de ladite abbaye, tant blé, bestiaulx que autres meubles ; le régiment de Monsieur Rémy ; de faczon que, au moyen desditz ravaigements et emport des grains et bledz et bestiaulz et autres meubles, les hommes et subgetz d'icelle sont réduitz à si grande pauvreté qui sont pour la plus part à l'aumosne, qu'ilz ont délaissé leurs convenants, n'ayantz peu pour les revenuz d'iceulx pour une tiercze partye qui n'est bastant (suffisant) pour nourrir les relligieux de ladite abbaye ; les moullins quittés et demeurés chommantz, les terres demeurées sans estre ensemencées ; requérantz par les moiens et les faictz que dessus deubment informés qu'il soit faict deffance audit Kersaintgilly audit nom de ne inquiester lesditz de Botmeur et Bervet pour le paiement desditz descymes restés à païer, attendu la descharge que le Roy a faict à Messieurs du clergé de France, pour les raisons que dessus, par ces lettres patentes et édit donnés à .... le .... jour de ..... l'an mil cinq cents quatre-vingt-saize dernier ; et pour parvenir à l'information cy-dessus, supplient lesditz de Botmeur et Le Bervet, les assistants en la présente audience, estre ouis et par serment interrogés sur les faicts cy-dessus remontrés. Sur quoi a esté permis auxdits suppliants d'informer du contenu esdite requeste à telle fin que de raison. Suivant quoy ont esté ouis noble et vénérable Messire Nicolas de La Bouessière, archidiacre de Plougastel ; frère Louys Benoist, prieur dudit Rellec ; escuyer Phelippes de Lescorre, Sr du Gliviry ; Jean Toulcouët, Sr de Penanger ; écuyer Gabriel de La Bouessière , Sr du dit lieu ; escuyer Hervé de Launay, Sr de Keralsy ; escuyer Noël-Gilles Quentin, Sr de Kersco ; noble homme Yves Bouetec, Sr de Kervesquen ; noble homme François Le Leuier, Sr de Keranprovost ; noble homme François Penc'hoadic, Sr de Kerivoan ; Charles de Kersulguen, Sr du Pratguen ; Jean Péron et Jean Tribara, toutz présants en leurs personnes, séparément interrogés, ont dict que le contenu en la presante requeste contenir véritté et que les ravaiges et ruines ont esté faictz sur les hommes d'icelle abbaye par les troupes et compaignies mentionnées, et que le revenu d'icelle est diminué de plus d'une moyctié, pour lesdictes occasions, et que c'est chose notoire à un chacun du quartier. De tout quoy esté ordonné décerner acte auxdictz de Botmeur et Le Bervet, pour leur valloir et servir ainsi qu'il appartiendra ; et avant faire droict sur leur requeste, est ordonné que la présante et lesdictes lettres du Roy seront communiquées au substitut du procureur du Roy, pour prandre ses conclusions, pour passé de ce, estre communiqué à l'un de Messieurs les juges de la cour de céantz, pour y estre ordonné ainsi que de raison, comme devant. Le quatorzième jour de febvrier mil cinq centz quatre-vingt-dix-huit, ainsi signé : De LA BOUESSIERE ; Yves BOUETEC ; J.-Louys BENOIST, prieur du Rellec ; H. DELAUNAY ; J. TOULCOET ; DE LESCORRE ; PENC'HOADIC ; F. LE LEUIER ; J. .PERON ; J. TRIBARA ; QUENTIN ; Gabriel DE LA BOUESSIERE.

Un procès-verbal fournit un état des travaux de Dom Moreau, notamment à l'église : " En arrivant au Relecq au début de 1680, il vit d'abord une grande et haute église sans lambris dans la nef et les bas-côtés, ni dans la croisée du côté de la chapelle Notre-Dame [= dans le croisillon sud]. Il vit la chapelle... noire comme un jeu de paume..., un méchant escalier de pierres noires et glissantes pour aller de l'église au dortoir... Il a fait... la charpente et le lambris du côté des chapelles de Notre-Dame et de Saint-Bernard, ce qui manquait depuis un siècle. Il a fait ensuite lambrisser toute la nef depuis le presbytère qui est voûté jusqu'au grand pignon de l'entrée de l'église, après avoir fait mettre des poutres neuves et des crampons de fer à tous les tirants pour les rendre plus forts. Il a fait ensuite lambrisser les deux côtés de la nef en 1685, 86, 87... Il a fait ensuite un escalier neuf et des plus hardis, de pierres de taille avec un balustre pour monter de l'église au dortoir dont il a fait mettre la porte au milieu du corridor... " (Archives du Finistère, 4 H 15, p. XXIII-XXV). 

Le manque d'entretien au long du XVIIIème siècle, le cyclone de 1765 et la réduction de la communauté à trois ou quatre moines aboutirent à l'amputation de la nef et à sa fermeture en 1785 par la façade encore en place. Transformée en étable après la Révolution, l'église fut achetée en 1794, remise en état puis réouverte au culte par Le Hénaff, négociant à Morlaix. Ses héritiers, et notamment sa petite-fille Mme Le Frère, menèrent avec constance entretien et réparations durant le XIXème siècle, mais ne parvinrent pas à y réinstaller durablement une communauté religieuse. A partir de 1894, l'abbé Jouve, recteur de Plounéour-Ménez, rénova entièrement l'intérieur avec décapage des murs pour faire réapparaître l'ancien appareil et les chapiteaux puis fit poser des lambris sur les nefs et le croisillon sud. L'église devint monument historique en 1914 et le village fut classé en 1973. L'ancienne abbatiale est désormais propriété du département du Finistère et divers travaux conduits depuis trente ans lui ont donné l'allure intérieure sous laquelle on la visite aujourd'hui (extraits de l'article de M. B. Chauvin "Le Relec, église cistercienne").

 

Abbaye du Relec ou Relecq (Bretagne)

Abbaye du Relec ou Relecq (Bretagne)

 

Abbaye du Relec ou Relecq (Bretagne)

 

Voir abbaye du Relecq Les Origines de l'abbaye du Relecq.

Voir abbaye du Relecq Les Disciples de saint Tanguy.

Voir abbaye du Relecq Destruction de l'abbaye du Relecq.

Voir abbaye du Relecq L'Oeuvre de saint Bernard.

Voir abbaye du Relecq Splendeur et Décadence de l'abbaye du Relecq.

Voir abbaye du Relecq Renaissance de l'abbaye du Relecq.

Voir abbaye du Relecq Dévotion et Miracles à l'abbaye du Relecq.

 

Voir aussi  abbaye du Relecq Photos de l'abbaye du Relec ou Relecq prises en 2008 

 

 © Copyright - Tous droits réservés.